Marseille : Une députée LREM visite la prison des Baumettes et trouve qu' « il n'y a pas photo » avec l'ancien bâtiment

PRISON Alexandra Louis a fait une nouvelle visite de la prison des Baumettes, ce lundi, à Marseille. Elle estime que la situation s'est améliorée par rapport au bâtiment historique

Jean Saint-Marc

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Alexandra Louis (au centre) en visite aux Baumettes, le 16 septembre 2019.
Alexandra Louis (au centre) en visite aux Baumettes, le 16 septembre 2019. — G.J.
  • Alexandra Louis estime que les conditions de détention se sont améliorées à la prison des Baumettes, à Marseille.
  • Elle milite néanmoins pour la réduction de la durée de détention provisoire et pour une plus grande utilisation du bracelet électronique.

Des murs vert pomme, des portes orange, des cloisons violettes. Et soudain, une grande trace grisâtre : de la peinture écaillée. « C’est de l’art abstrait ? » lance, sarcastique, Sabine Moutot, directrice adjointe de la prison des Baumettes, à Marseille. Non, c’est une malfaçon. Et elles sont nombreuses dans cette nouvelle aile de la prison, ouverte en mai 2017.

« On a des problèmes d’électricité et d’étanchéité, mais Vinci s’occupe plutôt bien des malfaçons », garantit Yves Feuillerat, le directeur des Baumettes, pour rassurer Alexandra Louis. La députée LREM de Marseille est sortie satisfaite de sa visite aux Baumettes, ce lundi. En une heure et demie, elle a pu constater qu’il n’y a « pas photo » entre ce nouveau bâtiment et celui des Baumettes historiques, promises à la démolition. « On a fait de grands pas par rapport aux Baumettes », s’enthousiasme-t-elle.

« On rattrape un retard phénoménal »

Face à deux caméras, la députée LREM fait le service après-vente du demi-mandat d’Emmanuel Macron : « Il y a malheureusement beaucoup de prisons où les conditions sont très compliquées, mais le gouvernement fait des efforts, alors qu’avant l’administration pénitentiaire était le parent pauvre en France. On rattrape un retard phénoménal ! » Elle reconnaît que l’administration « tâtonne un peu » pour améliorer la situation – par exemple, aux Baumettes, sur la question des fenêtres antibruit.

Après une fronde des riverains de la prison, de nouvelles fenêtres ont été installées cet été pour réduire les nuisances sonores. Selon l’Observatoire international des prisons, ces fenêtres ont aussi « asphyxié » les détenus en faisant grimper le mercure de plusieurs degrés dans les cellules. « C’est un point que je veux vérifier », lance Alexandra Louis en s’engouffrant dans une cellule équipée.

« Je n’ai pas l’impression qu’il fait plus chaud », affirme-t-elle. Mais l’occupante de la cellule nuance ce constat optimiste. Pour cette jeune femme d’une vingtaine d’années, qui regardait de la téléréalité face à son ventilateur, « il n’y a quasiment pas d’air qui passe. Cet été, il a fait très très très chaud ! » « Vous comprenez que c’était invivable pour les riverains », rétorque Alexandra Louis, tandis que le directeur de la prison rassure la jeune femme : la climatisation doit être installée la semaine prochaine.

Peines alternatives et formations en prison

Une discussion s’engage entre la députée et la prévenue, incarcérée en détention provisoire depuis près de trois ans. « Vous êtes jeune, vous faites des formations en prison… Vous avez des perspectives : on peut faire une peine et avoir une vie ensuite », la persuade Alexandra Louis, avocate de formation. « Je ne suis pas là pour dire qu’il faut fermer les prisons, précise-t-elle ensuite aux journalistes. La détention peut être une partie de la solution, mais elle ne doit pas être l’alpha et l’oméga de la politique pénale ! »

Alexandra Louis veut donc lutter contre les courtes peines, contre les périodes de détention provisoire qui s’éternisent et militer pour un développement des sanctions alternatives – notamment le bracelet électronique. Elle s’enthousiasme, aussi, pour les « réussites » de la prison des Baumettes : le secteur des mineures et son encadrement personnalisé, avec deux surveillantes pour deux détenues, ou le sous-sol où sont proposés cours et activités.

« Quand je suis arrivée, je ne parlais pas du tout français ! »

« Madame, vous êtes la meilleure prof ! Quand je suis arrivée en prison, je ne parlais pas du tout français », s’exclame une jeune femme quand Alexandra Louis interrompt un cours de français langue étrangère. Là encore, la députée loue « l’investissement incroyable » des enseignants et les « progrès » des détenus. On passe un peu vite sur le fait qu’un groupe n’a pas pu avoir cours, ce lundi, faute de surveillant pour les encadrer (« le manque d’effectifs est un problème ancien »). Et face à l’enthousiasme général, on oublierait presque que l’on est en prison… Sauf en regardant bien les tableaux qui décorent les murs de la salle de classe.

Les détenues ont fait des autoportraits en découpant et collant des gros titres de journaux. « Colère », « tristesse » et « tribunal » forment un premier visage. « Détention provisoire », « mal au crâne » et « au fond du trou » sont les tresses, les yeux et la bouche d’une autre détenue. Alexandra Louis l’a répété : « tout n’est pas tout noir en prison. » Mais malgré les couleurs flashy au mur, tout n’est pas rose non plus.