Incendie de l’usine Lubrizol à Rouen : Le parquet de Rouen se dessaisit de l’enquête au profit de Paris, plus d'une quarantaine de plaintes déposées

ENQUETE Le parquet explique la prise de cette décision notamment en raison de la « technicité » des investigations et du nombre de plaintes recensées

20 Minutes avec AFP

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L'usine Lubrizol de Rouen a été le théâtre d'un important incendie, jeudi 26 septembre.
L'usine Lubrizol de Rouen a été le théâtre d'un important incendie, jeudi 26 septembre. — Robin Letellier/SIPA

Nouveau rebondissement dans l’enquête sur l’important incendie qui a touché l’usine chimique Lubrizol à Rouen, classée Seveso, dans la nuit de mercredi au jeudi 26 septembre. Le parquet de Rouen a annoncé se dessaisir du dossier au profit du pôle de santé publique de Paris, en raison notamment de la « technicité » des investigations.

Le parquet recense par ailleurs « plus d’une quarantaine de plaintes » portées à sa connaissance. « Elles sont transmises ou en cours de transmission », indique-t-il. Il précise dans un communiqué que « le périmètre de départ de feu commence à être identifié, sans pour autant qu’il soit aujourd’hui possible de préciser avec certitude sur quelle emprise le sinistre a débuté ». La société Lubrizol avait affirmé lundi que l’origine du feu serait « extérieure » au site, en se fondant sur « la vidéosurveillance et des témoins oculaires ».

L’enquête porte actuellement sur « l’exploitation des divers moyens de vidéosurveillance » et le « recueil de témoignages », révèle le parquet dans son communiqué. « Les causes de l’incendie restent à établir », souligne-t-il. Les constatations sur place par l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale, « prévues en début de semaine, n’ont pu pour l’heure intervenir au regard de l’état du site », précise-t-il.

Le parquet de Paris a confirmé dans un message s’être saisi de l’affaire « au regard de l’importance du sinistre survenu sur un site classé Seveso, du nombre de plaintes déposées et de la complexité des investigations restant à réaliser ».

Manifestations pour « la vérité »

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté à Rouen pour réclamer « la vérité » sur les conséquences sur la santé et l’environnement de l’incendie de l’usine Lubrizol, au moment où la préfecture de Normandie tenait une conférence de presse sur l’accident.

« Une usine chimique qui brûle sans toxicité c’est comme une tarte aux fraises sans les fraises ? », interrogeait une pancarte au-dessus de la foule compacte. « Ils cachent la vérité, à nous tous d’enquêter », indiquait une autre affiche tenue à bout de bras par une manifestante, tandis que sur une autre, un peu plus loin, on pouvait lire : « Rouen Lubrizol c’est une catastrophe nationale ».

« Nos enfants en danger » ou encore « le préfet doit sauter », scandaient les manifestants, partis du palais de justice en fin d’après-midi avant de rejoindre la préfecture de Normandie, où devait être dévoilée dans la soirée par la préfecture de Normandie, conformément à la promesse faite par le Premier ministre Edouard Philippe mardi après-midi devant l’Assemblée nationale. Le préfet Pierre-Yves Durand a d’ores et déjà exclu devant la presse tout « risque » lié à l’amiante au vu des premières analyses, tout en évoquant 160 fûts « en état délicat » qui attendent toujours d’être évacués.

Les agences publiques chargées des risques industriels (Ineris) et de la santé (Anses) vont être consultées sur l’éventualité de rechercher de nouveaux produits dans les retombées, a annoncé de son côté la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne.

« Rouen n’est pas confiante, elle respire de l’amiante », était-il écrit sur une autre pancarte posée aux pieds d’une manifestante vêtue d’un ciré jaune pour se protéger de la pluie. Depuis l’accident, le gouvernement multiplie les propos rassurants et promet la « transparence »​ mais sans convaincre. Des habitants inquiets se plaignent toujours de nausées et vomissements.

« Suspicion généralisée »

Des rapports officiels consultés mardi par Mediapart évoquaient en 2016 la présence dans l’usine Lubrizol de produits « très dangereux pour l’environnement » et « nocifs », et estimaient qu’un incendie pourrait donner lieu à la « formation de substances toxiques ». Elisabeth Borne a indiqué mardi qu’une partie des produits avait pu être évacuée jeudi lors de l’incendie par les services de secours.

Le média en ligne écrit également qu’un mur couvre-feu demandé en 2010 à Lubrizol par arrêté préfectoral n’avait pas été construit en 2016. Enfin, une augmentation, début 2019, de l’autorisation de stockage de produits inflammables dans l’usine n’aurait pas, selon Mediapart, fait l’objet d’une procédure spécifique et obligatoire d’autorisation.

Constatant « le climat de suspicion généralisée », le préfet de Normandie Pierre-André Durand s’est demandé « quel serait l’intérêt des pouvoirs publics de mentir ».