Attaque au couteau à la préfecture de Paris : Quelles mesures pour prévenir la radicalisation des fonctionnaires ?

AGRESSION Jeudi, un employé a tué quatre personnes au couteau en plein coeur de Paris, dans les locaux de la Préfecture de police, avant d'être abattu par les forces de l'ordre

Lucie Bras

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Véhicules de pompiers et police stationnés à proximité des locaux de la préfecture de police à Paris, le 3 octobre 2019.
Véhicules de pompiers et police stationnés à proximité des locaux de la préfecture de police à Paris, le 3 octobre 2019. — MARTIN BUREAU / AFP
  • Un fonctionnaire de la préfecture de police de Paris a tué quatre policiers avec un couteau avant d'être abattu dans la cour de la préfecture.
  • Les enquêteurs exploraient la piste d'un conflit personnel, mais vendredi soir, le parquet national antiterroriste (PNAT) a annoncé se saisir de l’enquête.
  • L'auteur des faits travaillait à la Direction du renseignement de la préfecture de police.

Une menace venue de l’intérieur. L’agresseur, qui a tué quatre policiers ce jeudi dans les locaux de la Préfecture de police de Paris, travaillait au service informatique de la Direction du renseignement (DRPP). Les enquêteurs exploraient la piste d’un conflit personnel, mais vendredi soir, le parquet national antiterroriste (PNAT) a annoncé se saisir de l’enquête. Face à la radicalisation, la fonction publique a-t-elle pris toutes les mesures ? 20 Minutes fait le point.

Armée, police, gendarmerie, éducation… La France compte 5,48 millions de fonctionnaires. Et parmi eux, des éléments radicalisés. « Oui, il y en a dans l’armée, la police et la gendarmerie », explique Eric Diard. Le député LR des Bouches-du-Rhône, co-auteur d’un rapport parlementaire sur le sujet, se veut rassurant mais appelle à la vigilance. « C’est une très petite quantité. Mais regardez les chiffres : il y a 350.000 policiers en France. S’il n’y en a que 100 qui sont radicalisés, c’est marginal mais ils peuvent faire un carnage. Comment peut-on laisser un policier radicalisé ? Dans ces services, il ne devrait pas y en avoir un seul », martèle-t-il.

Les cas soupçonnés – et pas nécessairement avérés – concernent 0,05 % des effectifs dans l’armée de terre, 0,03 % dans la marine et une trentaine de situations dans la police et la gendarmerie (sur un total de 130.000 gendarmes et 150.000 policiers), révèle le rapport.

Une « gigantesque » prise de conscience en 2015

Face à la radicalisation, les administrations ont longtemps « caché la poussière sous le tapis », explique Eric Diard. Notamment parce que la radicalisation n’est pas un délit en France, c’est le passage à l’action violente qui est illégale. Les administrations n’ont aucun pouvoir sur les fonctionnaires qu’elles soupçonnent de radicalisation. « Pendant longtemps, ces éléments ont été isolés dans des tâches très administratives. » C’est en 2015, après les attentats de Charlie Hebdo et du 13-Novembre, qu’une « gigantesque prise de conscience » se fait.

Il a fallu le temps des débats au Parlement avant d’aboutir à une loi pour déployer, dès octobre 2017, « une mesure intéressante », commente Eric Diard : le criblage. Cette disposition permet, dès le recrutement d’un nouveau fonctionnaire, de croiser huit fichiers (antécédents judiciaires, fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste – FSPRT…) pour détecter une attitude anormale dans un service, qui pourrait déboucher sur une radicalisation.

Cette pratique est désormais automatique dès l’embauche dans la police et la gendarmerie, et même dans les entreprises publiques de transports, comme la RATP. Elle est réalisée par le Service national des enquêtes administratives de sécurité (SNEAS). Avec des moyens encore limités (23 agents et 5 réservistes), le SNEAS a réalisé 318.464 enquêtes en 2018, dont 485 ont donné lieu à des avis défavorables, dont 116 dans les transports publics et 5 dans la police.

Une loi… inapplicable

Pourtant, une disposition manque dans cet arsenal judiciaire, regrette le député. « Dans notre rapport, on demande un rétrocriblage dès décembre 2018, c’est-à-dire que les vérifications ne se font pas seulement au stade du recrutement mais aussi au cours de la carrière, pour les fonctionnaires déjà en place », explique-t-il. Depuis le 30 octobre 2017, la loi l’autorise. Problème, selon le député, « il manque une circulaire interministérielle pour que ce soit possible ». Cette circulaire manquait toujours le 26 juin dernier, confirme le député, empêchant ainsi la loi de s’appliquer. Après vérification sur le site du gouvernement, cette circulaire n’a pas été publiée depuis.

Eric Diard et son coauteur Eric Poulliat, député LREM de Gironde, réclament une extension du criblage dans toutes les administrations : « La police et la gendarmerie ont mieux réagi que dans d’autres services comme le sport, l’université, la maintenance dans les transports. » Ou encore la prison : le criblage chez les surveillants pénitentiaires, où au moins 10 fonctionnaires radicalisés ont été repérés, devrait être mis en place prochainement. « Regardez Coulibaly, Merah et Chekatt, la plupart des terroristes sont des détenus de droit commun qui se sont radicalisés en prison. La prison est une poudrière par excellence », lâche-t-il.