Lille : La socioesthétique au service des femmes victimes de violences sexuelles

SOCIETE L’association Parler met en place un atelier socioesthétique à Lille pour encourager les femmes victimes de violences sexuelles à reprendre confiance en elles

Gilles Durand

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Marie-Anne colart, socioesthéticienne (à gauche) et Sandrine Rousseau, fondatrice de l'association Parler, entourent une victime.
Marie-Anne colart, socioesthéticienne (à gauche) et Sandrine Rousseau, fondatrice de l'association Parler, entourent une victime. — G. Durand / 20 Minutes
  • Créée en 2017, l’association Parler accompagne les femmes victimes de violences sexuelles.
  • En France, elles sont environ 400 à avoir franchi la porte de l’association, dont 76 dans le Nord.
  • A Lille, un atelier de socioesthétique était organisé pour la première fois.

Le geste est doux et bienveillant. Marie-Anne Collart est socioesthéticienne. Entre ses mains expertes, celles de Sophie, une femme victime de violences sexuelles, qui a décidé, un jour de raconter son histoire. « C’est bien ! Je sens la confiance qui revient dans la sensation de votre main. Un peu de lâcher-prise », dit-elle tendrement à sa patiente.

Samedi, elles étaient six, comme Sophie, à avoir libéré leur parole. Entre 20 ans et 55 ans, elles ont, un jour, confié leur détresse personnelle à l’association Parler, fondée en 2017 par l’ancienne porte-parole des Verts, Sandrine Rousseau.

Self-défense à Paris

Pour la première fois, l’asso organisait un atelier de socioesthétique dans le salon de coiffure Franck H., à Lille, généreusement prêté pour l’occasion. « A Paris, l’asso Parler organise, par exemple, des ateliers de self-défense pour se rassurer, se sécuriser. Nous avons choisi la socioesthétique qui permet de renouer le contact avec son corps, de se reconstruire », note Véronique Martin.

« A la dernière minute, une des adhérentes n’a pas pu venir à cause d’une crise d’angoisse », explique Sandrine Rousseau. Pour ces femmes, la page est difficile à tourner.

Le massage des mains, les soins du visage ou le maquillage sont des activités souvent inconsciemment bannis. « Notre rôle est d’aider ces femmes à s’accorder du bon temps sans culpabiliser, un peu comme de la relaxation active », souligne Marie-Anne Collart.

« Libérer la parole est une démarche compliquée »

Cette asso accompagne les femmes victimes de violences sexuelles. En France, elles sont environ 400 à avoir franchi la porte de l’association Parler, dont 76 dans le Nord. « Libérer la parole est une démarche compliquée. Ces histoires envahissantes remontent parfois à l’adolescence, souligne Véronique Martin, coordonnatrice lilloise de Parler. Plusieurs adhérentes nous ont dit que de passer notre porte était déjà un grand pas pour elle. »

Jusqu’à présent, l’asso organisait des groupes de parole, une fois par mois. « On peut la prendre ou simplement écouter, précise véronique Martin. C’est un lieu d’échanges complémentaire d’un rendez-vous avec un psy. »

« Il y a quinze ans, les souvenirs sont revenus »

« J’ai commencé le mois dernier, raconte Nora. J’appartiens à un groupe de personnes avec lesquelles on se voit régulièrement ». Nora en est à sa 3e association. « J’ai commencé le travail depuis longtemps, dit-elle. Il y a quinze ans, les souvenirs sont revenus à la surface. »

Nora a été victime d’inceste en Algérie avant d’arriver en France à l’âge de 31 ans. « Je retournais de temps en temps revoir ma famille. Je revenais en pleine dépression sans comprendre pourquoi. Il y avait comme une amnésie », commente-t-elle.

Des sanglots dans la voix, elle indique souffrir « de solitude ». « J’attendais cet atelier avec impatience. C’est difficile de mettre tout le temps le masque pour aller travailler. De s’entendre dire parfois "Oublie !" ou "Tu en fais des tonnes" ».

Reprendre confiance, « La démarche socioesthétique, c’est d’abord revenir à soi. Se rappeler qui on est, par le respect et le soin de soi », souligne Marie-Anne Collart. D’autres ateliers suivront. Pour tenter de faire passer un cap. Jusqu’au dépôt de plainte éventuel.