Bretagne : Pourquoi la serial killeuse Hélène Jégado continue de fasciner

HISTOIRE Accusée d’avoir assassiné des dizaines de personnes, l’empoisonneuse à l’arsenic est à l’honneur d’une exposition aux archives départementales à Rennes

Jérôme Gicquel

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Travaillant comme cuisinière, Hélène Jégado empoisonnait ses victimes avec de l'arsenic.
Travaillant comme cuisinière, Hélène Jégado empoisonnait ses victimes avec de l'arsenic. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • Une exposition consacrée à Hélène Jégado vient d’ouvrir aux archives départementales à Rennes.
  • Surnommée la tueuse à l’arsenic, elle est accusée d’avoir empoisonné plusieurs dizaines de personnes au milieu du XIXe siècle en Bretagne.
  • Son œuvre macabre avait pris fin en 1851 avec un procès qui avait conduit à sa décapitation en public.

Jean Teulé a fait d’elle l’héroïne de son roman Fleur de tonnerre, adapté au cinéma en 2017. Elle a également été mise à l’honneur dans divers ouvrages et bandes dessinées et a même donné son nom à un gâteau, fabriqué par la maison Durand Chocolatier à Rennes. 168 ans après son exécution sur la place publique du Champ de Mars, Hélène Jégado continue de faire parler d’elle avec une exposition qui lui est consacrée jusqu’au 10 janvier aux archives départementales d’Ille-et-Vilaine à Rennes.

Il faut dire que son CV fait froid dans le dos. Considérée comme la plus grande serial killeuse de l’histoire de France, elle est accusée d’avoir empoisonné plusieurs dizaines de personnes, dont beaucoup ont succombé. Le nombre précis de ces victimes reste d’ailleurs un mystère. « J’ai recensé 46 empoisonnements, dont une trentaine mortels, mais cette liste n’est pas exhaustive », souligne Marion Ferrer, commissaire d’exposition.

Elle sévit d’abord dans le Morbihan avant de rejoindre Rennes

Née en 1803 dans une famille pauvre du Morbihan, Hélène Jegado commence son parcours criminel à l’âge de 30 ans alors qu’elle travaille comme cuisinière au service du curé de Guern. En quatre mois, sept personnes décèdent dans d’atroces souffrances. Changeant régulièrement de maison comme domestique, elle continue de semer la mort partout où elle passe. Essentiellement dans son département natal puis à Rennes où elle débarque en 1848. « Pendant sept ans on a perdu sa trace, sans savoir si elle a commis d’autres crimes sur cette période », précise Marion Ferrer.

Dans la capitale bretonne, Hélène Jegado poursuit son travail macabre, assassinant hommes, femmes et enfants de son entourage sans distinction. « Ces crimes ne répondaient à aucune logique. Elle n’a d’ailleurs jamais avoué le moindre crime ni fourni la moindre explication », indique Olivier Keraval, scénariste de la BD Arsenic  dont est inspirée l’exposition.

Des plats assaisonnés avec de l’arsenic

Le mode opératoire de la tueuse bretonne est également étonnant puisqu’elle empoisonnait ses victimes avec de l’arsenic qu’elle versait dans les plats qu’elle servait. « Certaines décédaient brutalement, d’autres après une longue agonie. Et le plus machiavélique dans tout ça, c’est qu’elle était toujours au chevet de ses victimes et en prenait soin jusqu’à la mort », raconte la commissaire d’exposition.

Alors que les soupçons se resserrent autour d’elle, Hélène Jegado sera finalement arrêtée le 1er juillet 1851, juste après l’énième décès d’une femme de chambre dans la maison de l’avocat pour laquelle elle travaille. « C’est assez fascinant de voir comment cette femme du peuple a pu œuvrer aussi longtemps dans l’impunité la plus totale, souligne Olivier Keraval. On la décrit souvent comme une femme laide, alcoolique et analphabète mais je pense qu’elle était plus intelligente qu’on ne pense ».

Son procès à revivre en direct

Cinq mois après son arrestation, Hélène Jégado a été jugée du 6 au 14 décembre 1851 par la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine à Rennes. A l’occasion de la Nuit du Droit, une reconstitution aura lieu le vendredi 4 octobre au Parlement de Bretagne. Des magistrats, des avocats et des élèves-avocats feront revivre en direct les moments clés de ce procès. Le public sera également mis à contribution avec la possibilité de devenir juré d’assises.