Bretagne : A Brennilis, le démantèlement complet de la centrale nucléaire n’est pas pour demain

NUCLÉAIRE Dans l’attente du feu vert des autorités, EDF table sur au moins dix-sept années de travaux

Jérôme Gicquel

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Située dans les monts d'Arrée (Finistère), la centrale nucléaire de Brennilis est à l'arrêt depuis 1985.
Située dans les monts d'Arrée (Finistère), la centrale nucléaire de Brennilis est à l'arrêt depuis 1985. — M.ASTAR/SIPA
  • A l’arrêt depuis 1985, la centrale nucléaire de Brennilis dans le Finistère attend toujours d’être démantelée.
  • L’Autorité de sûreté nucléaire a demandé à EDF de revoir sa copie sur le démantèlement du bloc réacteur.
  • L’opérateur prévoit une durée totale des travaux de dix-sept ans.

Le démantèlement d’une centrale nucléaire est une opération complexe qui demande du temps. Beaucoup de temps même. Le site de Brennilis dans le Finistère en est le parfait exemple. A l’arrêt depuis 1985, la doyenne des centrales françaises fait toujours figure de verrue dans le paysage sauvage des monts d’Arrée. Un temps annoncé pour 2030, son démantèlement complet n’interviendra finalement pas avant 2039, soit près de cinquante-cinq ans après l’arrêt de toute production d’électricité sur le site.

Le chantier n’est pas pour autant à l’arrêt. L’an dernier, EDF a ainsi achevé le démantèlement des échangeurs de chaleur et la démolition de la station de traitement des effluents. Pour dépolluer les sols, l’opérateur a également dû procéder à l’excavation de terre sur une profondeur de 50 cm et mener des analyses. « Les résultats sont conformes aux normes », assure Jean Cucciniello, le directeur de la centrale. Cela n’a pas empêché l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de mener ses propres contrôles cet été avec des résultats attendus début 2020.

Un réacteur à eau lourde unique au monde

Fin juillet 2018, EDF a également déposé auprès des autorités son dossier de démantèlement de la centrale. Un gros dossier de près de 3.000 pages dans lequel l’opérateur explique comment il compte démonter le bloc réacteur du site. Après un premier examen, l’ASN a demandé à EDF de revoir sa copie. « Le dossier est incomplet, souligne Laurent Palix, qui suit le dossier à la division de Caen de l’ASN. Ils doivent encore affiner leur scénario de démantèlement et il leur a donc été demandé de sérieux compléments techniques. »

Il faut dire qu’EDF s’aventure un peu dans l’inconnu avec le réacteur à eau lourde de Brennilis, unique en son genre. « Il n’en existe pas d’autre dans le monde », souligne Jean Cucciniello. Dans le scénario retenu, l’opérateur a choisi la carte de la prudence en prévoyant une durée totale des travaux de dix-sept ans, et non plus une dizaine d’années comme cela était prévu.

Mais avant que les robots ne s’attaquent à la découpe de la cuve, il faudra encore attendre le feu vert de l’ASN, qui ne devrait pas intervenir avant un an ou un an et demi. Une enquête publique devra également être ouverte avant qu’un décret ministériel ne soit rendu. Autant d’étapes qui pourraient encore retarder un chantier qui ne compte plus les années perdues.