VIDEO. Marseille: «Les détenus vivent dans 9 m2 22 heures sur 24», le docu choc sur la prison des Baumettes

PRISON Ce vendredi est projeté en avant-première au Gyptis à Marseille le documentaire « Des hommes » sur la vie en détention à la prison des Baumettes

Propos recueillis par Mathilde Ceilles

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La prison des Baumettes, à Marseille. (illustration)
La prison des Baumettes, à Marseille. (illustration) — CHARUEL/SIPA
  • Pendant près d’un mois, Jean-Robert Viallet et Alice Odiot ont posé leurs caméras aux Baumettes.
  • Ils en sortent un documentaire coup de poing et sans concession sur les conditions de détention dans cette maison d’arrêt.

Une plongée de plus d’une heure, sans voix off, comme si le spectateur était lui-même un détenu de cette prison épinglée pour son délabrement et ses conditions de vie « inhumaines ». Avec Des hommes, les lauréats du Prix Albert-Londres Alice Odiot et Jean-Robert Viallet signent un documentaire choc sur la prison des Baumettes, fruit d’une immersion de presque un mois au sein de la célèbre maison d’arrêt marseillaise

Jean-Robert Viallet revient pour 20 Minutes sur ce film, projeté à Cannes durant la quinzaine et en avant-première ce vendredi au Gyptis, à Marseille, avant une distribution nationale dans tous les cinémas courant février.

Pourquoi avoir tenu à tourner ce documentaire aux Baumettes ? Dès le début du film, vous précisez qu’il a fallu plusieurs années avant d’obtenir les autorisations de tournage…

D’abord, avec Alice, on avait suivi pendant un an deux femmes confrontées à la justice dans deux films précédents pour la télévision. Et ces femmes étaient passées par les Baumettes et en parlaient beaucoup. Ça nous a déjà donné envie de voir de plus près, d’autant qu’on venait de s’installer à Marseille. On arrivait de Paris. Et les Baumettes sont un lieu mythique. Dans les prisons françaises, il y a la Santé, Fleury, Fresnes et les Baumettes. Il y avait enfin le rapport du contrôleur des libertés et de la détention de 2012 qui avait évoqué les Baumettes comme un lieu aux conditions de détention inhumaines. Mais cela a pris du temps, effectivement. Quand on a démarché d’abord le ministère de la Justice, il nous avait répondu : « Demandez-nous tout, sauf les Baumettes ! » C’était trop compliqué, c’est une prison qui a des problèmes sérieux et qu’ils étaient en train de refaire​… Et puis, nous voulions une autorisation d’un genre particulier. On voulait du temps, pouvoir tourner à l’intérieur, dans le plus simple, le plus brut, le plus basique de ce qu’est une immersion en détention. Et on souhaitait une totale liberté de mouvement à l’intérieur.

Fait rare, vous filmez la parole des détenus, au sein même de leurs cellules. Comment les avez-vous choisis ?

On ne les a pas choisis en fait. Toute la prison savait qu’on était là. Et les gars se déplacent régulièrement dans la prison, pour un rendez-vous chez le médecin, etc. On les croisait dans les couloirs, on échangeait des regards, huit phrases, et ils nous accueillaient dans leurs cellules. Il n’y avait pas de casting. On a voulu filmer la prison comme un ventre, avec en son sein ceux qui sont incarcérés, et aussi ceux qui y travaillent. Et on s’est rendu compte progressivement que dans ce lieu où l’on prive les gens d’une partie de leur humanité, l’humanité peut tout de même surgir, dans le sens positif, mais négatif, dans la violence et les rapports aux autres

Une violence que vous rappelez à plusieurs reprises dans le documentaire, en évoquant notamment les meurtres de détenus par leurs codétenus…

On ne peut pas occulter la violence en prison. Ce serait grossier. Quand on enferme quelqu’un dans des conditions difficiles, forcément, cela augment les craquages psychiques et le niveau de violence, car les gens n’en peuvent plus. D’autant que, dans une ville comme Marseille, la guerre des petits gangs à l’extérieur de la prison se retrouve instantanément à l’intérieur de la prison. Ceux qui dominent à l’extérieur dominent à l’intérieur, et quand le vent tourne dehors, cela change aussi aux Baumettes.

On a l’impression que vous cherchez à travers ce documentaire à ouvrir un débat sur la prison en France…

On voulait faire un film qui soit un geste cinématographique fort. Un film qui parle politique tout seul sans qu’on parle à la place des séquences des personnages et du film lui-même, et qui emmène le spectateur à l’intérieur. Après, la prison fait le boulot qu’on lui demande avec les moyens qu’elle a. Elle récupère ce que les juges leur envoient avec les moyens du bord, dans des conditions dramatiques comme celles des Baumettes. Après, j’ai un avis sur la politique punitive des tribunaux en France, qui est extrêmement dure par rapport à d’autres pays. Certains détenus pourtant mériteraient peut-être plus d’être en formation ou soignés plutôt que placés sous camisole chimique. Or, la maison d’arrêt, c’est ce qu’il y a de plus dur en prison. Aux Baumettes, à l’époque du tournage, c’est une 1h30 de promenade par jour. Le reste du temps, les détenus vivent 22h30 sur 24 dans leurs cellules de 9 m2. Alors, quand vous sortez des Baumettes, vous faites quoi ?