Hébergement d’urgence : « L’hiver est encore loin et la situation est déjà explosive »

INTERVIEW Florent Guéguen, directeur général de la Fédération des acteurs de solidarité (FAS), s’alarme du nombre de personnes sans solution de logement à Paris et dans d’autres grandes villes

Propos recueillis par Delphine Bancaud

— 

Une personne sans-abri sur un trottoir, le 22 février 2019, à Paris (12e).
Une personne sans-abri sur un trottoir, le 22 février 2019, à Paris (12e). — Clément Follain / 20 Minutes
  • Plus aucune place d’hébergement d’urgence n’est disponible à Paris, alerte le Samu social.
  • Selon Florent Guéguen, directeur général de la Fédération des acteurs de solidarité, les centres d’hébergement des sans-abri saturent dans d’autres grandes villes telles que Lyon, Nantes, Rennes, Marseille et Toulouse.
  • De plus en plus de familles se retrouvent notamment sans solution de logement.

Un cri d’alarme dès cette rentrée. Plusieurs associations (Emmaüs, Le Secours populaire, Le Samu social de Paris…) organisent ce lundi une soirée baptisée « Ensemble, agissons contre le sans-abrisme », pour demander aux pouvoirs publics la création de places d’hébergement d’urgence à Paris. Car selon Emmaüs, plus de 2.000 personnes seraient sans solution de logement dans la capitale. Une situation inédite, deux mois avant le début de la trêve hivernale. Et la situation n’est pas plus florissante dans d’autres grandes villes, comme l’explique Florent Guéguen, directeur général de la Fédération des acteurs de solidarité (FAS), qui regroupe 870 associations gérant 80 % des centres d’hébergement nationaux.

Le Samu social a annoncé que l’hébergement d’urgence était déjà saturé à Paris, et que 400 familles et 130 personnes seules étaient laissées chaque jour sans solution, livrées à la rue. La situation est-elle aussi critique dans d’autres villes de France ?

On assiste actuellement à un pic des demandes d’hébergement au 115, à Paris et en première couronne, où l’hébergement d’urgence est déjà saturé. Mais la situation est également tendue à Toulouse, Rennes, Nantes, Lyon, Bordeaux et Marseille. Et lorsqu’il n’y a plus assez de places dans les centres d’hébergement, on loge les personnes à l’hôtel avec un coût faramineux pour l’Etat (environ 300 millions d’euros par an) sans accompagnement social. Mais en région parisienne et dans d’autres métropoles, les hôtels sont eux aussi saturés. Les conséquences de cette situation s’observent d’ailleurs dans les grandes villes, avec une prolifération très inquiétante des campements de fortune ces derniers mois.

Une pénurie de places dès le mois de septembre… La situation est inédite, non ?

Oui, l’hiver est encore loin et la situation est déjà explosive. La pression sur le logement d’urgence est déjà très forte, alors que nous n’avons aucune visibilité sur les ouvertures de places en fin d’année. D’où l’inquiétude des associations de lutte contre l’exclusion. Cette crise s’explique par un déficit permanent de places d’hébergement et au fait que les sans-abri y restent de plus en plus longtemps, faute d’être orientées vers un logement. Par ailleurs, ces structures ne sont pas adaptées aux familles et s’adressent en priorité aux personnes seules. D’où le manque de places pour elles.

Mais pourquoi de plus en plus de familles sont-elles en situation de mal-logement ?

Un appel au 115 sur deux émane en effet d’une personne seule avec enfant(s). Les familles ont de plus en plus de mal à se loger dans les grandes villes, en raison de la cherté des loyers et de la précarité de certains emplois. Les expulsions locatives avec le concours de la force publique ont beaucoup augmenté ces dernières années. Et elles souffrent de l’absence de fluidité du logement social. Par ailleurs, certaines familles migrantes sont en attente de leur régularisation, ce qui ne leur permet pas de postuler à un logement social, ni de travailler. Et les places en CADA (Centres d’accueil de demandeurs d’asile) et en UDA (Centre d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile) pour les demandeurs d’asile manquent cruellement.

Pourtant, le gouvernement a pérennisé de 6.000 places d’hébergement d’urgence après la trêve hivernale. C’était donc très insuffisant ?

Oui. C’est pour cela qu’il est indispensable que la loi de finances 2020, actuellement en discussion, prévoit à minima 5.000 places pérennes supplémentaires en Ile-de-France, en plus du plan hiver. Il est également nécessaire que les départements acceptent de cofinancer avec l’Etat des centres d’hébergement dédiés à l’accueil des mères seules avec des jeunes enfants. Mais la question n’est pas que budgétaire. Le problème est aussi foncier. Car il est difficile de trouver des bâtiments à Paris et en première couronne pour loger des sans-abri. Et certaines associations qui utilisent des bâtiments prêtés par la ville pendant un an ou deux doivent les rendre. Il faut développer une stratégie nationale et inciter toutes les collectivités locales à accepter des centres d’hébergement et à prioriser le relogement des personnes à la rue sur leur contingent. Ce qui n’a rien d’évident en période préélectorale...