Mort de Jacques Chirac : « Le bruit et l’odeur », une « tache indélébile » pour Magyd Cherfi de Zebda

REACTION Alors que la France s’apprête à vivre une journée de deuil national lundi après la mort de Jacques Chirac, Magyd Cherfi, le parolier de Zebda, ne pardonne pas le discours sur « le bruit et l’odeur »

Béatrice Colin

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Magyd Cherfi du groupe Zebda, qui en 1995 composa l'album "Le bruit et l'odeur".
Magyd Cherfi du groupe Zebda, qui en 1995 composa l'album "Le bruit et l'odeur". — BALTEL/SIPA/SIPA
  • Lundi, une journée de deuil national sera observée pour l’ancien président Jacques Chirac, mort jeudi à l’âge de 86 ans.
  • Au milieu des hommages, certains rappellent les dérapages de l’ancien président de la République, notamment ses mots sur l’immigration lors d’un meeting en 1991.
  • Magyd Cherfi, parolier de Zebda, évoque « une tache indélébile » concernant les mots de Chirac, « le bruit et l’odeur », qui deviendra le titre d’un des albums de son groupe.

C’est une petite phrase lâchée lors d’une réunion de militants du RPR, à Orléans, le 19 juin 1991. A l’époque, Jacques Chirac est président du parti gaulliste et maire de Paris. Alors que le Front national gagne du terrain, l’immigration est au cœur des débats.

« Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15.000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses et qui gagne 50.000 francs de prestations sociales sans naturellement travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela », explique Jacques Chirac à la tribune du meeting.

Quatre ans plus tard, il accède aux plus hautes fonctions de l’Etat. A Toulouse, le groupe Zebda n’a pas oublié la petite phrase stigmatisante. Au point que leur album, sorti en octobre 1995, sera baptisé Le Bruit et l’Odeur.

Un titre qui résonne comme « le bruit du marteau-piqueur » dans les paroles du groupe, en référence aux ouvriers issus de l’immigration, et trouve un écho auprès des jeunes générations.

Au milieu du concert d’hommages qui saluent la mémoire de Jacques Chirac, Magyd Cherfi, la plume de Zebda, s’accorde un droit d’inventaire. « Il a ouvert une brèche au FN, le discours “le bruit et l’odeur”. Même Le Pen n’en a pas dit autant en un seul discours. Pour moi, c’est une espèce de tache indélébile, c’est impardonnable », tranche le parolier.

« Boucs émissaires », « calculs électoralistes »

En 2009, au micro d’Europe 1, Jacques Chirac qualifiera ses propos polémiques de « bêtise ». Aujourd’hui, certains rappellent que Chirac fut « le meilleur ami du monde arabe », ainsi que de l'Afrique. Certains jeunes issus de l’immigration ont témoigné ces deux derniers jours de leur fierté d’avoir été Français lorsque l’ancien président a pris position contre la guerre en Irak.

« C’est sympa les Arabes loin, ceux de la grande culture du Moyen-Orient, ceux que l’on se choisit, mais pas les “bicots” de France. Il sépare le bon grain de l’ivraie. On lui a servi de proies, de boucs émissaires pour des calculs électoraux. Les politiques finissent toujours par dire : “L’immigration, c’est un problème.” On ne doit pas se faire marcher sur la gueule, qu’on soit loin ou à côté. Ces jeunes sont Français, mais pas moins que d’autres. Moi je suis Français, né à Toulouse. On est englobé dans un tout comme s’il existait un bloc musulman », déplore l’auteur de Ma part de Gaulois.

A travers ses chansons mais aussi  ses écrits, Magyd Cherfi plaide depuis toujours pour que le récit français soit celui d’une France cosmopolite, pour que chacun puisse s’y reconnaître.