Marseille : Alcool, marchands de sommeil, maladies… Les conséquences de l’absence de prise en charge des migrants

MIGRANTS A l’heure ou la nouvelle loi sur l’asile est débattue à l’Assemblée nationale, de nombreuses associations dénoncent les conséquences du manque de prise en charge par l’Etat des migrants à Marseille

Adrien Max

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Un mineur non accompagné au sein du squat Saint Just à Marseille.
Un mineur non accompagné au sein du squat Saint Just à Marseille. — Christophe SIMON / AFP
  • Alors que la prochaine loi sur l’asile est débattue à l’Assemblée nationale, des associations dénoncent le manque de prise en charge des migrants par l’Etat.
  • Un manque de prise en charge qui a des conséquences sur le logement, l’éducation et la santé des migrants, entre autres.

« Une famille avec un enfant de neuf mois et deux bébés prématurés ont passé 10 nuits à l’hôtel avant d’être mis à la rue. On a sollicité une nouvelle demande d' hébergement et la seule réponse a été de demander de certifier l’état de vulnérabilité de deux bébés nés prématurés. Tout le monde se renvoie la balle, le département dit que les situations d’urgences doivent être gérées par l’Etat », dénonce Jean Régis, membre de Médecins du Monde.

Plusieurs associations d’aide aux migrants se sont réunies ce mardi matin à Marseille pour dénoncer les conséquences sur les migrants des manquements de l’Etat, alors que la prochaine loi sur l’asile est débattue à l’Assemblée nationale. « Toutes les dimensions de la vie sont concernées par le déni de droit généralisé par l’Etat », a dénoncé Jean-Pierre Cavalié du réseau Hospitalité.

Le jeu des marchands de sommeil

Cette première dimension se retrouve bien évidemment dans la problématique du logement, alors que Marseille connaît déjà une crise sans précédent après le drame de la rue d’Aubagne. « Il y a un manque de solutions d’hébergements criant, avec une priorisation des publics insoutenable, s’est désolé Florent Houdmon directeur de la fondation Abbé Pierre en Paca. De plus en plus de femmes et d’enfants sont à la rue à Marseille, avec des conséquences violentes. Et leur seule solution pour éviter la rue est d’aller dans des taudis et des squats ce qui fait le jeu des marchands de sommeil ».

Autre révélateur de la problématique, le squat Saint Just qui héberge pas moins de 150 mineurs, dont 35 avec des ordonnances de placement provisoires, dans des conditions difficiles est plein à craquer. « On voit des mineurs qui commencent à vriller, qui se mettent à boire parce qu’ils sont dans une détresse psychologique terrible. Quand ils voient le mur face auquel ils se retrouvent à Marseille, beaucoup perdent espoir », constate amèrement un bénévole de Saint Just.

Une situation d’autant plus déroutante que le conseil d’Etat a récemment reconnu qu’il n’y avait pas d’urgence pour le conseil départemental des Bouches-du-Rhône de prendre en charge ces personnes. « Ils considèrent que l’accueil se déroule dans la dignité, que l’accueil minimal est respecté afin d’éviter les astreintes pour le conseil départemental alors que nous avons des gros problèmes d’électricité, de gaz, d’eau et surtout nous sommes plein à craquer », a poursuivi le bénévole.

Le « sanctuaire de l’éducation » pas respecté

Depuis la rentrée, deux jeunes lycéens ont été placés en centre de rétention avant d’être expulsés. « Avec les lycéens et les profs nous avons demandé une halte aux expulsions de personnes scolarisées. L’éducation est un droit fondamental et ce sanctuaire n’est pas respecté », a détaillé Bernadette du réseau Education sans frontières. Entre 200 et 300 mineurs attendent toujours d’être scolarisés dans les Bouches-du-Rhône.

De par leur situation, certaines personnes ne peuvent pas non plus suivre leurs traitements. « On fait face à certaines personnes qui souffrent de maladies infectieuses mais qu’on ne peut pas soigner parce que leurs conditions de vie ne permettent pas un maintien et un suivi des soins. On rejoint un problème de santé public si on ne parvient pas à traiter ces personnes », regrette Marjorie du réseau Marseille Santé. Autant de problèmes qui incombent aux associations, obligées de prendre le relais de l’Etat en matière d’accompagnement et d’aide aux migrants. Avec des moyens toujours plus faméliques.