Drogue : « Les niveaux d’usages sont plus fréquents en Paca qu’ailleurs », souligne l’étude Trend

DROGUE Le rapport sur les tendances récentes et nouvelles drogues de 2018 met en évidence une consommation toujours plus importante de cannabis, et de cocaïne à Marseille et dans sa région

Adrien Max

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Une consommatrice de cocaïne.
Une consommatrice de cocaïne. — CAPMAN VINCENT/SIPA
  • La région Paca reste la région de France où les niveaux d’usages sont plus fréquents qu’ailleurs en France.
  • Le cannabis et la cocaïne sont de plus en plus dosés.
  • Pour la première fois depuis 12 ans, la région connaît de nouvelles contaminations aux VIH et VHC par le partage de seringues.

La région Provence Alpes-Côte d'Azur reste parmi les championnes en matière de consommation de drogue. C’est ce qui ressort du rapport de 2018 sur les tendances récentes et nouvelles drogues (Trend) en 2018, présenté ce mardi à Marseille. Une étude qui se base à la fois sur les populations usagères de drogues, sur les produits, les contextes, et les marchés et trafics depuis 20 ans, « ce qui permet un retour d’expérience en comparaison avec les années précédentes », avance Claire Duport, coordinatrice de cette étude pour la région Paca.

« Les niveaux d’usages, sauf pour l’héroïne et le crack, sont plus fréquents en Paca que sur le reste du territoire », prévient Claire Duport. Notamment par une grande accessibilité à la drogue en milieu urbain, comme rural. Le rapport Trend souligne une nouvelle demande d’aide liée à une consommation de drogue en contexte professionnel ou privé, principalement de la cocaïne. « Il y a un élargissement des types de consommateurs de la cocaïne vers des milieux plus populaires, mais aussi plus ruraux », constate-t-elle.

Des produits de plus en plus puissants

Un fait d’autant plus inquiétant que la cocaïne, comme le cannabis, est de plus en plus fortement dosée. « Sur 177 analyses que nous avons effectuées, les trois quarts étaient dosés à plus de 60 %, voire plus de 80 % quand la moyenne nationale se situe autour de 59 % », a détaillé la spécialiste. Une meilleure qualité qui s’explique notamment par le pic de production en 2018, « une production jamais égalée ». A noter l’apparition, chez les consommateurs, de mineurs non accompagnés, et de populations expulsées de leur logement, pour qui le syndrome post-traumatique peut découler sur une consommation de drogue.

De manière générale, « la cocaïne et le cannabis sont de plus en plus dosés, sans que les prix n’augmentent ».

« On voit très clairement que la demande génère l’offre plutôt que l’inverse. On voit que le contexte social est décisif pour la majorité des situations problématiques de consommation. C’est la fonction sociale de la drogue qui prédomine dans nos pays riches, et le marché s’adapte », souligne Claire Duport.

De nouvelles tendances

Si la région Paca n’est pas concernée par un marché du crack, ni par l’héroïne où la consommation est faible en comparaison aux régions du nord de la France, de nouvelles contaminations du VIH et du VHC par le partage de seringues, inquiètent particulièrement.

« Nous avons reçu plusieurs signalements alors que nous n’avions pas eu de nouvelles contaminations depuis 12 ans tandis qu’aucune autre région n’en a signalé », s’est inquiétée Claire Duport.

Pour Dominique Blanc, médecin référente médicale du Corevih Paca-Corse, ce constat s’explique par le plafonnement de la politique de réduction des risques. « Cette politique a porté ses fruits malgré la politique répressive du gouvernement envers les consommateurs. Mais on constate une précarisation et une vulnérabilité de ce public qui va consommer de manière compulsive. Si l’offre de réduction des risques s’est améliorée, ce public n’a qu’un accès restreint aux médecins de villes, sans parler des pharmaciens qui ne veulent pas vendre de seringues. Parallèlement, les associations de réductions des risques sont saturées et on atteint les limites du système », estime-t-elle. Autre spécificité de Marseille et de sa région, de nombreux médicaments sont de plus en plus détournés de leur usage, comme la Ritaline ou le Lyrica.

Concernant les lieux de consommation de drogue, le rapport Trend 2018 souligne une porosité entre les milieux alternatifs, comme les free partys, et les milieux commerciaux, comme les clubs. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, « la sécurité des participants est plus prise en compte dans le milieu des free partys; Il y a plus rarement de stand de prévention et d’attention aux participants dans le milieu commercial que dans les free partys », avance Claire Duport.