Hébergement d’urgence : Pourquoi les familles ne trouvent-elles pas de places ?

LOGEMENT Selon le Samu social de Paris, ce dimanche, 478 familles, soit 1.356 personnes, ont contacté le 115 et n’ont pas obtenu de réponse à leur demande d’hébergement

Delphine Bancaud

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Illustration d'un père prenant dans ses bras un nourrisson. Les hommes aussi peuvent être touchés par la dépression post partum, un sujet longtemps tabou.
Illustration d'un père prenant dans ses bras un nourrisson. Les hommes aussi peuvent être touchés par la dépression post partum, un sujet longtemps tabou. — Pixabay
  • Ce dimanche, près de 500 familles n’ont pu obtenir un hébergement sur Paris.
  • Les centres d’hébergement d’urgence sont en effet conçus majoritairement pour des personnes isolées.
  • Ils n’ont pas su s’adapter à l’évolution sociologique de la population des sans-abri.

Selon le Samu social de Paris, ce dimanche, 1.221 personnes en famille ont contacté le 115 et n’ont pas obtenu de réponse à leur demande d’hébergement. Et lorsqu’elles sont confrontées à plusieurs refus d’affilée, elles ont tendance à ne pas réitérer leurs appels les jours suivants.

L’hiver dernier, les Hôpitaux publics de Paris (AP-HP) avaient aussi indiqué être confrontés « de plus en plus régulièrement à des cas de mères en situation de précarité qui accouchent et n’ont aucun lieu d’hébergement à la sortie de la maternité ». D’où l’ouverture de 90 places d’hébergement d’urgence, pour accueillir temporairement des jeunes mères isolées et leurs bébés, dans un centre dédié à cet effet dans le 14e arrondissement. Une goutte d’eau dans l’océan.

Une évolution sociologique

Car force est de constater que la majorité des places en centre d’hébergement d’urgence sont réservées à des hommes isolés, alors que les familles sont de plus en plus nombreuses à la rue. Un état de fait qui s’explique par des raisons sociologiques : « Il y a encore dix ans, la majorité des personnes sans abri étaient des hommes seuls. Mais leur profil a changé depuis. De plus en plus de familles sont venues grossir les rangs de ces mal-logés. Il s’agit de demandeurs ou de déboutés de l’asile, de familles expulsées, de mères isolées avec enfant… Or, le parc d’hébergement d’urgence n’a pas su s’adapter à cette nouvelle donne », constate Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre.

Rares sont les centres dédiés aux familles et, pour des raisons de sécurité, il est difficile de mixer les populations dans un même lieu. Par ailleurs, les places en Cada (Centres d’accueil de demandeurs d’asile) et en UDA (Centre d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile) pour les familles en demande d’asile sont trop peu nombreuses.

« Il faut réadapter le parc de l’hébergement d’urgence aux familles »

Du coup, les familles qui ne parviennent à trouver refuge dans ces centres d’hébergement d’urgence atterrissent au mieux dans les hôtels sociaux. « Sauf que ces amortisseurs sont saturés », observe Christophe Robert​. D’où la présence de familles dans des campements, des squats… « Il y a dix ans, quand un adulte accompagné d’un enfant dormait à la rue, on criait au scandale et on lui trouvait une solution. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », déplore Christophe Robert.

Face à cette situation d’urgence, les solutions existent pourtant, selon lui : « Il faut mobiliser les bâtiments publics pour mettre ses familles à l’abri. Et parallèlement, il faut réadapter le parc de l’hébergement d’urgence aux familles, tout en développant les places en Cada », estime-t-il.