Migrants à Nantes : Le gymnase Jeanne-Bernard sera évacué avant 2020, promet le préfet

HUMANITAIRE Claude d'Harcourt a répondu aux vives critiques formulées contre l'inaction de l'Etat au lendemain de la mort d'un exilé

Frédéric Brenon

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Claude d'Harcourt, préfet de Loire-Atlantique.
Claude d'Harcourt, préfet de Loire-Atlantique. — F.Brenon/20Minutes
  • Près de 700 personnes vivent dans des conditions extrêmement difficiles à l’intérieur et à l’extérieur de l’ancien gymnase.
  • Un homme âgé de 35 ans est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi.
  • Le préfet répète que les hébergements d’urgence sont saturés.

Au lendemain de la mort d’un jeune homme à l’intérieur de l’ancien gymnase Jeanne-Bernard à Saint-Herblain, où vivent environ 700 migrants, le préfet de Loire-Atlantique, Claude d’Harcourt, a tenu à répondre aux critiques visant l’inaction de l’Etat. « La mort de toute personne, quel que soit son statut, quelle que soit sa nationalité, est un drame pour l’Etat. Je le dis avec gravité. C’est une émotion que nous partageons. »

Puis il a tenté d’expliquer pourquoi l’Etat ne mettait pas à l’abri des demandeurs d’asile alors que cette mission relève de sa compétence. « L’Etat mobilise 7.000 places d’hébergement en Pays-de-la-Loire pour les demandeurs d’asile. Ce chiffre a augmenté de 30 % en cinq ans. Et ça représente un coût de 56 millions d’euros. Mais aujourd’hui, notre capacité d’hébergement est saturée. Près de 500 réfugiés en situation régulière ne trouvent pas de logement et occupent des hébergements qui pourraient être libérés. La situation du logement sur Nantes métropole est compliquée et ne concerne pas que l’Etat. Nous en avons parlé avec les bailleurs. Nous avons prévu de nous revoir avec Nantes métropole. »

« Je ne peux pas dire quand, ni comment »

L’autre argument avancé par la préfecture est qu’elle n’est pas parvenue à identifier les occupants du squat et connaître leur situation « malgré des demandes répétées aux associations ». Pourquoi l’Etat n'a-t-il pas mobilisé ses agents pour le faire ? « Parce que ce sont ces associations qui ont mis les migrants dans ce lieu », répond CLaude d'Harcourt.

Pour autant, l’Etat, à qui la justice vient de donner un délai de trois mois (soit jusqu’à fin 2019) pour procéder à l’évacuation du gymnase, « assumera ses responsabilités », affirme le préfet. « Nous appliquerons la décision. Je ne peux pas dire quand, ni comment. La confidentialité est nécessaire pour garantir la sécurité de l’opération. »

L’appel aux collectivités

L’Etat répondra également à l’ordonnance de la justice de sécuriser le site et de le mettre en état de salubrité publique à court terme. Mais pourquoi avoir attendu un an pour agir compte tenu de l’urgence humanitaire ? « La mairie de Saint-Herblain avait fait comprendre qu’elle pouvait porter ces choses », indique Claude d’Harcourt. Il poursuit : « Les réfugiés sont sur un territoire. On ne traitera pas cette situation si l’ensemble des acteurs de ce territoire ne se serrent pas les coudes. »

Le gymnase Jeanne-Bernard est occupé depuis octobre 2018. Le nombre de migrants y ayant trouvé refuge, faute de places dans les dispositifs d’accueil de l’Etat, n’a cessé de croître. La plupart sont originaires d’Afrique. Les derniers arrivés vivent à l’extérieur de l’enceinte, seulement abrités par des tentes ou des cabanes de fortune.