Mais au fait, quel est le bilan de la plateforme Parcoursup cette année ?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR A la veille de la fermeture de la plateforme d’accès à l’enseignement supérieur, « 20 Minutes » fait le point sur ce qui a fonctionné ou pas cette année

Delphine Bancaud

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Ilustration d'une lycéenne sur la plateforme Parcoursup.
Ilustration d'une lycéenne sur la plateforme Parcoursup. — DENIS CHARLET / AFP
  • La fin de la phase complémentaire de Parcoursup aura lieu ce samedi soir.
  • Selon Jean-Michel Blanquer, il restait 2.500 bacheliers sans affectation. La même proportion que l’an dernier à la même époque.
  • Les effets positifs de Parcoursup sur la réussite des élèves semblent se ressentir sur les filières en tensions, qui ont sélectionné leurs candidats.

Combien de jeunes bacheliers ou d’étudiants en réorientation seront sans inscription dans le supérieur lors de la rentrée universitaire ? La question se pose alors que les candidats reçoivent ce vendredi une dernière vague de propositions d’inscriptions sur Parcoursup, auxquelles ils pourront répondre jusqu’à samedi soir. « Le travail des commissions d’accès à l’enseignement supérieur (chargées de trouver des solutions aux candidats en rade) se poursuivra au cours des prochains jours », complète le ministère de l’Enseignement supérieur, interrogé par 20 Minutes, sans communiquer le chiffre du nombre de candidats sans solution à ce jour.

Mardi, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, avait indiqué qu’il restait 2.600 candidats sans affectation. « C’est un chiffre très faible », a-t-il commenté. En tout cas comparable à celui de l’an dernier, à la même époque, puisque le 15 septembre 2018, il restait 2.500 bacheliers sans affectation. « Or, il y a eu plus de candidats sur la plateforme que l’an dernier. Il s’agit souvent de bacheliers pros et technos qui ont demandé uniquement des filières sélectives », précise l’entourage de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

« Depuis le 19 juillet, nous n’avons eu aucune visibilité sur les chiffres »

Un chiffre qui laisse dubitative Mélanie Luce, la présidente de l’Unef. « C’est étrange, car le ministère a déclaré le 19 juillet que 58.000 jeunes étaient sans affectation. Et là, il n’y en aurait plus que 2.600. De plus, il présente ses indicateurs différemment. On se demande comment cela est possible. D’autant que nous recevons encore de nouvelles demandes d’aide à notre service SOS inscriptions. Par ailleurs, rien ne permet d’affirmer que ceux qui ont trouvé une inscription ont décroché une filière qui les intéressait. On sait par exemple que beaucoup de demandes d’inscriptions en Institut de formation en soins Infirmiers (Ifsi) n’ont pas pu être satisfaites. Or, pour réussir, il faut être motivé », déclare-t-elle.

Même scepticisme du côté d’Orlane François, présidente de la Fage : « Depuis le 19 juillet, nous n’avons eu aucune visibilité sur les chiffres. Et quoi qu’il en soit, le fait que des jeunes restent sur le carreau reflète bien le manque de places dans certaines filières », estime-t-elle. Il faudra attendre la conférence de presse de rentrée de Frédérique Vidal, vendredi prochain, pour en savoir davantage.

Un taux de réussite qui a progressé en Staps

Outre ce dossier des inscriptions, la question est aussi de savoir si Parcoursup a eu un impact positif sur la réussite des étudiants. Pour le président de la CPU, Gilles Roussel, il faut distinguer les filières en tension (c’est-à-dire celles qui sont les plus demandées comme Staps, droit ou psychologie), des autres. « Car le classement des dossiers a eu un vrai impact sur la réussite. Puisque les étudiants retenus ont logiquement de meilleures chances de réussite », a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse de rentrée.

Une impression confirmée par une enquête de la Conférence des Directeurs d’UFR Staps, selon laquelle la réussite au premier semestre de la première année de Staps est meilleure cette année que la précédente. Ainsi, la promotion 2018-2019, qui regroupe les étudiants entrés dans la formation par la procédure Parcoursup et les redoublants, a un taux de réussite de 42 %, contre 37,5 % pour celle de 2017-2018 à la même période de l’enquête. Ce qui fait bondir Orlane François : « On ne peut pas se réjouir que la réussite augmente juste parce que l’on a sélectionné. C’est une fausse victoire ».

Les dispositifs « oui, si » semblent porter leurs fruits

En revanche, sur les filières qui n’étaient pas en tension, soit les étudiants n’ayant pas été sélectionnés en amont, il n’est pas évident que Parcoursup ait eu un quelconque impact positif, selon la CPU. Hormis peut-être pour les jeunes qui ont bénéficié d’un « oui, si », c’est-à-dire une inscription conditionnée au fait de suivre un parcours d’accompagnement (modules de remédiation disciplinaires, entretiens méthodologiques, tutorat…) car ils étaient jugés fragiles pour l’orientation choisie. « Ces étudiants arrêtaient précocement (leurs études) car ils étaient perdus, parce que leur profil ne correspondait pas à la licence. Eh bien aujourd’hui, ils sont davantage présents au deuxième semestre. Il y a moins de décrochages », estime Gilles Roussel.

Et les dispositifs « oui, si » permettent « une meilleure connaissance des étudiants par les équipes pédagogiques, ce qui permet un meilleur accompagnement. D’autant qu’une certaine pression sur l’assiduité a des effets sur la réussite », complète Christine Gangloff-Ziegler, vice-présidente de la CPU. Un avis partagé par Orlane François : « La réussite des étudiants est plus forte quand les parcours d’accompagnement sont bien faits. Dommage qu’ils n’existent pas partout », déplore-t-elle.