Marseille : « Aujourd’hui, on veut savoir la vérité ! », ont lancé les proches de Zineb Redouane à la fin d’une grande marche silencieuse

VIOLENCES POLICIÈRES A Marseille, la marche a rassemblé près de 500 personnes

Caroline Delabroy

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La marche blanche a rassemblé à Marseille près de 500 personnes.
La marche blanche a rassemblé à Marseille près de 500 personnes. — C. Delabroy / 20 Minutes
  • Plusieurs rassemblements en hommage à Zineb Redouane, décédée à 80 ans d’un tir de grenade lacrymogène en marge de manifestations à Marseille, ont eu lieu en France dimanche.
  • Sa fille, présente dans le cortège marseillais, s’étonne de n’avoir aucune nouvelle de l’enquête depuis son dépaysement à Lyon.

« Si c’était votre mère, vous feriez quoi ? », interroge Evelyne, venue de Salon-de-Provence pour participer à la marche silencieuse en hommage à Zineb Redouane, décédée à 80 ans d’un tir de grenade lacrymogène en marge de manifestations à Marseille. Elle est « gilet jaune » mais ne le porte plus depuis des mois et a fait le déplacement en tant que « citoyenne », ce dimanche porte d’Aix. « Tout est tourné en dérision dans cette histoire, comme si c’était une fatalité pour elle », se désole-t-elle, tout habillée de blanc. « On était là pour Adama, pour Steve, on est là pour Zineb et on le sera pour tous ceux qui tomberont sous les violences policières », lance aussi Latifa, une pancarte « Justice pour Zineb » à la main.

Initiée par les « gilets jaunes » de Berre l’Etang et ses alentours, cette marche était pour la première fois nationale. Outre Marseille, des hommages ont ainsi eu lieu simultanément à Paris, Toulouse, Lyon ou encore Nantes. « Ce soutien me touche beaucoup, cela donne la force de continuer car ce n’est pas facile », confie Milfet Redouane, la fille de Zineb, revenue d’Algérie où elle vit. « Je me retrouve obligée de sortir et de parler, cela ne me ressemble pas », ajoute-t-elle doucement, avant de prendre la tête du cortège marseillais, fleur blanche à la main, avec près de 500 autres personnes. A ses côtés, Imen est là, comme depuis le début. Elle est l’amie depuis plus de 20 ans de sa maman. « Zineb, si elle était encore en vie, elle se serait battue jusqu’à la fin pour la justice, assure-t-elle. Avant d’entrer au bloc opératoire, elle m’a dit à plusieurs reprises qu’elle avait été visée. »

Milfet Redouane, lors d'une marche silencieuse à Marseille en hommage à sa mère.
Milfet Redouane, lors d'une marche silencieuse à Marseille en hommage à sa mère. - C. Delabroy / 20 Minutes

« Il y a trop de mensonges dans cette affaire »

Neuf mois après la mort de Zineb Redouane, et malgré le dépaysement de l’enquête à Lyon, cette justice tarde encore à venir selon ses proches. « C’est encourageant, mais on n’a plus de nouvelles depuis, s’inquiète sa fille Milfet. Il y a beaucoup de choses que je veux comprendre, pourquoi par exemple la police ne transmet pas les cinq armes demandées par le juge. » Plus tard, en regardant le quatrième étage de la rue des Feuillants, où sa mère a reçu à sa fenêtre sans balcon un tir de gaz lacrymogène, elle répète le message, d’une voix serrée par l’émotion : « Aujourd’hui, on veut savoir la vérité, il y a trop de mensonges, de zones d’ombre dans cette affaire ! ».

Tout au long du parcours, allant de la porte d’Aix au bas de la Canebière en passant par la gare Saint-Charles, la mobilisation aura été silencieuse, comme le souhaitaient les organisateurs et la famille. Aucun slogan ou d’appel à la justice, même au passage devant le commissariat de Noailles. La colère et la rage se sont fait entendre juste après la minute finale de silence. Aux cris répétés de « Zineb on n’oublie pas, on ne pardonne pas ».