Attaque à la préfecture de police de Paris : « Sept minutes ont suffi à arracher la vie à quatre des vôtres »

HOMMAGE Une cérémonie en hommage aux quatre fonctionnaires de la préfecture de police tués par un de leur collègue radicalisé a eu lieu ce mardi matin.

Caroline Politi et Thibaut Chevillard

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Emmanuel Macron se recueillant devant les cercueils des quatre victimes de l'attaque de la préfecture.
Emmanuel Macron se recueillant devant les cercueils des quatre victimes de l'attaque de la préfecture. — Une cérémonie en hommage aux quatre fonctionnaires de la préfecture de police tués par un de leur collègue radicalisé avait lieu ce mardi matin.
  • Quatre fonctionnaires de la préfecture de police de Paris ont été tués, jeudi dernier, par un collègue radicalisé.
  • Tous ont été élevés au rang de chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.
  • Emmanuel Macron a appelé à une « société de la vigilance » pour faire « bloc » contre « l’hydre islamiste » ce mardi matin lors d'une cérémonie en hommage aux quatre policiers.

Il pleuvait sur la ville, comme il pleurait, ce mardi matin, dans le cœur de la préfecture de police de Paris. Cinq jours après l’attentat qui a touché l’institution en son cœur, une cérémonie d’hommage était organisée là même où Mickaël Harpon, 45 ans, a tué quatre de ses collègues, en blessant grièvement une cinquième. « Sept minutes ont suffi à arracher la vie à quatre des vôtres et le tribut aurait été plus lourd encore si un gardien de la paix stagiaire, en fonction depuis six jours, n’avait pas fait preuve d’une maîtrise et d’un courage hors-norme en neutralisant l’assaillant », a déclaré Emmanuel Macron, plus martial que jamais.

« Sept minutes. » C’est le temps qu’il a fallu à cet informaticien des services de renseignement, entré dans la « maison » il y a une quinzaine d’années, pour poignarder à de multiples reprises Damien Ernest, vingt-huit ans de service, major responsable d’une unité, Anthony Lancelot, gardien de la paix depuis onze ans, Brice Le Mescam, adjoint administratif depuis six ans et Aurélia Trifiro, gardienne de la paix avec dix-sept ans d’ancienneté, tous élevés, à titre posthume, chevalier de la Légion d’honneur.

« La lumière sera faite, les responsabilités établies, la justice passera comme il se doit », a promis le chef de l’Etat, après s’être longuement entretenu avec les familles des victimes puis recueilli dans un silence de plomb devant les quatre cercueils parés des couleurs de la République.

« Un islam dévoyé et porteur de mort »

Devant les centaines de fonctionnaires rassemblés tout autour de la cour d’honneur et un parterre d’hommes politiques, Emmanuel Macron a appelé à « éradiquer » un « islam dévoyé et porteur de mort ». S’il a promis que les moyens humains, juridiques et technologiques seraient renforcés, le chef de l’Etat a appelé « la nation tout entière » à « faire bloc ». « Les institutions seules ne suffiront pas », a-t-il insisté, prônant une société de la « vigilance », qui sans tomber dans la délation, doit permettre à chacun de repérer au travail, dans les lieux de culte ou autour de soi « les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois et les valeurs de la République ».

Si l’heure est, ce mardi, au recueillement, la phrase est lourde de sens. Depuis l’attaque, de nombreuses voix se sont élevées pour déplorer des failles dans le suivi Mickaël Harpon, habilité secret-défense. La directrice des renseignements parisiens a reconnu que des éléments avaient été portés verbalement à la connaissance de la hiérarchie intermédiaire – notamment ses propos sur l’attentat de Charlie Hebdo ou des changements de comportement – mais que ces derniers n’avaient pas été jugés probants et portés à son dossier administratif.

« Ça n’arrive pas qu’aux autres »

Faire bloc, c’est également ce qu’ont fait une centaine de personnes réunies devant l’écran géant installé à l’entrée de la préfecture. « Quand on appelle les policiers, ils viennent, donc c’était normal pour moi de venir ici pour eux », confie l’une d’elles, dont le père était lui-même membre des forces de l’ordre. Parmi les présents, beaucoup sont policiers, certains portaient d’ailleurs l’uniforme pour rendre un dernier hommage aux victimes.

Cinq jours après les faits, les visages sont encore marqués et la stupeur peine à retomber. « Ce qui est terrible, c’est que c’est venu de l’intérieur, déplore Karim, policier depuis vingt-cinq ans. On savait que ça pouvait arriver, mais de là à imaginer que ça vienne d’un service de renseignement… » A quelques mètres de lui, Thérèse, 65 ans, est venue déposer un petit bouquet de fleurs jaunes en hommage aux victimes. « Ça n’arrive pas qu’aux autres », se désole cette mère d’une policière en service.