Un réseau franco-bulgare de traite d’êtres humains démantelé, des domaines près de Lyon et en Bourgogne concernés

TRAVAIL ILLEGAL Quatre Bulgares ont été mis en examen dans le cadre de ces investigations qui vont se poursuivre entre la Bulgarie, la région lyonnaise et la Saône-et-Loire

Elisa Frisullo

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Une voiture de gendarmerie. (illustration)
Une voiture de gendarmerie. (illustration) — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Un réseau franco-bulgare de travail illégal et de traite d’êtres humains a été démantelé la semaine passée.
  • Les ouvriers étaient envoyés pour les vendanges chez des viticulteurs du Beaujolais et de Bourgogne, où des contrôles ont eu lieu.
  • Quatre Bulgares ont été mis en examen mais les investigations se poursuivent pour déterminer d’autres responsabilités.

Il aura fallu un an d’investigations entre la France et la Bulgarie pour que les ouvriers exploités, dans des vignobles du Beaujolais, près de Lyon, et de Bourgogne, voient le réseau s’effondrer. Le 17 septembre, quatre Bulgares, dirigeants ou intervenants au sein d’une société fictive de travail temporaire, ont été interpellés et placés en garde à vue, apprend-on ce dimanche de l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI).

Les investigations sur ce réseau franco-bulgare « de travail illégal et de traite d’êtres humains » ont débuté fin 2018, lorsque de retour des vendanges françaises, des ouvriers bulgares ont donné l’alerte dans leur pays. « Ils se sont plaints de leurs conditions d’emploi et d’hébergement », précise à 20 Minutes une source proche de l’enquête.

80 enquêteurs, 160 ouvriers concernés

Une enquête préliminaire a alors été diligentée en février par la direction de la Juridiction régionale spécialisée (Jirs) de Lyon. Puis une information judiciaire a été ouverte et de multiples groupements et services de la gendarmerie (du Rhône et de Saône-et-Loire) ont été saisis de l’enquête. Plus de 80 hommes ont été mobilisés ces derniers mois, entre la Bulgarie et la France, pour mettre au jour ce réseau, dans le cadre d’un travail coordonné par l’Union européenne de coopération judiciaire (Eurojust).

Dans les faits, les quatre suspects sont accusés d’avoir fait travailler illégalement près de 160 ouvriers bulgares, envoyés dans des vignobles de la région lyonnaise et de Saône-et-Loire comme saisonniers. Dans le cadre du démantèlement, des opérations de contrôles ont été menées chez plusieurs exploitants agricoles français, soupçonnés d’avoir fait travailler les ouvriers bulgares. Des perquisitions et auditions ont également été menées en parallèle en Bulgarie.

« L’enquête devra encore établir de quelle manière ils étaient rémunérés, mais selon plusieurs témoignages recueillis, les travailleurs détachés n’étaient payés qu’à leur retour en Bulgarie et pas au prix qui leur avait été assuré », ajoute une source proche du dossier. Dans les vignobles où ils travaillaient, les ouvriers étaient logés dans des conditions « indignes, insalubres », précise cette source.

Les investigations vont désormais se poursuivre déterminer le nombre de personnes impliquées dans ce réseau et le rôle joué par chacun. La responsabilité des quelques viticulteurs ayant fait travailler ces ouvriers être étudiée.