Fausse monnaie : « On est passé de grands faussaires à de vulgaires billets », selon l’office de lutte contre le faux monnayage

FAUSSE MONNAIE Une quinzaine de pays participe à un colloque sur la fausse monnaie à Marseille afin de mutualiser les connaissances et les bonnes pratiques

Adrien Max

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Alain Bateau, chef-adjoint de l'OCRFM, avec de la movie money.
Alain Bateau, chef-adjoint de l'OCRFM, avec de la movie money. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Les polices de quinze pays, ainsi que la banque centrale européenne et la banque de France se réunissent pendant trois jours à Marseille autour de la problématique de la fausse monnaie.
  • La movie money, utilisée dans les films, inonde le marché français depuis le mois d’avril principalement dans les commerces de proximité.
  • Mais la fausse monnaie ne représente qu’une infime part de l’économie, les piratages bancaires sont par exemple bien plus importants.

Marseille, l’épicentre de la fausse monnaie. Ou plutôt de la lutte contre la fausse monnaie. Si la deuxième ville de France a longtemps été réputée pour ses faussaires, au point qu’un pont s’appelle le « pont de la fausse monnaie », elle accueille pendant trois jours les délégations de 15 pays, dont ceux du Maghreb, la Turquie, le Liban, et majoritairement des pays européens, afin de lutter contre ce phénomène. Alain Bateau y participe en tant que chef adjoint de l’Office Central de la répression du faux monnayage (OCRFM). Il livre les dernières tendances à 20 Minutes.

Quelles sont les dernières pratiques en matière de fausse monnaie en France ?

On fait face à la problématique de la movie money, c’est-à-dire les billets utilisés pour le cinéma. C’est une pratique que l’on connaissait mais qui s’est accentuée à partir du mois d’avril. On est passé de quelques centaines, à plusieurs milliers de billets achetés très facilement sur des sites comme Amazon pour moins de 10 euros pour une centaine de faux billets. Plus besoin d’aller sur le dark net, de payer en cryptomonnaie. Bien sur la qualité n’est pas la même, avant on tombait sur de grands faussaires, aujourd’hui on a affaire à de vulgaires billets.

Est-ce un phénomène qui vous inquiète ?

La movie money est en pleine expansion, elle représente 60 % de la fausse monnaie qui circule en France, ce qui est très important. La France est le pays le plus touché. Le problème, c’est que cette movie money, qui est loin d’être de bonne qualité, est principalement écoulée dans des fast-foods, dans des commerces de proximité, là où il y a un débit en flux tendu. Les commerçants ne font pas attention, et ce sont les convoyeurs de fonds qui nous font remonter ce genre de problème.

Et concernant la législation ?

Elle varie énormément d’un pays à un autre. Par exemple, il est légal en France de se balader avec de la movie money, comme il est légal de s’en fournir. Ce qui n’est pas forcément le cas dans les autres pays européens. Et le temps que la législation s’adapte aux pratiques, les faussaires se seront eux-mêmes réadaptés à la nouvelle législation. Mais nous essayons de faire en sorte que les plateformes comme Amazon retirent la movie money de leurs produits.

Comment informer les petits commerçants, les premières victimes, de ces dernières pratiques ?

Ce travail d’information est indispensable. Europol lance régulièrement des alertes, ainsi que la banque centrale européenne. La banque de France dispense des formations sur cette problématique également. Ceci est d’autant plus important que les petits commerçants sont les premières victimes de la fausse monnaie. A partir du moment ou elle est repérée par les convoyeurs de fonds, elle est perdue. Ils ne sont pas crédités, à moins d’avoir souscrit une assurance, ce qui est rarement le cas.

Où en sont les pratiques plus traditionnelles ?

Les régions de France les plus touchées sont l’Ile de France, la région Paca et dans une moindre mesure la région lyonnaise. Ceci s’explique du fait que la majorité des faux billets en circulation en France sont fabriqués dans la région de Naples, en Italie. En France, nous démantelons de temps en temps des petites officines tenues par un seul individu. Alors qu’en Italie, les réseaux sont bien plus importants et de mèches avec la mafia locale. De manière générale, nous constatons une baisse de la fausse monnaie depuis deux ans, après une forte hausse en 2015. Mais nous ne savons pas s’il s’agit de tendance, ou d’épisodes.

Est-ce que la banque centrale européenne réfléchit à des nouveaux moyens de sécurité ?

La BCE vient de lancer sa deuxième gamme d’Euros, avec une sécurité différente. Par exemple avec la déesse Europa. Ce pour quoi les faussaires ont le plus de mal, ce sont les chiffres avec l’encre émeraude qui donne un effet dynamique. Il s’agit d’une encre qui n’est pas commercialisée. Mais même avec n’importe quelles évolutions, les faussaires s’adaptent toujours très vite, et ont bien souvent un coup d’avance.

Quelle est la part de la fausse monnaie dans l’économie ?

La fausse monnaie représente une somme bien inférieure à celle du piratage bancaire. L’euro est très bien protégé comparé au dollar notamment. La part de la fausse monnaie dans l’économie réelle est vraiment très faible.