Non, la Bretagne n’a pas perdu tous ses gardiens de phare

PATRIMOINE Trois hommes continuent d’exercer un métier qui a énormément changé

Camille Allain

— 

Le phare du Petit Minou, à quelques kilomètres de Brest (Finistère).
Le phare du Petit Minou, à quelques kilomètres de Brest (Finistère). — C. Allain / 20 Minutes
  • L’un des derniers gardiens de phare français est parti à la retraite cet été. Ils sont encore trois à exercer en Bretagne.
  • Les phares continuent de jouer un rôle dans le guidage des bateaux, notamment pour aider à la navigation côtière.
  • Les moyens sont de plus en plus restreints pour entretenir ce patrimoine précieux qui fait l’image de la Bretagne.

Beaucoup l’ont appelé « tonton ». Barbe blanche, casquette de marin et cigarette au bec, l’homme a été présenté ici et là comme « le dernier gardien de phare » de Bretagne et de France. Installé à Fréhel (Côtes d’Armor), Patrick a pris sa retraite et emmené ses souvenirs du métier. Mais « tonton » n’était pas le dernier.

En Bretagne, ils sont encore trois à travailler et vivre au pied de leur vigie. Jean-Luc, qui exerce à Pen-Men, sur l’île de Groix, Yves et Jean-François, qui se partagent Goulphar, à Belle-Ile. « C’est très pratique de les avoir sur place, mais leur métier a énormément évolué avec la technologie. L’image du gardien qui passe sa journée à regarder la mer et allume la lampe à pétrole, c’est terminé depuis longtemps », témoigne leur chef Jean-Claude Dessert.

A Belle-Ile, les derniers gardiens de Phares et Balises ont aujourd’hui une mission de vigie et émettent les « avis nautiques » adressés à la préfecture maritime pour prévenir les navigateurs d’un danger ou d’une anomalie. Grâce à un système intitulé DGPS, ils peuvent également alerter les navires de leur position exacte par rapport à la côte.

« Ils savent qu’ils ne seront pas remplacés »

Agés de 61 et 62 ans, les trois derniers gardiens pourront bientôt faire valoir leurs droits à la retraite. Eux seront sans doute les derniers gardiens d’un métier en voie d’extinction. « Ils savent qu’ils ne seront pas remplacés. Ce sera plus compliqué pour nous pour intervenir sur place, mais pas irréalisable », reconnaît, lucide, Jean-Claude Dessert.

De moins en moins de moyens

Entièrement automatisés, les phares français ne requièrent plus de présence humaine. A l’heure où bon nombre de bateaux sont équipés de GPS, sont-ils toujours utiles ? « Certains diront que non. Je pense que les grands phares, notamment en pleine mer, ont perdu de leur intérêt. Mais avec l’explosion de la navigation côtière, le balisage à terre est essentiel », estime Patrick Coadalan.

Sur son secteur allant de Lézardrieux à Saint-Malo, le responsable du parc de balisage du nord Bretagne doit superviser 750 phares, bouées et tourelles, qui guident les plaisanciers longeant le littoral. Un patrimoine ancien qui doit être entretenu régulièrement, sous peine de le voir disparaître. « Nos nouveaux gardiens, ce sont nos peintres ou nos maçons qui entretiennent les phares. Ce sont des métiers exigeants physiquement », poursuit leur responsable. Pour intervenir aux Roches-Douvres, la vigie la plus éloignée du littoral, il faut passer deux heures sur un bateau à moteur, avant d’être débarqué sur un tas de cailloux balayé par la mer et le vent. Pas donné à tout le monde.

Carte postale de la Bretagne, l’image des phares continue de fasciner​. Un patrimoine précieux que l’État a de plus en plus de difficultés à entretenir, faute de moyens. « On nous demande de prioriser. On y arrive encore mais ça va devenir compliqué », résume Patrick Coadalan. En quinze ans, le chef de service a vu ses effectifs fondre de moitié. Le prix de l’automatisation.