Non, il n’y a pas de « mosquée » sur le porte-avions « Charles-de-Gaulle »

FAKE OFF La rumeur a été partagée sur les réseaux sociaux. Il n'y a pas de « mosquée » sur ce bâtiment, mais une salle mise à disposition de tous les cultes, explique le ministère des armées

Mathilde Cousin

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Le porte-avions Charles de Gaulle est rentré à Toulon début juillet, après quatre mois en mission.
Le porte-avions Charles de Gaulle est rentré à Toulon début juillet, après quatre mois en mission. — PHILIPPE MAGONI/SIPA
  • La rumeur d'une mosquée sur les porte-avions Foch et Charles-de-Gaulle s'est répandue sur les réseaux sociaux.
  • Le Foch ne navigue plus sous pavillon français depuis l'an 2000. Sur le Charles-de-Gaulle, il n'y a pas de « mosquée », mais une salle mise à disposition de tous les cultes, explique le ministère des armées.
  • Selon un rapport parlementaire, 0,03 % des 37.800 marins, soit onze militaires, sont considérés comme radicalisés.

La rumeur est apparue en 2018. Elle a été relancée ce week-end, après l'attaque qui a touché la Préfecture de police de Paris, jeudi, et fait cinq morts, dont le tueur présumé.

Elle vise les porte-avions Foch et Charles de Gaulle. Sur Facebook, un internaute avance qu’il « existe une mosquée à bord du porte-avions Foch », avant de préciser qu’il s’agit « d’une seule salle pour toutes les religions ».

La veille, un internaute affirmait sur Twitter qu' « il existe une mosquée à bord du porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle. Est-on en droit de se poser la question de la présence d’islamistes infiltrés à bord du navire amiral de la flotte militaire française ? » Ce tweet, non sourcé, a été partagé près de 800 fois.

FAKE OFF

Le Foch ne navigue plus sous pavillon français depuis l’an 2000. Racheté par le Brésil, il devrait être démantelé dans les prochaines années.

« Il n’y a pas de mosquée à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, ni même de salle de prière réservée aux musulmans », dément le ministère des Armées auprès de 20 Minutes. Les croyants, quelle que soit leur religion, ont en revanche à disposition « une salle de culte polyvalente ». Cette salle est « partagée conjointement par les différents cultes (catholique, israélite, protestant et musulman), précise le ministère. Elle est ouverte en présence d’un aumônier qui organise le culte, quelle que soit sa religion d’appartenance ». Sur les autres navires de la marine nationale, « les commandements mettent, quand cela est matériellement possible, une salle à disposition des marins qui en font la demande pour la pratique du culte. »

Des aumôniers musulmans depuis 2005

Depuis 2005, des aumôniers musulmans ont rejoint les aumôniers d’autres confessions dans l’armée. Ils étaient 45 en 2017, dont sept membres de la réserve. Cinq de ces 45 aumôniers étaient des femmes en 2017. Depuis deux ans, les aumôniers recrutés par l’armée doivent avoir obtenu le diplôme universitaire de formation à la laïcité.

Les militaires peuvent « en dehors de leurs missions, participer aux offices religieux des cultes, pratiquer des rites tels que le jeûne ou encore célébrer des fêtes religieuses », expliquait en 2017 le ministère. Toutefois, « les impératifs de la mission et le principe de cohésion l’emportent sur l’expression religieuse qui doit être conciliée avec le fonctionnement du service de défense ». Le ministère précise auprès de 20 Minutes être « particulièrement attentif à tout prosélytisme en son sein ».

Une rumeur née sur un site parodique

La rumeur de la présence d’une mosquée sur le Charles-de-Gaulle est née en 2018. En mai, le site parodique Secret News publiait un faux article intitulé « une nouvelle salle de prière musulmane dans le porte-avions Charles-de-Gaulle. » Le site parodique précisait qu’une « association » « a annoncé l’ouverture d’une nouvelle salle de prière » sur le navire. L’association aurait également l’intention de « construire une grande mosquée » sur le bateau.

Tout cela est tiré de l’imagination des rédacteurs du site satirique. Pourtant, la satire est ensuite partagée sur plusieurs pages proches de l’extrême-droite, suscitant des rédactions indignées. Le site La gauche m’a tuer tombe également dans le panneau, comme le soulignait à l’époque Debunkers de hoax.

Selon un rapport parlementaire publié en juin, 0,03 % des 37.800 marins, soit onze militaires, sont considérés comme radicalisés. « Aucun marin ne fait l’objet d’une fiche S ni n’est inscrit au FSPRT (Fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste) », développent les députés Eric Diard (LR) et Eric Poulliat (LREM). Quand l’armée française a lancé une offensive contre la Syrie en avril 2018, « les membres d’équipage n’ont eu (…) aucune réticence à exécuter les ordres ». Pourquoi la radicalisation est-elle peu élevée selon ces élus ? Les députés avancent plusieurs pistes : des périodes à terre « trop courtes pour être propices au prosélytisme », une institution militaire « peu permissive », ainsi que l’existence de contrôles effectués en amont du recrutement puis après des signalements.

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