Incendie de l’usine Lubrizol à Rouen : Pourquoi des enseignants exercent leur droit de retrait

EDUCATION C’était le cas ce lundi aux collèges Fontenelle, Fernand Léger et Georges Braque

Delphine Bancaud

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Les fumées noires de l'incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, le 26 septembre 2019.
Les fumées noires de l'incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, le 26 septembre 2019. — Stephanie Peron/AP/SIPA
  • Tous les établissements ont rouvert ce lundi à l’issue des opérations de contrôle ou de nettoyage.
  • Mais des enseignants ont fait usage de leur droit de retrait, faisant notamment état d’élèves souffrant de maux de tête et de nausées.
  • La FCPE a aussi manifesté son inquiétude, demandant aux autorités sanitaires « que toutes les analyses qui ont été réalisées soient rendues publiques ».

La communauté éducative n’est pas très sereine à Rouen après l’incendie de l’usine Lubrizol , jeudi dernier. Après la fermeture des écoles pendant deux jours à la suite de l’incident, tous les établissements ont rouvert ce lundi « à l’issue des opérations de contrôle ou, pour les établissements souillés, des opérations de nettoyage », comme l’explique le rectorat de l’académie de Caen dans un communiqué.

Mais pas de quoi rassurer complètement les équipes pédagogiques. La preuve : « Des enseignants ont exercé leur droit de retrait dans trois collèges (Fontenelle et Georges Braque à Rouen, Fernand Léger au Petit-Quevilly), car ils ont considéré que les mesures de précautions  prises par les autorités n’étaient pas suffisantes », a déclaré à 20 Minutes Pierre, enseignant et membre du SNUipp à Rouen.

« Des élèves se plaignent de maux de tête ou de vomissements »

C’est le cas de Clément, professeur de SVT au collège Fernand Léger : « Notre collège est situé à 700 m de l’usine Lubrizol et nous avons estimé que la gestion de crise par les autorités préfectorales n’était pas optimale », explique-t-il à 20 Minutes. Comme lui, une vingtaine d’enseignants sur une trentaine ont décidé de ne pas faire cours, car ils sont inquiets pour la sécurité sanitaire des élèves et la leur. « On n’a pas connaissance de la nature des produits qui ont brûlé à l’usine et de l’étendue des retombées de la pollution dans l’air », poursuit-il.

Certains enseignants déplorent aussi le peu d’informations à leur actif : « Des analyses de qualité de l’air sont toujours en cours. Or, des odeurs sont toujours fortes et des élèves se plaignent de maux de tête ou de vomissements. Et les filtres à air n’ont pas été changés dans tous les établissements », complète Pierre.

« Huit élèves à l’infirmerie dès 8h50 »

Au collège Fontenelle, les enseignants ont aussi débrayé en raison de leur inquiétude pour leurs élèves : « Dès la première heure de cours, certains élèves se sont plaints de l’odeur qui régnait dans certaines salles. Une forte odeur de gaz et d’hydrocarbure pouvait être effectivement sentie dans tout l’établissement (…) Rapidement, des élèves se sont sentis mal, avec maux de tête et nausées. Par exemple, un professeur d’EPS a dû renvoyer huit élèves à l’infirmerie dès 8h50. De nombreux enseignants et agents ont ressenti les mêmes symptômes », racontent les enseignants dans un communiqué.

Dans d’autres établissements plus éloignés du lieu de la catastrophe, les enseignants n’ont pas fait valoir leur droit de retrait, mais ne sont pas sereins pour autant. Comme le confie Sandrine, professeur des écoles, dont l’établissement est situé à 10 minutes du lieu de l’incendie. « Aujourd’hui nous avons organisé la récréation dans la classe, car la cour n’avait pas été nettoyée comme il aurait fallu. Nous avons aussi déconseillé aux élèves de boire de l’eau du robinet par mesure de précaution. Et beaucoup d’élèves parlaient du nuage de pollution, ce qui reflétait la grande inquiétude de leurs parents ».

« Je redoute les risques pulmonaires »

Et les enseignants ne cachent pas qu’ils ont peur des conséquences à long terme de cet incendie sur leur santé : « Je redoute les risques pulmonaires. On ne saura que dans quelques années s’ils sont avérés ou pas. Ce n’est pas très rassurant », souffle Sandrine.

L’inquiétude semble monter d’un cran aussi chez les parents d’élèves. Dans un communiqué publié ce lundi, la FCPE demande « que toutes les analyses qui ont été réalisées soient rendues publiques » et que « des prélèvements continuent à être faits au fil des jours et des semaines qui viennent, même si la situation paraît sous contrôle selon les autorités sanitaires ». Elle souhaite « qu’une communication précise des gestes de sécurité et de la conduite à tenir (avec par exemple les traces de suie, les eaux usées, les légumes cultivés pour sa propre consommation) soit diffusée aux citoyens par l’intermédiaire des enfants scolarisés ».

Reste à savoir si d’autres enseignants feront valoir à nouveau leur droit de retrait ce mardi.