Alsace : Une commune taxe les logements vacants pour faire revivre le centre-ville

IMMOBILIER A Muttersholtz, dans le Bas-Rhin, les propriétaires de bâtiments vides qui ne veulent pas rénover leurs habitations sont taxés

Nils Wilcke

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Une maison à colombage en cours de restauration à Rangen, le 12 septembre 2007 (Illustration).
Une maison à colombage en cours de restauration à Rangen, le 12 septembre 2007 (Illustration). — FREDERICK FLORIN / AFP
  • La commune de Muttersholtz, dans le Bas-Rhin, taxe les propriétaires de logements vacants pour lutter contre l’étalement urbain et la désertification du centre-ville.
  • La commune a identifié 80 logements vacants, soit 8 % des habitations de cette ville de 2.000 habitants.
  • Les propriétaires qui acceptent de rénover leurs logements pour pouvoir les louer se voient allouer des aides publiques.

Face à la désertification du centre-ville, le maire de Muttersholtz, dans le Bas-Rhin, a pris une décision qui a fait du bruit. A la tête de cette commune de 2.000 habitants, Patrick Barbier décide de taxer les bâtiments vides en 2015. Avec une préoccupation écologique en tête : lutter contre l’étalement urbain.

« Il y avait urgence, explique ce maire écolo. La surface habitée du territoire est six fois plus élevée qu’en 1900 alors que Muttersholtz abritait 400 personnes de plus. Nous avons triplé de volume depuis la Seconde Guerre mondiale. » Autrement dit, malgré une baisse de la population, le bâti grignote la nature.

« Si rien n’est fait, la plaine d’Alsace va devenir une conurbation »

« Vous vous rendez compte, s’exclame le maire, c’est un comble. Il faut garder nos terres pour la culture, les vergers… Si rien n’est fait, à terme, la plaine d’Alsace va devenir une gigantesque conurbation ». Mais comment préserver les terres tout en restant attractif pour les nouveaux arrivants ? En étudiant le plan local d’urbanisme (PLU), la mairie observe que 80 logements du centre-ville sont vacants. Soit 8 % des habitations de la commune.

Pour inciter leurs propriétaires à les remettre en état et à les relouer, la mairie met en œuvre une taxe. Une mauvaise nouvelle a priori pour les habitants concernés, comme Jean-Georges Furhrer. « J’avais un 65 m2 inhabité depuis 7 ans après la mort de ma belle-mère. La huitième année, j’ai reçu une taxe de 250 euros pour ce logement », indique-t-il. Même tarif pour Arsène Ziegler, l'ancien boucher, propriétaire d'un grand bâtiment depuis la mort de sa mère il y a 10 ans. « Pour moi, c'était une punition au début », raconte-t-il. « Ça, c’est le bâton », tempère le maire Patrick Barbier, mais on a aussi prévu une carotte. »

Accompagnement pour les propriétaires

La carotte ? La commune reverse les 5.000 euros récoltés par cette taxe aux propriétaires qui ont relevé le pari de la rénovation. Et elle les soutient avec une enveloppe de 60.000 euros obtenue sous forme de subvention « Territoires à énergie positive pour la croissance verte » (TEPCV) du ministère de la Transition écologique et solidaire.

La commune met également en place un accompagnement pour les propriétaires, aidés par un comité d’experts (notaire, architecte, services départementaux et régionaux). Objectif : leur remettre un diagnostic précis destiné à lever les derniers doutes sur les travaux. « Je me suis dit "c’est le moment et j’ai reçu une aide de 2.000 euros de la mairie, c’était le coup de pouce que j’attendais" », témoigne Jean-Georges Fuhrer. Cet habitant a rénové sa maison laissée à l’abandon et l’a transformée en gîte. De son côté, Arsène Ziegler est passe de terminer la rénovation de sa maison grâce à une subvention de 40.000 euros. 

Quatre ans après la mise en place de la mesure, le maire est en passe de remporter son pari : 28 projets ont été menés à leur terme et, plus important pour le maire, la taxe s’est imposée à Muttersholtz. « Notre centre-ville est redynamisé et nous en avons profité pour rénover les bâtiments communaux », se félicite Patrick Barbier. L’exemple de Muttersholtz pourrait-il inspirer d’autres communes en Alsace et dans toute la France ? Plusieurs délégations ont fait le déplacement pour étudier cette mesure, selon le maire.