Affaire Steve Maia Caniço : Ce qu’il faut retenir du rapport de l’IGA

RAPPORT Le rapport de l’inspection générale de l’administration a été rendu public, ce vendredi

Julie Urbach

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Une fresque en la mémoire de Steve Maia Caniço
Une fresque en la mémoire de Steve Maia Caniço — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
  • L’inspection générale a rendu ses conclusions sur l’affaire Steve Maia Caniço et les circonstances de l’opération de police menée dans la nuit du 21 juin à Nantes.
  • Le rapport signale notamment « manque de discernement » dans la conduite de l’intervention.

Le rapport était très attendu. Ce vendredi, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a présenté les conclusions de l’IGA (inspection générale de l’administration) saisie après la mort de Steve Maia Caniço et l’intervention policière controversée, lors de la fête de la musique à Nantes. Le document de 66 pages, consultable en ligne, contient plusieurs « enseignements » et « recommandations ». « Nul ne peut dire à ce stade avec certitude comment Steve est mort », a prévenu Christophe Castaner, qui rappelle que l’IGA était chargée « d’analyser les conditions d’organisation et la gestion des événements » du 21 juin dernier.

Mairie et préfecture n’ont pas accordé « l’attention suffisante »

Rappelant le rôle de la mairie et de la préfecture dans l’organisation générale de la soirée de la fête de la musique à Nantes, le rapport de l’IGA signale qu’il était difficilement possible pour les autorités d’interdire la free party du quai Wilson. « Elles disposaient cependant d’autres moyens d’action pour mieux assurer la protection des participants », assure l’IGA, qui souligne qu’elles savaient que « cette zone présentait un risque important ».

La ville « aurait pu se préoccuper de la pose d’un barriérage », peut-on par exemple lire. On apprend dans le document que cette question avait déjà été envisagée en 2008. De son côté, la préfecture aurait pu associer les associations aux réunions de préparation de la soirée, suggère le rapport. Il est également noté que le grand port Nantes Saint-Nazaire, propriétaire du quai Wilson, n’a « pas été associé » à la préparation de la Fête de la musique.

Un « manque de discernement » dans la conduite de l’intervention

Si Christophe Castaner a estimé dans son allocution que « le refus de couper le son est la première cause des violences », le rapport justifie l'intervention des policiers, cibles de « nombreux jets de projectiles » à partir de 4h25 du matin, avant de parler d’un « manque de discernement ». Selon le document, elle est intervenue dans le cadre de la « légitime défense », « sans donner l’ordre de charger », mais suscite « plusieurs interrogations ».

« L’opportunité d’intervenir de la sorte sur une emprise portuaire donnant un accès direct à la Loire, pendant une manifestation festive habituelle et à une heure où la lucidité de certains teufers était sans doute altérée, peut être mise en doute », argumente l’IGA. « Un volume important de munitions a été utilisé par les policiers, ce qui situe la Fête de la musique au niveau des manifestations de gilets jaunes de faible intensité, est-il signalé, faisant mention de 33 grenades lacrymogènes, dix de désencerclement et 12 tirs de LBD. […] La visibilité était faible et l’air difficilement respirable près du fleuve. »

Le document fait état notamment de la « confusion » dans laquelle la scène s’est déroulée. D’abord, il signale que la préfecture n’a pas été informée de la nuit de la tournure des événements, raison pour laquelle elle n’a pas pu donner de directives.

« Par ailleurs, la difficulté rencontrée par les services de secours et la DDSP 44 pour répertorier le nombre de personnes ayant chuté en Loire confirme l’absence de tout pilotage centralisé de la crise », écrit le rapport qui parle de 12 teufers tombés à l’eau. Il rapporte enfin que des incidents similaires s’étaient produits en 2017 mais que la stratégie policière avait été toute autre.

Une dizaine de recommandations

Après les nombreux éléments de constats, l’inspection générale de l’administration formule une dizaine de recommandations, que le ministre a promis de faire appliquer sans délai. Parmi celles-ci, « l’analyse des risques » et la « sécurisation des lieux physiques » avant toute manifestation susceptible de rassembler une foule sur le quai Wilson, ou encore l’association de tous les acteurs concernés lors des réunions préparatoires à ce type d’événement.

Plusieurs préconisations s’intéressent à une meilleure communication entre la police, le Sdis, et la mairie, dans la mesure où « une coordination plus forte de leurs interventions respectives sur le quai Wilson ou sur la Loire aurait facilité la gestion des opérations ». Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur a demandé que toute intervention « dans un contexte difficile, en particulier de nuit, devra être expressément autorisée par l’autorité préfectorale ». Il a également annoncé la mutation du commissaire en charge des opérations, dans l’attente des conclusions de l’enquête judiciaire.