Des manifestants à Rouen, le 1er octobre.
Des manifestants à Rouen, le 1er octobre. — Robin Letellier/SIPA

FAKE OFF

L'incendie de l'usine Lubrizol a-t-il provoqué des éruptions cutanées chez certains habitants?

Un post Facebook viral affirme que les retombées de l'incendie de l'usine Lubrizol, à Rouen, ont provoqué une éruption cutanée chez plusieurs habitants du secteur

  • Une semaine après l'incendie de l'usine Lubrizol, classée Seveso, à Rouen, des internautes s'inquiètent des retombées sanitaires de l'incident.
  • Un post Facebook viral affirme ainsi qu'une petite fille a été victime d'une éruption cutanée liée à l'incendie, au même titre que d'autres habitants, en citant le diagnostic d'un médecin.
  • 20 Minutes fait le point sur cette alerte.

L’alerte ne risque pas de rassurer les habitants de Rouen et des alentours qui s’inquiètent des conséquences de l'incendie de l'usine Lubrizol (classée Seveso) sur leur santé ou celle de leurs enfants.

Sur Facebook, une semaine après l’incident, une mère de famille décrit en effet, dans un post du 2 octobre devenu viral, les symptômes subis par sa fille depuis peu : « Voilà les effets de Lubrizol à Grand Quevilly [à proximité de l’usine]… Zone non touchée soi-disant [par les retombées du panache de fumée, qui auraient touché des centaines de communes] je sors [de chez le] médecin avec un certificat médical pour [éruption] cutanée dûe à une exposition chimique. »

Photos du visage de sa fille à l’appui, elle poursuit : « Sur [les conseils du médecin], je poste donc ce message, si vous ou vos enfants présentez ce genre de boutons sur le visage ou sur les mains, allez tout de suite [chez le] médecin et exigez un certificat médical, prenez aussi des photos et surtout n’hésitez pas à me contacter pour une action groupée, ce n’est pas le premier cas que mon médecin détecte chez ses patients habitant autour de l’usine… »

FAKE OFF

Contactée, Charline, l’internaute à l’origine du message, précise : « Nous habitons à 1,5 km de l’usine à vol d’oiseau mais le nuage de fumée n’est pas passé dans notre zone, ni près de l’école maternelle de ma fille ».

Si les vents qui ont soufflé peu après l’incendie ont en effet poussé le nuage vers le nord, la mairie de Grand Quevilly indiquait en revanche, ce 2 octobre, que la commune était désormais concernée par les retombées tardives de l’incident : « Conformément aux prévisions météo, les vents ont tourné et orienté provisoirement les fumées odorantes vers Grand Quevilly. Il est possible que ces odeurs désagréables provoquent des incommodations (maux de tête, irritations de la gorge, nausées…) notamment pour les personnes les plus fragiles. »

« Elle a commencé à tousser en début de semaine et elle avait le nez qui coulait donc je comptais l’emmener chez le médecin. Le lendemain matin, elle était couverte de boutons sur le visage et au cou. Le médecin qui l’a auscultée m’a dit : "Bizarre, ces boutons, je pense qu’elle fait une réaction aux produits chimiques" et il m’a expliqué qu’il avait déjà eu un cas semblable avec une personne qui vit à 900 mètres de l’usine », continue Charline.

Charline précise enfin : « Apparemment, c’est typique des personnes aux peaux sensibles, ce qui est le cas de ma fille, et ça touche particulièrement les mains et les avant-bras. Elle en a beaucoup sur le nez, ça fait comme des petites cloques. Elle a déjà fait des éruptions cutanées petite mais jamais comme ça, ça n’a rien à voir avec des boutons de chaleur, ça la démange et elle suit un traitement. »

Une « éruption » jugée « compatible avec l’exposition à un produit irritant »

Contacté, le secrétariat du médecin concerné nous indique qu’il ne souhaite pas répondre sur ce sujet. 20 Minutes a toutefois pu consulter le certificat médical fourni lors de cette visite, sur lequel il certifie avoir examiné la petite fille, et note qu’elle « présente une éruption […] peu puruleuse (sic) du visage compatible avec l’exposition à un produit irritant car totalement absente des zones couvertes [par ses vêtements] ».

Aucune mention n’est donc faite d’un lien avec l’incendie de Lubrizol sur ce document médical – le médecin ayant par ailleurs prescrit différents médicaments à la petite fille, parmi lesquels des antihistaminiques ou encore une crème « de type Derexyl », aux propriétés hydratantes.

Depuis son appel à témoignages, Charline affirme en outre avoir reçu celui d’une résidente de la zone, souffrant également d’une éruption cutanée, et les témoignages de quatre personnes ayant constaté les mêmes symptômes chez leurs enfants : « Ils sont allés au CHU, où on leur a dit que c’était une réaction due à une laryngite. »

« Je ne peux pas vous dire que c’est à cause de Lubrizol »

Cette résidente, qui préfère rester anonyme mais vit dans une zone épargnée par le nuage de fumée et souffre aussi de boutons au visage et dans le cou, indique pour sa part à 20 Minutes : « Je me suis retrouvée comme ça vendredi matin […], le médecin a parlé d' "allergie de contact aux endroits exposés à l’air". J’ai d’abord vu mon médecin traitant, qui n’a pas fait le rapprochement mais qui s’est senti bête de ne pas savoir pourquoi c’était si localisé. »

« Puis j’ai quitté la région le temps du week-end et à mon retour, dimanche soir, je suis vite allée chez le médecin de garde qui m’a dit : "Je ne peux pas vous dire que c’est [à cause de l’incendie de] Lubrizol mais je vous donne les coordonnées de l’avocat qui est en charge de l’affaire" », ajoute-t-elle, elle qui suit également un traitement comprenant notamment des antihistaminiques.

Contactées par 20 Minutes, les mairies de Grand Quevilly et celle, voisine, de Petit Quevilly, affirment n’avoir reçu « aucun signalement » à propos d’éruptions cutanées chez les habitants ou les enfants du secteur. Un constat partagé par l’académie de Rouen : « Nous avons vérifié auprès des membres (infirmiers et médecins) du dispositif médical mis en place depuis l’incendie et nous n’avons eu aucune remontée de phénomènes de ce genre. »