PMA pour toutes : Opposition, désillusion… « On sait qu’on est seuls, qu’on marche à contre-courant »

SOCIETE L'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules a été votée par les députés le 27 septembre. Les opposants ont tenté de se faire entendre ce dimanche

Romain Lescurieux

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Les opposants à la PMA pour toutes ont défilé à Paris ce dimanche
Les opposants à la PMA pour toutes ont défilé à Paris ce dimanche — R.LESCURIEUX / 20Minutes
  • Sept ans après la mobilisation contre le mariage pour tous, plusieurs dizaines de milliers d'opposants à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes ont défilé dimanche.
  • Mais seulement 74.500 personnes ont marché dans la capitale pour cette mobilisation nationale, selon un comptage réalisé par le cabinet Occurrence pour un collectif de médias, dont l'AFP.
  • Dans les rangs clairsemés, les militants savent que leur position est loin d'être partagée par une majorité de Françaises et Français.

A contresens. Alors qu’un homme en soutane revient vers la tête du cortège, les enceintes crachent The Intro, le tube du groupe britannique « The XX ». En 2013, les anti-mariage gay en Croatie avait utilisé ce morceau pour une de leur campagne. Le groupe, dont la chanteuse Romy Madley Croft est lesbienne, avait fustigé ce choix en rappelant « supporter de manière inconditionnelle le droit au mariage sans regard de la sexualité ». C’était il y a six ans. Depuis, Romy Madley Croft s’est mariée, la Croatie a dit non au mariage entre personnes du même sexe, la France « oui ». Mais ce dimanche les opposants à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes défilaient en plein Paris contre cette mesure portée par le gouvernement et actuellement débattue au Parlement.

« Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous… »

Dans un cortège parfois clairsemé, répondant à l'appel d'un collectif d’une vingtaine d’associations, quelques dizaines de milliers de personnes – très loin des 600.000 attendus par les organisateurs - ont commencé vers 13 heures à marcher aux abords du Jardin du Luxembourg, près du Sénat. Là, où une commission spéciale doit se pencher à partir du 15 octobre sur le projet de loi bioéthique. « Rien n’est joué, nous ne sommes qu’au début du processus législatif. Et nous allons nous battre », martèle un homme au micro. Promesse de campagne d’Emmanuel Macron et mesure phare de la loi bioéthique, l’ouverture de la PMA à toutes les femmes a été adoptée en première lecture le 27 septembre par l’Assemblée nationale. Ce qui n’a pas empêché les organisateurs d’affréter deux TGV spéciaux et des bus pour faire venir leurs troupes à Paris.

Souvent en famille, les manifestants sont donc venus agiter des drapeaux vert/rouge « Liberté Égalité Paternité », et ceux bleu/rose de l’époque de la Manif pour Tous. Ils ont applaudi les CRS, « même si bon… ils nous ont gazés en 2013 », note un homme dubitatif. Ils ont également scandé des slogans « de l’époque » comme : « Un papa, une maman… ». Et aussi des « nouveautés ». « Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous… nés d’un père et d’une mère », est repris en chœur par un groupe de femmes coiffées de bonnets phrygiens. Cette phrase est le détournement du slogan anti-raciste, anti-FN : « première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés » qui trouve son origine dans une version live de  «Porcherie» du groupe «Bérurier Noir». Et dans le « fond », que racontent les manifestants rencontrés par 20 Minutes ?

« Une grande famille »

Sabine, 53 ans, est venue pour faire « partie d’une grande famille ». « Cette famille qui protège les familles. Et pour moi une famille c’est un papa, une maman », débite-t-elle. « Il ne faut pas provoquer artificiellement l’absence d’un père », s’exclame Loïc, 32 ans. Pour Yves, 71 ans, sa présence est dans « la continuité de la défense de la famille et de l’enfant ». « Une société qui met en avant le désir d’enfant plutôt que sa protection, est une société qui va générer des difficultés », dit celui qui est davantage venu « alerter » que de nourrir l’espoir d’un gouvernement qui reculerait. Une odeur de défaite ?

« Depuis presque 2 ans, nos tentatives de dialogue n’ont jamais abouti (…) il ne reste plus que la rue pour être entendus », a déclaré de son côté la présidente de la Manif pour tous Ludovine de la Rochère, lors d’un point presse, rapporte l’AFP, avant le début de la manifestation. « Cette manifestation, c’est un avertissement au gouvernement. Ouvrira-t-il le dialogue ou restera-t-il comme Hollande en 2012 dans le mépris ? », a-t-elle ajouté. En fin d’après-midi, le cortège – où se trouvait une poignée d’élus LR et RN – est arrivé aux pieds de la Tour Montparnasse où quelques drapeaux LGBT ont fait leur apparition en marge de la manifestation. « Mieux vaut une paire de mères qu’un père de merde », avaient notamment inscrit des pro-PMA à des endroits du parcours.

« On sait qu’on est seuls »

Selon le dernier sondage de l'institut Ifop en septembre, une très large majorité de Français soutient l’ouverture de la PMA aux femmes seules (68 %) et aux lesbiennes (65 %), un « niveau record ». « On sait qu’on est seuls, qu’on marche à contre-courant », concède auprès de l’AFP Loïc, 29 ans. « Cette loi va passer mais je suis là pour pouvoir dire à mes enfants que je me suis battu », dit-il.

Contacté par 20 Minutes, Yann Raison du Cleuziou, maître de conférence en science politique à l’université de Bordeaux, et auteur de Une contre-révolution catholique. Aux origines de la manif pour tous (Seuil) nuance toutefois cette désillusion. « C’est vrai, qu’il y avait un certain défaitisme, ces dernières semaines dans leurs rangs. Mais j’ai l’impression que cette manifestation a reconstitué un capital militant. A voir ce qu’ils feront dans les jours à venir ».