Haut-Rhin : Leur cheval laisse trop de crottin, leurs voisins les attaquent en justice

CONFLIT Le village viticole d'Orschwihr, dans le Haut-Rhin, est le théâtre d'un conflit de voisinage entre des viticulteurs et leurs voisins 

Nils Wilcke

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Le cheval Sésame, à Orschwihr, dans le Haut-Rhin, fait l'objet d'un conflit de voisinage.
Le cheval Sésame, à Orschwihr, dans le Haut-Rhin, fait l'objet d'un conflit de voisinage. — Marie Zusslin
  • Jean-Paul et Marie Zusslin, propriétaires d’un domaine viticole à Orschwihr, dans le Haut-Rhin, font l’objet d’une procédure judiciaire de leurs voisins à cause de leur cheval, Sésame.
  • Leurs voisins se plaignent de « l’odeur du crottin et de l’urine, la présence massive de mouches et le bruit des animaux » sur le terrain occupé par l’animal et ont porté l’affaire en justice.
  • Les Zusslin, de leur côté, se défendent de toutes nuisances et peuvent compter sur de nombreux soutiens à travers une pétition.

Après le coq Maurice qui chante trop fort sur l’Ile d’Oléron, le bruit des cigales qui dérange les touristes dans le Var, c’est au tour d’un cheval d’opposer ses propriétaires à leurs voisins, cette fois dans le Haut-Rhin.

Le village d’Orschwihr, un paisible village viticole à proximité de terres agricoles, est secoué par un conflit de voisinage depuis plusieurs années. Comme pour Maurice, des voisins ont engagé une procédure judiciaire pour faire valoir les désagréments et préjudices qu’ils estiment subir à cause de l’animal.

« Cinquante crottins à côté de chez vous, c’est l’horreur »

Jean-Paul et Marie Zusslin, propriétaires du domaine familial Valentin-Zusslin, ont acquis Sésame, un robuste cheval comtois, en 2012. Les deux exploitants viticoles, qui sont passés à la biodynamie depuis 1997, désirent alors revenir à des méthodes traditionnelles qu’ils jugent plus respectueuses de l’environnement. « Nous avons voulu retourner à un lien avec l’animal », explique à 20 Minutes Marie Zusslin.

Mais Sésame, qui vit dans un verger bordant une propriété voisine, gêne rapidement ses voisins. Le couple, qui vit sur place depuis 1983 et a rénové la demeure en gîte en 2000, considère subir « un préjudice financier, puisque la fréquentation des gîtes a baissé depuis l’arrivée du cheval ».

En cause selon eux, « l’odeur du crottin et de l’urine, la présence massive de mouches et le bruit des animaux ». S’agit-il d’une nouvelle histoire de néo-ruraux, incommodés par les activités animales de la campagne ? Même pas, selon l’une des propriétaires du gîte : « Je suis originaire du village et fille de viticulteur, réagit-elle auprès de 20 Minutes. Selon elle, « il s’agit d’un trouble de voisinage dû à des pâtures intensives directement à côté de la maison. Quand vous avez cinquante crottins juste à côté de chez vous, c’est l’horreur ».

« Si ça continue, il n’y aura plus personne pour cultiver la terre »

Depuis, le dialogue semble rompu entre les deux parties. Suite à une procédure judiciaire entamée en 2014, l’affaire est jugée en juillet 2018. Le tribunal d’instance de Guebwiller donne raison aux Zusslin, jugeant que les désagréments occasionnés ne sont pas excessifs et que les chevaux sont présents en nombre limité. « Si ça continue, il n’y aura plus personne pour cultiver la terre, ça donne trop de soucis », commente Marie Zusslin.

Mais les voisins ont décidé de faire appel du jugement. Selon eux, le tribunal n’a pas eu toutes les pièces en main pour juger l’affaire. L’audience est programmée à la cour d’appel de Colmar cet automne. « Cette histoire est injuste, nous n’avons rien contre les chevaux. On nous harcèle alors que nous voulons juste vivre tranquille », se défend la propriétaire de gîte. De leurs côtés, les Zusslin peuvent compter sur des nombreux soutiens. Une pétition créée par l’un de leurs amis affiche d’ores et déjà près de 5.000 signatures.