Journée du droit dans les collèges : « Si une fille publie une photo d’elle en minijupe sur Instagram, pourquoi se fait-elle insulter ? »

REPORTAGE « 20 Minutes » a suivi l’intervention d’une avocate auprès des collégiens, ce vendredi

Delphine Bancaud

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Maître Parmentier à la journée du droit au collège, le 4/10/19 à Paris. Lancer le diaporama
Maître Parmentier à la journée du droit au collège, le 4/10/19 à Paris. — D.Bancaud/20minutes
  • La deuxième journée du droit dans les collèges organisée ce vendredi par le Conseil national des barreaux et le ministère de l’Education nationale, avait pour thème l’égalité hommes-femmes.
  • Sur toute la France, 650 interventions d’avocats ont eu lieu dans les collèges permettant à 16.250 élèves d’être sensibilisés à cette thématique.
  • L’occasion pour les élèves de 5e du collège Charles Péguy de Paris de prendre conscience des stéréotypes de genre, des inégalités salariales entre hommes et femmes et des dangers du cybersexisme.

« Elle où l’avocate ? ». Ce vendredi matin, les élèves de 5e du collège Charles Peguy, situé dans le 19e arrondissement de Paris, sont tout emballés à l’idée d’échanger une heure de cours classique contre une heure de débat sur l’égalité femmes/hommes avec une intervenante de prestige : maître Elise Parmentier, avocate spécialisée en droit du travail et des affaires. Car leur établissement participe à la deuxième Journée du droit dans les collèges, organisée par le Conseil national des barreaux et le ministère de l’Education nationale.

Ce dont se félicite Damien Lucas, principal du collège : « Cette intervention donne de la force au discours contre le sexisme que tient l’équipe pédagogique le reste de l’année au collège », explique-t-il. D’autant que le collège n’est pas épargné par le fléau : « Outre les insultes sexistes, il y a parfois des problèmes d’attouchements ou de cyberharcèlement envers les jeunes filles. Sans oublier les stéréotypes que certains propagent. Exemple : un élève m’a récemment expliqué que les femmes étaient bonnes à faire la vaisselle », poursuit le principal.

« Femme de ménage, c’est un métier de femme », déclare un élève

Mais pas de quoi décourager maître Parmentier, qui fonce dans l’arène avec le sourire. « Bonjour, je suis Elise Parmentier, avocat au barreau de Paris. N’y a-t-il pas un truc bizarre dans cette phrase ? », attaque-t-elle, bille en tête. « Vous avez dit avocat et pas avocate », tilte tout de suite un élève. « Oui, car j’estime que ma profession est un titre et qu’il ne se décline pas au féminin. Et que ce n’est pas parce que je suis une femme, que je suis moins forte qu’un homme avocat. Par ailleurs, on m’appelle maître, pas maîtresse », ironise-t-elle.

L’occasion rêvée pour Elise Parmentier, d’aborder la question de la mixité des métiers : « Existe-t-il des métiers d’homme et des métiers de femme ? », interroge-t-elle. « Oui, femme de ménage c’est un métier de femme », déclare du tac au tac un adolescent. « Vous n’êtes pas très à la page, jeune homme. Ce n’est pas exact. C’est pour cela que l’on parle de ce métier en disant "technicien de surface". Par ailleurs, il peut y avoir des sages-femmes hommes », déclare-t-elle. Les élèves se battent pour prendre la parole, quitte à ce que la discussion parte dans tous les sens, mais qu’importe. « Et la France a-t-elle eu une femme première ministre ? », interroge l’avocate. « Non », clament en chœur les élèves, qui n’ont jamais étendu parler d’ Edith Cresson. « On n’en a eu qu’une, alors qu’il y a plein de femmes politiques compétentes », souligne Elise Parmentier. « Ah oui, Anne Hidalgo », lance une élève.

« La société est encore misogyne »

Pour faire prendre conscience aux élèves de l’inégalité salariale entre hommes et femmes, l’avocate les soumet à un petit quiz. « A travail égal, les femmes touchent 6 %, 15 %, 50 % de moins que les hommes ? », interroge-t-elle. Une majorité d’élèves ont la bonne réponse, à savoir 15 %. Preuve qu’ils ont déjà bien intégré cette triste réalité. « C’est pour ça qu’en novembre chaque année, des femmes prennent la parole pour dire qu’à partir de ce moment-là de l’année, elles travaillent gratuitement », explique l’avocate. « Et comment expliquez-vous que les joueuses de foot soient beaucoup moins bien payées que les joueurs ? », interroge l’avocate.

« Parce qu’il y a moins de gens qui regardent le foot féminin et donc moins d’argent qui est versé à la Fédération », lance un élève ? « C’est aussi parce que la société est encore misogyne », ajoute son camarade. Pour ne pas plomber le moral des jeunes filles de la classe, Elise Parmentier tente d’insuffler un peu d’espoir : « Les choses changent peu à peu. Vous avez vu au Festival de Cannes quand les actrices ont manifesté pour réclamer d’être payées comme leurs confrères ? », demande-t-elle.

« Ça peut peut-être faire changer ceux qui font des remarques désobligeantes aux filles »

L’heure tourne, mais pas question pour Elise Parmentier de ne pas aborder la question du cyber harcèlement sexiste, d’autant que quelques vannes méchantes ont fusé entre des élèves, depuis le début de son intervention. « Si une fille publie une photo d’elle en minijupe sur Instagram, pourquoi se fait-elle insulter ? », interroge-t-elle. « Ben elle l’a un peu cherché, elle a fait sa belle », déclare une élève. Preuve que certaines filles sont aussi actrices du sexisme dont souffrent leurs camarades. Saisie par l’émotion, maître Parmentier lève alors la voix, comme si elle entamait une plaidoirie : « Si vous êtes attaqué sur votre physique, vous ne devez pas laisser faire et vous taire. Parlez-en à vos profs, à vos parents. Faites des captures d’écrans des messages dégradants que vous recevez, bloquez vos agresseurs sur Instagram, appelez le numéro vert 3020. Et vous les harceleurs, n’oubliez pas que vous risquez une amende et la prison », lance-t-elle.

Des mots qui font mouche auprès des élèves : « J’ai bien compris qu’elle haussait le ton pour faire peur aux harceleurs », commente Dario. « Ça peut peut-être faire changer ceux qui font des remarques désobligeantes aux filles », poursuit Charles. « C’était intéressant cette séance. Ça précise ce que je savais déjà un peu : les femmes subissent encore trop d’inégalités par rapport aux hommes », ajoute Raphaël, avant de rejoindre son cours de SVT.