Démographie : Pourquoi le 23 septembre correspond-il au pic de naissances de l’année ?

BABY BOOM C’est votre anniversaire ce lundi ? Bonne fête ! Vous êtes l’un des nombreux bébés conçus lors de la « trêve des confiseurs »

Sélène Agapé

— 

Illustration d'un bébé.
Illustration d'un bébé. — michelmondadori / Pixabay
  • La date du 23 septembre est le jour de l’année où l’on enregistre le plus de naissances en France.
  • Cette tendance a d’ailleurs fait l’objet d’un rapport publié en 2011 par l’Ined, selon lequel, « compte tenu de la durée moyenne de gestation (265 jours), ce pic [de naissances] correspond à des conceptions du Nouvel an ». Mais cette période n’a pas toujours été la plus plébiscitée.
  • Pourquoi tant de Françaises accouchent-elles à cette période ? Selon les sociologues, cette saisonnalité est due aux bouleversements sociaux de notre société cette dernière décennie.

Quel est le point commun entre Julio Iglesias, Cyril Hanouna et Bruce Springsteen ? Ils sont tous nés un 23 septembre. A défaut de leur souhaiter un joyeux anniversaire, 20 Minutes s’est intéressé à un phénomène relevé depuis une décennie en France : le 23 septembre est le jour de l’année où l’on compte le plus de naissances.

Selon un rapport de l’Ined, intitulé « Y a-t-il une saison pour faire des enfants », il naît en moyenne 5 % de bébés en plus ce jour-là que les autres jours de l’année. « Compte tenu de la durée moyenne de gestation (265 jours), ce pic correspond à des conceptions du Nouvel an », relève l’Institut, qui explique que « les conceptions donnant lieu à une naissance vivante sont presque deux fois plus nombreuses » la nuit du 31 décembre au 1er janvier.

A chaque époque son pic

Comment expliquer ce pic de naissances ? « Il a toujours été présent », fait remarquer Bénédicte Champenois-Rousseau, sociologue, spécialiste des naissances, des sciences et technologies. « C’est assez rigolo parce qu’il varie selon les époques ». Aujourd’hui, « la période des vacances de Noël et du 1er janvier [surnommée la trêve des confiseurs] est particulièrement favorable parce qu’on est en vacances et plus souvent réuni », indique-t-elle.

Par ailleurs, « les fêtes de fin d’année représentent sans doute une période de "fragilité" », jugent les coauteurs de l’étude de l’Ined, Arnaud Régnier-Loilier et Jean-Marc Rohrbasser : oublis de pilule, retards dans sa prise, épisodes de vomissement pouvant être plus fréquents, alcoolisation… On recense également « plus de conceptions spontanées et non voulues » donc plus de demandes d’IVG à cette période, note Bénédicte Champenois-Rousseau. Mais d’autres facteurs que la moindre vigilance contraceptive viennent expliquer ce surplus de naissances.

La procréation au gré de l’économie du pays

« La naissance n’est pas seulement un événement biologique, mais aussi un événement déterminé par des conditions sociales », résume Bénédicte Champenois-Rousseau. Dans la France catholique des XVII et XVIIIe siècles, les relations sexuelles étant proscrites durant les périodes du carême et de l’Avent, le pic de naissances se situait entre janvier et avril. De plus, « le mariage était un marqueur important. Il y avait très peu de naissances hors mariage », explique Stéphanie Toutain, sociologue-démographe, maître de conférences à l’Université Paris Descartes. Et les cérémonies avaient généralement lieu à la fin du printemps et au début de l’été.

Au XXe siècle, la tendance a évolué, observent les deux sociologues. En 1936 arrive le temps béni des congés payés, alors la plupart des couples se retrouvent en vacances en juillet ou en août. « Dans la catégorie ouvrière, c’est plutôt le mois d’août », indique Stéphanie Toutain. Avec ces conceptions durant l’été, le pic de naissances s’est progressivement déplacé au printemps (avril-mai).

Les changements sociaux se sont poursuivis ces dernières années avec la réforme des 35 heures, les congés payés allongés à cinq semaines répartis dans l’année, mais aussi une baisse de l’appétence pour le mariage et de son respect en tant qu’institution, la multiplicité des moyens de contraception et la moindre observance des préceptes religieux. « Avant, dans une classe de 30 élèves, vous aviez beaucoup d’enfants qui avaient leur anniversaire autour d’avril-mai. Ce qui correspondait aux conceptions du mois d’août. Et maintenant, il y en a davantage sur septembre », illustre Stéphanie Toutain. « La saisonnalité des naissances serait ainsi “déterminée” par le rythme saisonnier de la vie économique du pays », analyse l’Ined dans son rapport.

Un bébé désiré mais pas conçu au moment voulu

Cependant, « un nombre important de conceptions du Nouvel An, même si elles ne sont pas programmées, sont désirées », relève l’Ined. Quand on demande aux Françaises quel est le mois durant lequel elles préféreraient accoucher, le mois de mai est de loin le mois le plus cité (27 %), devant juin (20 %), avril (19 %) et mars (9 %), tandis que celui de septembre est mentionné par 2 % des femmes, détaillent les chercheurs de l’Institut. « La plupart des couples planifient une naissance au printemps parce que c’est plus agréable pour la mère et le nouveau-né : le temps recommence à être clément et les jours s’allongent. Une grossesse qui se finit en plein été est parfois assez pénible », développe Bénédicte Champenois-Rousseau.

Pour les Françaises qui bénéficient des congés d’été [dans l’Education nationale, par exemple], un bébé qui verrait le jour en avril est aussi l’occasion de passer le plus de temps possible à ses côtés [le congé maternité + les vacances d’été]. Mais pour viser les beaux jours, « il faut arrêter une contraception juste avant l’été et comme le corps n’est pas une machine… », ajoute la sociologue. En effet, une grossesse ne se concrétise pas dès le premier mois après l’arrêt de la contraception. Il faut attendre par moments plusieurs mois pour que la conception soit effective. Ce délai pourrait être l’une des raisons pour lesquelles les naissances sont plus nombreuses à l’automne et non au printemps.

Un effet à venir du climat ?

Ce pic de naissances n’a aucune incidence sur la moyenne démographique annuelle. Selon le dernier recensement de l’Insee (publié en décembre 2018), la France – hors Mayotte – comptait 66,36 millions d’habitants au 1er janvier 2016, « soit une croissance de 0,4 % par an depuis 2011 ». La France est un pays où la natalité est dynamique [plus que ses voisins européens] avec 1,88 enfant par femme. Le taux de fécondité est toutefois en baisse depuis trois ans. En 2016, on recensait 1,92 enfant par femme en 2016 et deux enfants en 2014.

Et si l’hiver et ses températures frileuses, propices à des nuits sous la couette, devenaient plus court avec le changement climatique, pourrait-on s’attendre à de nouvelles fluctuations dans la saisonnalité des naissances ? « C’est une question intéressante. Mais je ne pense pas qu’il y ait de réponses pour prouver cette théorie. Ce que montrent les études aujourd’hui, c’est que ce sont plus les contraintes sociales qui vont jouer sur la fécondité que les contraintes physiques », répond Bénédicte Champenois-Rousseau.