Incendie de l’usine Lubrizol à Rouen : « Pour la population, il y a trois risques : l’inhalation, le contact cutané ou l’ingestion »

INTERVIEW Fabrizio Pariselli, toxicologue à l’unité de prévention du risque chimique au CNRS, a répondu aux questions de « 20 Minutes » sur la dangerosité des produits

Propos recueillis par Manon Aublanc

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La préfecture de Seine-Maritime a annoncé mardi soir que 5.253 tonnes de produits chimiques avaient été détruits  dans l'incendie de l'usine Lubrizol.
La préfecture de Seine-Maritime a annoncé mardi soir que 5.253 tonnes de produits chimiques avaient été détruits dans l'incendie de l'usine Lubrizol. — Lou BENOIST / AFP
  • Les risques de pollution après l’incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, qui fabrique du lubrifiant, inquiètent la population.
  • Mardi, la préfecture de Seine-Maritime a rendu publique la liste des 5.253 tonnes de produits chimiques qui ont été détruits dans l’incendie.
  • Les autorités ont également annoncé que 1.000 fûts de produits chimiques étaient encore présents sur le site, parmi lesquels « 160 sont en état délicat ».

Chose promise, chose due. Moins d’une semaine après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, classée Seveso seuil haut, la préfecture de Seine-Maritime a publié sur son site, mardi, la liste des 5.253 tonnes de produits chimiques qui ont brûlé.

Les autorités ont tenté de rassurer la population : « Tous les produits ne sont pas dangereux. La dangerosité dépend de la quantité présente, du devenir des molécules après avoir brûlé et de la manière dont on est exposé », est-il précisé sur l’un des documents mis en ligne. Les produits qui ont brûlé sont-ils dangereux ? 20 Minutes a interrogé Fabrizio Pariselli, toxicologue à l'unité de prévention du risque chimique au CNRS.

Quel est le niveau de dangerosité de ces produits ?

Dans la liste donnée par la préfecture, il y a au moins deux produits qui peuvent émettre du formaldéhyde, une substance cancérigène avérée et mutagène. C’est une substance assez commune que l’on retrouve dans le mobilier, les peintures, les moquettes, et dans le cas de l’usine, dans les additifs pour carburants, les additifs multi-usages. Dans d’autres produits, on retrouve du naphtalène, un hydrocarbure aromatique polycyclique (HAP). Cette substance est suspectée d’être cancérigène.

Il y a également de nombreuses substances toxiques pour la reproduction, comme le phénol dodécyl branché. C’est une substance considérée comme toxique pour la fertilité et suspectée d’être un perturbateur endocrinien. Il y a aussi des sensibilisants cutanés, c’est-à-dire des substances qui peuvent provoquer des allergies cutanées, comme de l’acrylate ou de l’époxyde. Pour finir, on retrouve des sensibilisants respiratoires, c’est-à-dire des substances qui peuvent entraîner des problèmes de respiration.

Ces subtances sont-elles encore plus dangereuses une fois qu’elles ont brûlé ?

Une fois qu’elles ont brûlé, les substances vont être transformées. Normalement, une combustion idéale entraîne la production de dioxyde de carbone. Le problème, dans ce genre d’incendie, c’est que les combustions ne sont pas complètes et entraînent la production de substances dégradées.

On peut avoir différents types de molécules produites par la combustion et relâchées dans la nature. Elles peuvent être potentiellement dangereuses. On peut notamment retrouver des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dont certains sont très dangereux, et des dioxines​, un produit créé lors de combustions incomplètes très dangereux pour la santé et pour l’environnement.

Quels risques ces produits présentent-ils pour la population ?

Pour la population, il y a trois risques : l’inhalation, le contact cutané ou l’ingestion. Concernant l’inhalation, ce sont les particules en suspension dans l’air qui sont dangereuses. Mais le nuage étant passé, s’il n’y a pas de remise en suspension des particules dans l’air, l’inhalation ne devrait plus représenter de danger. En revanche, le contact cutané, lors des étapes de nettoyage, et l’ingestion, à travers des aliments contaminés, représentent encore un danger.

Les analyses réalisées sont-elles suffisantes ?

En tant que toxicologue, s’il y a vraiment un risque pour la population, il faut absolument obtenir les données d’exposition. Tant qu’on n’a pas ces données-là, on ne peut pas savoir s’il y a un risque ou pas. Ce sont des données qui mettent du temps à arriver car les analyses sont longues. L’étape de procession des échantillons, c’est-à-dire de la récolte à l’analyse, prend du temps.

20 secondes de contexte

Pour répondre à nos questions, Fabrizio Pariselli, toxicologue, a étudié les « fiches de sécurité » des 490 produits présents dans l’usine Lubrizol, mises en ligne par la préfecture de Seine-Maritime, ce mardi. Mais compte tenu des délais, le chercheur n’a pas pu étudier tous les produits qui y figurent.