« On bricole », « C’est ingérable »… Des profs et des proviseurs s’alarment à trois mois de la première épreuve de contrôle continu du bac

EXAMENS A trois mois du premier examen de contrôle continu pour les élèves de 1ère, professeurs et proviseurs sont inquiets : ils ne savent pas comment cette épreuve va être menée dans les établissements.

Charles-Edouard Ama Koffi

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Bourgoin-Jallieu (Isère) Des enseignants du syndicat Snes-FSU lors d'une grève le 17 juin 2019, au moment du baccalauréat.
Bourgoin-Jallieu (Isère) Des enseignants du syndicat Snes-FSU lors d'une grève le 17 juin 2019, au moment du baccalauréat. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Un sondage du premier syndicat des professeurs alerte sur le manque d’informations des professeurs concernant les épreuves du contrôle continu en janvier.
  • Quatre épreuves, comptant pour 30 % de la note globale de l’examen, doivent se tenir à la mi-janvier.
  • Le directeur général de l’enseignement scolaire affirme qu’une note explicative va être transmise ce jeudi aux lycées.

Les lycées sont-ils à l’aube d’une grande improvisation pour la première épreuve du nouveau baccalauréat ? Alors que la nouvelle génération de l’examen doit voir le jour en 2021, quatre épreuves d’1h30 à 2 heures en contrôle continu sont programmées pour les élèves de 1re à la mi-janvier (histoire-géo, deux langues vivantes et enseignement scientifique). Une deuxième session est prévue en juin, concernant la spécialité qu’ils ne suivront plus en terminale.

Mais alors que l’échéance approche, les professeurs affirment qu’ils ne sont toujours pas informés de la mise en place concrète de ces épreuves. Un sondage* du Snes-FSU (le principal syndicat du secondaire), intitulé « A moins de trois mois des épreuves, la grande inconnue du bac ! », alerte sur « le niveau inédit d’impréparation et d’absence d’information sur le terrain », selon le syndicat.

L’annulation des épreuves de janvier réclamée

A la question « Dans votre établissement, les cours sont-ils banalisés [annulés dans l’ensemble de l’établissement, Ndlr] pour faire passer les épreuves comme pour le bac blanc ? », 60,42 % des professeurs interrogés ont répondu « je ne sais pas ». Et dans 20 % des réponses, les cours ne seront pas banalisés. « La banalisation des cours permet pourtant des conditions de passation d’examen optimales pour les élèves, dénonce le syndicat. Cela implique peu de bruit dans les couloirs, la mobilisation possible de tous les personnels pour surveiller les salles, les couloirs, accompagner les élèves aux toilettes. A moins de trois mois du bac, seuls 17 % des lycées sont certains de pouvoir proposer des conditions type examens », regrette le syndicat.

« Nous souhaitons l’annulation des épreuves de janvier, réclame Claire Guéville, professeur d’histoire-géographie et secrétaire nationale du SNES-FSU en charge du lycée. C’est la première fois que nous sommes face à une réforme de très grande ampleur et sommes dans une grande forme de précipitation. Le personnel éducatif se retrouve à gérer quelque chose d’ingérable. On ne connaît pas du tout la façon doit on doit évaluer les élèves. Le ministère nous a donné un cadre global, mais pas le niveau d’exigence. C’est extrêmement difficile, dans ces conditions, d’amener les élèves à un niveau requis pour le jour J. »

Surveillants et bricolage

Autre sujet de grief pour le syndicat de professeurs, l’organisation des salles d’examen. Toujours selon le sondage, 74 % des enseignants ne connaissent toujours pas la configuration de celles-ci. Seulement 8 % des professeurs ont indiqué qu’elles seront en mode examen (numéro sur le coin de la table, deux surveillants…) pour les épreuves de janvier. Les autres établissements organiseront-ils les épreuves dans les classes, ou dans des salles spécifiques avec un côté plus solennel ? « On bricole et on repousse l’heure des décisions importantes, au risque de faire ensuite les choses dans la précipitation », déplore le Snes-FSU.

De leur côté, les proviseurs semblent faire bloc avec les enseignants concernant cette réforme. « On demande qu’elle soit tout simplement supprimée », estime ainsi Lysiane Gervais, secrétaire nationale du Snpden-Unsa, premier syndicat du personnel de direction des lycées. « Avec cette réforme, on s’aperçoit qu’on est tout le temps en train de préparer un examen. On perd plus d’un mois et demi de cours ! Je plains les parents d’élèves, ils ne doivent plus rien comprendre », estime la proviseure du lycée Philippe-Cousteau à Saint-André de Cubzac (Gironde). Et de résumer : « Le bac se complexifie. »

« Ils ont l’habitude de faire ça »

Le directeur général de l’enseignement scolaire et numéro 2 de l’ Education nationale, Edouard Geffray, tente pour sa part de rassurer les enseignants : « Une notice explicative sur le déroulement du contrôle continu a été envoyée et devrait être reçue ce jeudi par l’ensemble des professeurs. » Selon lui, cette réforme conserve plusieurs totems du baccalauréat : « On préserve le côté national de l’examen avec une banque nationale de sujets d’un niveau équivalent. Les copies seront anonymes et ne seront pas corrigées par les professeurs des élèves à l’année. Et elles pourront être corrigées par un autre professeur de l’établissement ou de l’académie en fonction de la taille du lycée. »

Autre point, « un comité d’harmonisation académique va éviter les effets de distorsion » au sein d’un groupe de copies. Sans compter que la banalisation des cours sera faite selon la volonté des établissements. « Il n’est pas tenu, pour les lycées, d’être dans une configuration d’examen, et les élèves de terminales et seconde ne doivent pas être impactés. » Et Edouard Geffray de conclure : « Il faut faire confiance aux établissements pour gérer de tels événements. Ils ont l’habitude de faire ça. »

* Réalisé entre le 1er et le 7 octobre auprès de 981 enseignants du syndicat Snes-FSU.