Emplois du temps, profs principaux, contrôle continu… La réforme du lycée, un casse-tête pour les proviseurs

EDUCATION La confection des emplois du temps leur a donné du fil à retordre, et avec l’organisation des épreuves communes de contrôle continu, ils n’ont pas fini…

Delphine Bancaud

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Un élève de première découvre ses manuels.
Un élève de première découvre ses manuels. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Cet été, les chefs d’établissements ont raccourci leurs vacances et travaillé avec acharnement pour préparer une rentrée complexe, en raison de la mise en œuvre de la réforme du lycée.
  • La confection des emplois du temps a été particulièrement épineuse, et trouver suffisamment de profs principaux a parfois été un défi.
  • Les proviseurs s’inquiètent de l’organisation des futures épreuves communes de contrôle continu et des difficultés que pourraient rencontrer certains élèves ayant choisi des spécialités trop ardues pour eux.

Pour les proviseurs, la rentrée scolaire s’est faite aux forceps. En cause : la réforme du lycée, qui a commencé à s’appliquer dans les établissements. Même si le SNPDEN (syndicat des principaux et proviseurs) a fait état ce jeudi d’une rentrée « techniquement réussie », l’arbre semble cacher la forêt. « Les personnels de direction ont refusé l’échec, mais ça a été au prix d’un travail continu durant la pause estivale », a expliqué Philippe Vincent, son secrétaire général. D’ailleurs, selon une enquête menée par le syndicat auprès de 1.700 chefs d’établissements, 60 % d’entre eux ont pris moins de congés que d’habitude. « C’est la première année que je ne prends que trois semaines l’été », confie lui-même Philippe Vincent, proviseur du lycée Jean-Perrin à Marseille.

Un surcroît de travail qui a eu des conséquences pour certains d’entre eux. « On a quelques signaux pas très satisfaisants de la profession : davantage de collègues en arrêt maladie, le vivier de remplacement de personnels de direction est déjà épuisé dans un certain nombre d’académies… Tout ça nous inquiète un peu », indique Philippe Vincent.

« La confection des emplois du temps a été difficile »

Parmi les soucis du démarrage de la réforme, les proviseurs évoquent en premier lieu, dans l’enquête du SNPDEN, la difficulté à combiner les vœux des enseignants en matière d’emplois du temps et des plannings de qualité pour les élèves. Et ce en raison d’un nombre élevé de combinaisons de spécialités proposées aux élèves, des multiples options et des matières du tronc commun. « Cette réforme est chronophage. Placer 126 cours différents dans des emplois du temps a généré des difficultés, même si nous avons au final réussi », indique Pascal Bolloré, proviseur du lycée Berthelot de Saint-Maur (Val-de-Marne). « La confection des emplois du temps a été difficile, notamment pour limiter les trous », témoigne aussi Pascal Charpentier, proviseur du lycée du parc à Lyon. « On aurait aimé avoir une demi-journée en plus [dans la semaine] pour caser tous les cours, mais cela n’a pas été possible en raison d’une contrainte de transports », souffle de son côté Florence Delannoy, à la tête du lycée Charlotte-Perriand à Genech (Nord).

De son côté, Lysiane Gervais, proviseur du lycée Philippe-Cousteau à Saint-André de Cubzac (Gironde), a dû jongler avec 43 triplettes (choix de trois spécialités). « Mais ce qui a posé le plus problème, ce sont les options. On les a casées le mercredi après-midi, alors que les élèves n’avaient pas cours sur ce créneau-là l’an dernier. Et on a parfois refusé une option à un élève qui en avait deux, car les cours se chevauchaient », indique-elle.

« Il me manque toujours un prof principal en première »

Il n’a pas toujours été possible, non plus, de satisfaire tous les choix de spécialités des élèves, comme le confie Pascal Charpentier : « Je n’ai pas pu offrir toutes les triplettes, car certaines n’étaient pas suffisamment demandées par les élèves ». Reste à savoir si les matières finalement proposées à ces élèves leur plairont.

Autre épine dans le pied des proviseurs en cette rentrée : convaincre suffisamment d’enseignants de devenir profs principaux. « On n’assiste pas à un refus massif d’endosser cette mission. Mais certains profs ne voient pas l’intérêt d’être profs principaux, puisqu’en raison des différentes spécialités des élèves, ils n’interviennent pas devant l’ensemble de la classe et ne connaissent donc pas bien tous les élèves », constate Philippe Vincent. « Et le fait qu’il faille nommer deux professeurs principaux en terminal [contre un seul précédemment] diminue le vivier des volontaires pour cette mission. Résultat, il me manque toujours un prof principal en première », témoigne Pascal Charpentier. Pour éviter le trou dans la raquette, Pascal Bolloré a opté pour une autre solution : « J’ai davantage sollicité les profs d’EPS que l’an dernier ». Et les enseignants qui ont accepté la mission ne l’ont pas toujours fait très sereinement. « On se demande comment vont se passer les conseils de classe et quel sera le rôle des profs principaux, alors que de très nombreux enseignants interviennent dans une même classe », s’interroge Lysiane Gervais.

« On n’a pas envie que nos lycées se transforment en centres d’examens permanents »

Et la perspective des épreuves communes de contrôle continu en première (histoire-géo, deux langues vivantes, enseignement scientifique et sur la spécialité non retenue en terminale) ne réjouit pas non plus les proviseurs. D’ailleurs, 27 % de ceux qui ont été interrogés par le SNPDEN pensent que ces épreuves de contrôle continu  sont une complication inutile, et la moitié d’entre eux veulent qu’elles soient simplifiées. « Cela va revenir à créer des mini-bacs plusieurs fois dans l’année », déplore Pascal Charpentier. Même son de cloche chez Philippe Vincent : « On n’a pas envie que nos lycées se transforment en centres d’examens permanents. L’an dernier, on organisait un bac blanc une fois, en mars, et tout l’établissement était mobilisé. Mais on ne peut le faire plusieurs fois dans l’année et mettre dehors nos élèves de seconde et de terminale ces jours-là », estime-t-il, tout en prônant un contrôle continu basique.

Enfin, les proviseurs s’interrogent sur le sort des élèves qui ont choisi une spécialité trop difficile pour eux et qui pourraient se retrouver très vite en difficulté, notamment en maths. « Pour éviter qu’il n'y ait pas trop de disparité de niveaux, nous avons regroupé en spécialité maths, les élèves qui n’avaient pas pris parallèlement d’autres spécialités scientifiques », indique Pascal Bolloré. « On pourra réorienter certains élèves dans une autre spécialité en cours d’année, mais de manière exceptionnelle. Pour les autres, on leur proposera de l’aide personnalisée », témoigne Lysiane Gervais.