Attaque dans un Thalys : Que peut-on attendre de la reconstitution ?

ENQUETE En présence de policiers, de juges et de témoins, Ayoub El-Khazzani, le suspect numéro 1 de l’attaque du Thalys, va devoir effectuer les gestes dont il a reconnu la responsabilité

Manon Aublanc

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Une reconstitution judiciaire de l'attaque déjouée en août 2015 dans un train Thalys Amsterdam-Paris est organisée, ce mercredi, à la demande du tireur présumé, Ayoub El-Khazzani.
Une reconstitution judiciaire de l'attaque déjouée en août 2015 dans un train Thalys Amsterdam-Paris est organisée, ce mercredi, à la demande du tireur présumé, Ayoub El-Khazzani. — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • Ayoub El-Khazzani est soupçonné d'avoir, le 21 août 2015, ouvert le feu dans un Thalys reliant Amsterdam à Paris, armé d’une kalachnikov et de neuf chargeurs pleins.
  • Deux passagers avaient été blessés avant que l'assaillant ne soit maîtrisé par trois militaires américains en vacances.
  • Une reconstitution judiciaire de l’attaque est organisée, ce mercredi après-midi à la demande du tireur présumé, dans un lieu tenu secret.

Il doit reproduire l'attaque, minute par minute. A la demande du tireur présumé, Ayoub El-Khazzani, une reconstitution judiciaire de l’attaque du Thalys survenue en août 2015, est organisée, ce mercredi après-midi.

Ayoub El-Khazzani, un Marocain âgé de 26 ans, est soupçonné d'avoir ouvert le feu dans un Thalys, reliant Amsterdam à Paris peu après son entrée en France, armé d’une kalachnikov et de neuf chargeurs pleins, le 21 août 2015. Après avoir blessé deux passagers, le tireur présumé avait été maîtrisé par trois militaires américains en vacances. Comment la reconstitution va-t-elle se dérouler ? 20 Minutes fait le point.

« Il est normal que l’accusé veuille raconter sa version des faits »

Ce mercredi après-midi, dans un hangar en Ile-de-France, dont la localisation reste tenue secrète, une rame de Thalys a été mise à la disposition de la justice pour la reconstitution de l’attaque du Thalys, survenue il y a tout juste quatre ans. Une première demande de reconstitution avait déjà été déposée en 2018 par Sarah Mauger-Poliak, l’avocate d’Ayoub El-Khazzani. Mais les juges d’instruction avaient retoqué la demande, estimant qu’une reconstitution ne pourrait « activement et réellement participer à la manifestation de la vérité ». Ce refus avait coïncidé avec la sortie du film de Clint Eastwood sur l’attaque, Le 15h17 pour Paris, dénoncé par les avocats d’Ayoub El-Khazzani, qui avaient estimé que le long-métrage représentait « une atteinte grave à la sérénité de la justice » et « à la loyauté des débats ».

Ils avaient alors déposé une seconde demande de restitution quelques mois plus tard. « Compte tenu du film, c’est normal que l’avocat de la défense fasse cette demande. Dans ce film, la volonté meurtrière du terroriste ne fait absolument aucun doute. Dans la réalité, Ayoub El-Khazzani affirme qu’il n’avait pas l’intention de tuer, que les faits ne se sont pas déroulés comme dans le film. A partir de là, il est normal que l’accusé veuille raconter sa version des faits », détaille à 20 Minutes Antoine Casubolo, avocat de l’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT), présent à la reconstitution. « Les reconstitutions d’attaques terroristes, ce n’est pas courant. Mais ce n’est pas non plus courant qu’on ait, dans un dossier d’instruction, un film fait à Hollywood », ajoute-t-il.

« Les reconstitutions dans les attentats terroristes n’ont que peu d’intérêt »

En décembre 2016, devant le juge d’instruction, Ayoub El-Khazzani avait reconnu son implication dans l’attaque du Thalys, mais avait affirmé qu’il n’avait pas l’intention de tuer. « Personnellement, j’ai pas pu tuer », avait-il déclaré, avant d’ajouter : « A un moment, un Américain, un grand, m’a fixé, il était loin de moi. Je l’ai vu de face et je n’ai pas pu le tuer. » Le déroulé de l'attaque, le tireur présumé doit le reproduire, ce mercredi après-midi lors de la reconstitution, un fait plutôt rare dans les affaires de terrorisme. De la sortie des toilettes, kalachnikov à la main, au tir qui a blessé un passager, en passant par la lutte avec les militaires américains, jusqu’à son interpellation, Ayoub El-Khazzani va devoir effectuer chaque geste, minute par minute.

« C’est rare que les terroristes soient présents, tout simplement car, dans la majorité des cas, soit ils ont été tués par les forces de l’ordre, soit ils se sont fait exploser », explique Antoine Casubolo. « Les reconstitutions dans les attentats terroristes sont peu nombreuses car elles n’ont que peu d’intérêt », confie de son côté Jehanne Collard, avocate spécialisée dans la défense des victimes. « Dans le cas du Thalys, les avocats de la défense ont un intérêt, celui de démontrer qu’Ayoub El-Khazzani n’avait pas l’intention de tuer. Mais pour les attentats du Bataclan, par exemple, une reconstitution n’aurait servi absolument à rien, puisque les faits sont avérés », poursuit-elle.

Les trois héros américains absents de la reconstitution

Plusieurs passagers du train témoins de la scène, le juge d’instruction, des policiers de la sous-direction antiterroriste doivent assister à cette reconstitution, qui doit permettre d’apporter les derniers éléments de réponse avant le renvoi de ce dossier devant la cour d’assises spécialement composée pour les affaires de terrorisme. Les trois Américains, Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone, qui ont stoppé l’assaillant, ne seront pas présents.

« Nous avons tenté à plusieurs reprises de tout reconstituer mais ça a toujours été difficile parce qu’on a tous un trou de mémoire à l’instant critique. Donc, peut-être qu’aujourd’hui, cela va se débloquer un peu », a raconté Mark Moogalian, qui avait reçu une balle dans le dos après avoir tenté de désarmer l’assaillant, a Franceinfo. « C’est une reconstitution extrêmement importante, notamment pour les droits de la défense. Quand ces droits sont respectés jusqu’au bout, tout le monde peut faire son travail, l’accusation et les parties civiles. On va dans le sens d’un procès équitable, que personne ne pourra contester », conclut Antoine Casubolo.