Pourquoi la comparaison entre le remboursement de l’opération de changement de sexe et celle des soins des dents ne tient pas

FAKE OFF Sur Twitter, un internaute a expliqué que l’opération de changement de sexe est « gratuite » alors que les soins des dents sont « payants ». Si l’opération est bien prise en charge en France, son accès y est compliqué, soulignent des associations

Mathilde Cousin

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En France, toutes les personnes trans ne choisissent pas de passer par la chirurgie. (photo d'illustration)
En France, toutes les personnes trans ne choisissent pas de passer par la chirurgie. (photo d'illustration) — GELEBART/20 MINUTES/SIPA
  • Toutes les personnes trans ne font pas le choix de l’opération. Et si l’opération est bien prise en charge en France, les associations rappellent les conditions requises pour y accéder. Il faut notamment deux ans pour accéder à la chirurgie.
  • Pour que le dossier soit pris en charge par la CPAM, la personne voulant être opérée doit rencontrer un psychiatre, un endocrinologue et un chirurgien. C’est un certificat, fourni par ces spécialistes, et envoyé à la CPAM, qui permet le remboursement de l’opération.

Toutes les personnes trans ne font pas le choix de se faire opérer. Pour celles qui le font, une minorité selon une enquête de 2011, l’accès à la chirurgie génitale est-il gratuit, comme l’avance un internaute, dans un tweet massivement repris ?

« Il faut savoir que l’opération pour changer de sexe coûte 20.000 euros, et c’est gratuit, mais les yeux et les dents c’est payant, il y a un problème d’ordre de priorité, on voit bien vers quoi tend la société dans le monde d’aujourd’hui », écrivait le 6 septembre cet internaute, qui a depuis restreint l’accès à son compte.

Ce tweet a été très partagé.
Ce tweet a été très partagé. - Capture d'écran Twitter

FAKE OFF

« Ce n’est pas la première fois que sur l’exemple de la Sécurité sociale, les personnes trans sont mises en regard avec d’autres actes », rappelle auprès de 20 Minutes Arnaud Alessandrin, docteur en sociologie. En 2003, Brigitte Bardot avait avancé cette comparaison dans un livre, soulevant un tollé. « On est face à un argument déjà répété, déjà abusé, qui consisterait à dire que certains abusent pour leur confort personnel, alors que d’autres sont obligés de payer de leur poche des soins comme les dents qui, il est vrai, coûtent excessivement cher. Le changement de genre n’est pas une opération esthétique, » rappelle le chercheur.

L’opération de réassignement de sexe est remboursée en France, sous certaines conditions qui sont dénoncées par les associations défendant les droits des personnes trans. Pour que le dossier soit pris en charge par la CPAM, la personne voulant être opérée doit rencontrer un psychiatre, un endocrinologue (pour la prescription d’hormones) et un chirurgien. C’est un certificat, fourni par ces spécialistes, et envoyé à la CPAM, qui permet le remboursement de l’opération.

Des spécialistes regroupés dans une association

En France, ces spécialistes sont regroupés dans la Société française d’études et de prise en charge de la transidentité ( SoFECT). Ils sont présents dans neuf villes (Montpellier, Nancy, Paris…). Cette association est très présente en France, car « le seul protocole reconnu par la Sécurité sociale est celui de ce groupe de médecins », détaille Arnaud Alessandrin.

Il y a plusieurs étapes avant la délivrance de ce certificat : le premier contact se fait avec un psychiatre, explique Bernard Cordier, président de la SoFECT et psychiatre à l’hôpital Foch. Pourquoi un psychiatre, même si la personne désire rencontrer directement un endocrinologue ou un chirurgien ? « Un endocrinologue ou un chirurgien ne peuvent pas repérer une demande [de transition], avance Bernard Cordier. A peu près 10 % des gens qui viennent me voir sont dans un moment de perturbation mentale évident » et ne sont donc pas concernés par ce parcours de transition, ajoute-t-il.

Deux ans avant d’avoir un certificat

Ensuite, la personne trans est suivie pendant deux ans, avant de pouvoir se voir délivrer le certificat. Pourquoi attendre vingt-quatre mois ? « C’est une condition mise en place par la Sécurité sociale », se défend le praticien. Pendant ces deux ans, la personne peut commencer un traitement hormonal.

Pendant un an, il lui sera également demandé « une expérience de vie réelle ». L’idée ? Demander à la personne trans de vivre comme le genre dans lequel elle s’identifie. Une expérience décriée par les associations, en raison des risques auxquels elle expose les personnes trans. « L’expérience de vie réelle est recommandée par l’association professionnelle mondiale des personnes transgenres. Il n’est pas possible de faire ce voyage sans cette expérience », ajoute le professeur, qui explique « guider » les personnes trans dans leur vie professionnelle si nécessaire pendant cette « expérience ».

« L’accès au changement de sexe génital n’est pas assuré en France »

A l’issue de ces deux ans, la personne trans peut accéder à la chirurgie, si le certificat est validé. Toutefois, certaines opérations, considérées comme « esthétiques », ne sont pas couvertes par la prise en charge. L’épilation du visage au laser ou le rabotage de la pomme d’Adam en font partie.

Cette psychiatrisation du parcours médical est dénoncée par des associations et des chercheurs. « Ces étapes psychiatriques ont pour but de sélectionner les bons et mauvais candidats », avance Arnaud Alessandrin, pour qui « l’accès au changement de sexe génital n’est pas assuré en France. » La question de la place de la psychiatrie est « très importante, confirme Clémence Zamora Cruz, porte-parole de l’inter LGBT. Le fait de faire valider son identité par quelqu’un, c’est une violence pour les personnes trans. » Les associations réclament également le libre choix du médecin, comme le prévoit la loi.

D’après l’enquête Inserm, un tiers des personnes opérées l’ont fait en France. Les autres choisissent de partir à l’étranger : la Belgique, la Thaïlande ou les Etats-Unis sont notamment choisis comme destination. « On n’est absolument pas dans un contexte où les demandes de changement de sexe grèveraient le budget de la Sécurité sociale », conclut Arnaud Alessandrin.

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