Pollution à la chlordécone : Agnès Buzyn, Annick Girardin et deux autres ministres prochainement auditionnés

PESTICIDES Les ministres de la Santé Agnès Buzyn, de la Recherche Frédérique Vidal, des Outre-mer et de l’Agriculture seront entendus entre le 14 et le 17 octobre

S.A. avec AFP

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Le 27 septembre 2018, Emmanuel Macron visite une ferme centrée sur la pollution du sol causée par la chlordécone, un pesticide interdit, à Morne-Rouge, sur l'île de la Martinique.
Le 27 septembre 2018, Emmanuel Macron visite une ferme centrée sur la pollution du sol causée par la chlordécone, un pesticide interdit, à Morne-Rouge, sur l'île de la Martinique. — Blondet Eliot-POOL/SIPA

Nouvelle étape dans l’enquête de l’Assemblée nationale sur la chlordécone, un pesticide dangereux longtemps utilisé dans les bananeraies aux Antilles, et ses conséquences sanitaires, environnementales et économiques aujourd’hui. La commission d’enquête parlementaire sur la pollution à la chlordécone auditionnera quatre ministres à partir du 14 octobre, a annoncé lundi la rapporteuse de la commission, la députée de Guadeloupe Justine Bénin (LREM).

Les ministres de la Santé Agnès Buzyn et de la Recherche Frédérique Vidal seront entendues le 14, leur homologue des Outre-mer Annick Girardin le 15 et le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume le 17.

Quelles sont les responsabilités publiques et privées dans ce dossier

La commission d’enquête, chargée d’examiner les conséquences sanitaires, environnementales et économiques de la chlordécone et du paraquat, un autre pesticide dangereux également utilisé, a entamé ses travaux au mois de juillet. Elle doit aussi étudier « les responsabilités publiques et privées » dans la prolongation de l’autorisation de ces produits sur les deux territoires, et évaluer « la nécessité et les modalités d’une indemnisation des préjudices ».

La chlordécone, utilisée pour lutter contre un charançon de la banane, a été interdite aux États-Unis dès 1975 car classé comme « cancérigène possible ». Aux Antilles, il a été épandu jusqu’en 1993 en vertu d’une dérogation gouvernementale. Il est suspecté d’être à l’origine de cancers de la prostate, très nombreux aux Antilles, alors que 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais sont contaminés par ce produit, selon une enquête de Santé Publique France, publiée en 2018.

Rapport prévu en décembre

La Commission d’enquête parlementaire, qui doit rendre son rapport début décembre, a déjà auditionné les agences sanitaires, les administrations et services de l’Etat, ainsi que les experts scientifiques. Une délégation s’est aussi rendue en Martinique et en Guadeloupe en octobre, et a notamment auditionné des agriculteurs, des pêcheurs, des associations de citoyens et des services de l’Etat sur place.

Une enquête préliminaire a été ouverte après des révélations sur de présumés stocks enfouis de chlordécone, a indiqué mercredi dernier le procureur de la République de Pointe-à-Pitre, confirmant une information de Guadeloupe la Première.

Cette décision a été prise à la suite du témoignage sous serment fait le 19 septembre de Joël Beaugendre, ancien député de Guadeloupe, aujourd’hui président de la communauté d’agglomération Grand Sud Caraïbe, devant la commission d’enquête parlementaire sur le sujet. Il a affirmé que des stocks de chlordécone, dont la quantité demeure inconnue, avaient été enfouis au Jardin d’Essai, abritant aujourd’hui un lycée, aux Abymes. L’enquête a été confiée à la gendarmerie et une nouvelle audition de Joël Beaugendre devrait avoir lieu « dans quelques semaines », selon le procureur Xavier Bonhomme.