La France est-elle bien l’un des pays en tête de la lutte contre le réchauffement climatique, comme l'affirme Jean-Michel Blanquer ?

FAKE OFF Selon Jean-Michel Blanquer, « la France est l'un des pays qui en fait le plus pour la lutte contre le réchauffement climatique »

Alexis Orsini

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Emmanuel Macron à New York, en septembre 2019.
Emmanuel Macron à New York, en septembre 2019. — Jacques Witt/SIPA
  • En portant plainte contre la France (et quatre autre pays) pour « inaction climatique », Greta Thunberg a suscité de vives réactions au sein du gouvernement.
  • Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a notamment affirmé que la France était au contraire l'« un des pays qui en fait le plus pour la lutte contre le réchauffement climatique ».
  • Si l'Hexagone déploie bien des efforts pour lutter contre le réchauffement climatique, il ne figure pas pour autant parmi les pays les plus à la pointe dans ce domaine.

La plainte déposée par Greta Thunberg auprès du comité des droits de l’enfant de l’ONU contre cinq pays – dont la France – pour leur « inaction climatique » agace visiblement le gouvernement. Après la réponse donnée par Emmanuel Macron, Jean-Michel Blanquer, a jugé, mardi 24 septembre sur l’antenne de RMC, que la jeune militante suédoise en « faisait trop sur ce point ».

« La France est [l’]un des pays qui en fait le plus pour la lutte contre le réchauffement climatique, ça ne sert à rien de tirer sur une locomotive. La France, aujourd’hui, est une locomotive contre le réchauffement climatique. Bien sûr, on peut faire toujours plus et on veut faire plus », a ainsi soutenu le ministre de l’Education nationale, avant de vanter l’implication d’Emmanuel Macron en la matière.

FAKE OFF

Depuis l’adoption de l’Accord de Paris, en décembre 2015, qui prévoit de « maintenir l’augmentation de la température mondiale en dessous de 2°C et s’efforcer de la limiter à 1,5°C par rapport aux niveaux pré-industriels » grâce aux mesures adoptées par les pays signataires, différents outils en ligne permettent de vérifier la bonne – ou mauvaise – tenue de ces engagements.

Dans le cas de la France, l’Observatoire Climat-Energie compare ainsi les avancées concrètes du gouvernement en matière de lutte contre le réchauffement climatique, en se basant sur neuf indicateurs clé, année après année, par rapport aux objectifs prévus dans sa Stratégie nationale bas-carbone (SNBC, adoptée dans la foulée de l’Accord de paris) et dans sa Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

« La France ne respecte pas ses propres objectifs sur le climat. Le budget carbone fixé par le gouvernement est systématiquement dépassé depuis son origine, nous ne sommes pas du tout sur une trajectoire compatible avec l’objectif de l’Accord de Paris », regrette Anne Bringault, responsable Transition énergétique au sein du Réseau action limat (RAC), qui participe au suivi assuré par l’Observatoire Climat-Energie à partir de « données officielles ».

« Une tendance à se reposer sur ses acquis »

Certes, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 4,2 % entre 2017 et 2018. Mais elles restent supérieures de 4,5 % au budget carbone prévu pour cette année-là. Une tendance à la baisse qu’on retrouve dans d’autres secteurs clé (transports, bâtiments) mais qui ne suffit pas à atteindre les objectifs fixés, toujours dépassés.

« La France dégage moins d’émissions de gaz à effet de serre par habitant que d’autres pays européens mais elle a tendance à se reposer sur ses acquis. Elle a une grande présence diplomatique sur le sujet mais les actes ne suivent pas forcément derrière », poursuit Anne Bringault.

Le Climate Change Performance Index (CCPI), un outil géré (notamment) par le réseau d’ONG de lutte contre le changement climatique Climate Action Network (CAN), dresse le même constat dans son évaluation 2019 de la progression de la France vis-à-vis des objectifs pour lesquels elle s’est engagée avec l’Accord de Paris.

« Les experts nationaux louent la France pour son rôle constructif et son leadership en matière de diplomatie internationale sur le climat, ce qui lui vaut une note élevée sur le sujet. En matière de politique nationale, les experts notent l’implémentation d’une taxation carbone [dont la hausse a été gelée face à la crise des « gilets jaunes »] et la sortie du charbon d’ici 2022 mais ils critiquent le manque d’actions concrètes pour réduire les émissions, particulièrement dans les secteurs du transport et du logement. »

Une performance « moyenne »

C’est ce qui explique la chute de la France, dans son classement mondial, de la 15ème à la 21ème place, ce qui lui vaut d’être classée parmi les pays à la performance « moyenne » en matière de lutte contre le réchauffement climatique – loin derrière le trio de tête, la Suède, le Maroc et la Lituanie.

Pour autant, il est tout aussi exagéré de reprocher à la France son « inaction climatique », malgré le retard accusé sur ses propres objectifs. « A l’heure actuelle, aucun pays développé n’est sur une trajectoire permettant de limiter le réchauffement à 1,5 degré ou bien en dessous de 2 degrés », rappelle Anne Bringault.

« Concrètement, ça veut dire que la France doit rester fixée sur ce cap et mettre fin à toutes les politiques incohérentes avec cet objectif, comme le fait de construire des autoroutes, par exemple. Le respect du budget carbone doit devenir aussi important que les autres budgets », conclut la spécialiste.