Rentrée scolaire : Les quatre inquiétudes des parents d’élèves à propos de la réforme du lycée

EDUCATION Les élèves de première vivent une rentrée déroutante, en raison du démarrage de la réforme du lycée. Et leurs parents en sont les premiers témoins

Delphine Bancaud

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Au lycée Jules Guesde de Montpellier en juin 2019.
Au lycée Jules Guesde de Montpellier en juin 2019. — Alain ROBERT/SIPA
  • Cette année, les séries (L, ES et S) sont supprimées en classe de première et remplacées par des enseignements de spécialité.
  • Les parents témoignent d’emplois du temps trop chargés ou peu pratiques pour leurs enfants.
  • La difficulté d’accès à certaines spécialités leur pose aussi problème.

Ils sont aux premières loges pour récolter les impressions de leurs enfants scolarisés en première sur la réforme du lycée, qui se met en place dès cette rentrée. Et les parents d’élèves découvrent, avec leur progéniture, les impacts concrets de cette nouvelle organisation. Cette année, les séries (L, ES et S) sont en effet supprimées en classe de première et remplacées par des enseignements de spécialité. 20 Minutes fait le point sur leurs principaux sujets de préoccupations.

Les emplois du temps ne font pas l’unanimité

Enseignements de spécialité, matières du tronc commun, options… Les emplois du temps des élèves de première sont complexes et malgré leurs efforts, les proviseurs n’ont pas toujours pu concevoir des plannings idéaux. Du coup, un quart des parents d’élèves interrogés par la fédération Peep dans son Observatoire de rentrée se déclarent insatisfaits de l’emploi du temps de leur enfant.

C’est le cas de Véronique, qui a répondu à notre appel à témoins : « Mon fils est en première. Le lundi, il a un trou de 3 heures dans son emploi du temps, alors que le jeudi et le vendredi, il a 9 heures de cours. Deux fois par semaine, il finit à 18h30. Cela risque vite de tourner à l’épuisement », craint-elle. Même constat pour Ferdos-Rudy : « L’emploi du temps de ma fille est un bazar. Elle a des journées avec par moments trois heures de trou. Et des cours allant de 8h à 17h tous les jours, plus le samedi matin. Sans compter les semaines paires et impaires ! On n’a pas le choix, on s’adapte ; pendant les heures creuses, elle s’avance sur son travail. Mais cela génère de la fatigue et elle n’a pas le temps pour les activités extrascolaires », indique-t-elle.

Même son de cloche chez Rodrigo Arenas, président de la FCPE, la première association représentant les familles : « Les remontées de terrain évoquent des emplois du temps à gruyère. Clairement, ce n’est pas l’intérêt des enfants qui a primé dans leur conception », estime-t-il. Et ces trous ne sont pas toujours mis à profit. « Les CDI (centres de documentation et d’information) sont vite remplis et les élèves se retrouvent dans des halls froids, sans aucun espace pour travailler », déplore Hubert Salaün, porte-parole de la Peep. Mais certains plannings étant provisoires, l’espoir existe. « Les parents d’élèves espèrent des corrections d’emplois du temps sous les quinze jours », complète-t-il.

L’orientation des élèves ne s’est pas toujours décidée dans des conditions optimales

En seconde, l’an dernier, les lycéens ont dû choisir trois spécialités. Mais selon l’Observatoire de rentrée de la Peep, 40 % des parents estiment ne pas avoir eu toutes les cartes en main pour aider leur enfant dans leur choix. « Notamment parce qu’ils manquaient d’informations sur le contenu des spécialités », estime Gérard Pommier, président de la Peep. Et toujours selon l’Observatoire de la Peep, un quart des parents n’ont toujours pas compris la réforme et son fonctionnement.

Par ailleurs, selon Rodrigo Arenas, « de nombreux parents se plaignent que leurs enfants n’aient pas eu accès à la spécialité de leur choix. Les ressources humaines n’étaient pas suffisantes dans certains lycées pour qu’on aille vers un vrai big-bang pédagogique ». Un constat partagé par Hubert Salaün : « Dans certains établissements, le choix de triplettes a été limité. Et 13 % des parents que nous avons sondés estiment que leur enfant a été conditionné à opter pour des spécialités fléchées à l’avance », indique-t-il. Une situation dont témoigne Lydia : « Ma fille Ludivine voulait choisir musique et italien en enseignements de spécialité, mais ils n’étaient pas enseignés dans son lycée. Nous avons demandé le Cned [le Centre national d’enseignement à distance] pour ces deux enseignements de spécialité. Cela lui a été refusé, sous prétexte que son lycée ne faisait pas partie d’une zone isolée. Du coup, elle a dû choisir deux autres enseignements de spécialité par défaut : arts et anglais ». « Les lycées les plus gros ont proposé une offre plus étoffée que les plus petits Et toutes les spécialités n’étaient pas accessibles via le Cned. Ce qui pose une fois de plus un problème d’inégalités entre les établissements et les élèves », analyse Rodrigo Arenas. Pour éviter les orientations par défaut, le président de la FCPE réclame « la création de passerelles entre les spécialités en classe de première. Afin qu’un élève mal orienté ne perde pas une année à suivre une matière qui ne lui convient pas ».

Des inquiétudes sur le conseil de classe

Des profs, des délégués de classe, des parents d’élèves… Les conseils de classe réunissent toujours beaucoup de monde. Mais avec la réforme du lycée, ce sera pire. « Comment faire un conseil de classe à 35 profs, puisqu’il faudra convier les enseignants de spécialités intervenant dans une classe et ceux dispensant des disciplines du tronc commun ? », interroge Hubert Salaün.

Or, ces rendez-vous sont essentiels pour faire remonter aux parents d’élèves des informations sur la scolarité de leur enfant. « C’est l’opportunité de bouleverser ces conseils de classes pour en faire autre chose », déclare Rodrigo Arenas. « On peut imaginer l’organisation de deux conseils de classe : un pour les spécialités et un autre pour les matières du tronc commun », suggère Hubert Salaün.

La crainte d’une augmentation des profs absents

Les parents d’élèves interrogés par la Peep soulignent la recrudescence des absences de courtes durées. Notamment des profs de maths, de français et de langues. Ils craignent que la réforme du lycée ne renforce ce problème.

« Les absences de courte durée des profs risquent d’augmenter. Notamment parce qu’ils seront monopolisés par la tenue des épreuves de contrôle continue, faisant ainsi sauter des heures de cours aux lycéens de seconde et de terminale », redoute Hubert Salaün. Et les arrêts maladies des enseignants pourraient être d’autant plus nombreux que « dans les périodes de mutation, ils sont souvent très sollicités et très fatigués », redoute de son côté Rodrigo Arenas.