Lyon: Le premier centre national de formation des professionnels contre le harcèlement scolaire est lancé

ACTION L'association Hugo, créée par une ancienne victime, et Psyfamille se sont unies pour donner naissance à ce projet destiné à former les professionnels pour amliorer la détection des cas de harcèlement scolaire et la prise en charge

Elisa Frisullo

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Le premier centre de formation contre le harcèlement scolaire a été lancé à Lyon ce jeudi 12 septembre. Illustration.
Le premier centre de formation contre le harcèlement scolaire a été lancé à Lyon ce jeudi 12 septembre. Illustration. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA/
  • Le premier centre de formation du harcèlement scolaire a été lancé ce jeudi à Lyon.
  • A l’initiative de ce projet, Hugo, 20 ans, ancienne victime, a fondé il y a 18 mois l’association éponyme pour lutter contre ce fléau.
  • Les formations s’adressent aux professionnels susceptibles d’être confrontés au harcèlement scolaire afin d’améliorer le diagnostic de ces situations et la prise en charge des victimes.

Son nom et son visage ne vous disent peut être encore rien. Et pourtant, Hugo Martinez, Lyonnais de 20 ans, est l’un des acteurs qui peut se targuer d’avoir fait évoluer les mentalités et la loi sur le harcèlement scolaire. Victime de 6 ans à 18 ans, ce jeune homme fait partie de ceux qui se sont mobilisés pour obtenir, en février, l’adoption dans le code de l’Education d’un article définissant le harcèlement scolaire et établissant le droit à une scolarité sans harcèlement.

Son association Hugo vient de franchir une nouvelle étape, en lançant ce jeudi à Lyon avec Psyfamille, un centre de formation du harcèlement scolaire. « Le premier en France », assurent-ils, dédié aux professionnels susceptibles d’être confrontés à ce sujet dans le cadre de leurs missions. « L’objectif est de créer un cadre bienveillant avec des professionnels. D’avoir des adultes formés qui entourent nos jeunes et qui puissent identifier les cas de harcèlement scolaire puis agir pour y mettre un terme », précise Hugo.

Des formations prises en charge

Trois cycles de formations sont prévus, dont un dédié aux professionnels de santé (médecins, diététiciens, ostéopathes…) qui débutera en octobre. Deux autres cycles destinés aux professions juridiques et aux acteurs éducatifs et socioculturels (enseignants, animateurs, personnels des établissements scolaires….) devraient suivre dans les prochains mois.

Associée au projet, Catherine Verdier, psychothérapeute et analyste, spécialiste des enfants et adolescents, dispensera ces formations de trois jours chacune, accompagné par Hugo. « Chaque enfant sera impliqué au moins une fois dans une situation de harcèlement, qu’il soit victime ou témoin (….) La formation des adultes est primordiale », estime la thérapeute, fondatrice de Psyfamille.

Des chiffres alarmants

Car si les actions pour lutter contre ce fléau se sont multipliées ces dernières années en France, reste que les chiffres, alarmants, n’évoluent pas à la baisse. Le gouvernement estime depuis des années à 1 jeune Français sur 10 le nombre de victimes, soit 750.0000 enfants ou ados, quand l’Unicef tend plutôt vers un enfant sur deux en primaire.

« Tous ces professionnels auxquels nous nous adressons ont des contacts avec des enfants ou des adolescents. Si on les mobilise tous, on aura de meilleurs résultats dans le diagnostic et la prise en charge », ajoute Hugo, rappelant que cette thématique n’est pas abordée aujourd’hui dans la formation initiale de la plupart des professionnels visés. « Mais je me dis que si notre centre parvient à former un grand nombre d’entre eux et que nous parvenons à démontrer les effets bénéfiques de la formation, alors nous pourrons aller voir les institutions pour inclure la lutte contre le harcèlement scolaire dans les formations initiales ».

«Le harcèlement tue»

Pour permettre au plus grand nombre d’accéder au centre, qui pourra à terme dispenser des formations aux professionnels de la France entière, la structure s’est associée à plusieurs organismes de formation pour une prise en charge de ses modules. Le prix d’une journée avoisinera les 200 euros, si le professionnel bénéficie d’un financement, et les 100 euros si aucune prise en charge n’est possible.

« Le harcèlement scolaire tue », rappelle Hugo, qui est devenu diabétique et a multiplié les séjours à l’hôpital après avoir été cyberharcelé par des élèves des années durant, au collège et au lycée. « Et puis en mai 2017, lors d’un séjour à l’hôpital, j’ai eu un déclic. Je n’arrive pas à l’expliquer, mais je me suis dit que j’allais utiliser cette faiblesse et la transformer en force et aider les autres ». Depuis la création de l’association il y a dix-huit mois, 200 familles et victimes ont été suivies.