Marseille : Expulsions, dégradations, le collectif du 5 novembre dénonce les « dérives » de Marseille Habitat

MAL LOGEMENT Une vingtaine de personnes ont été expulsées de leur immeuble par Marseille Habitat alors qu’ils versaient un loyer à un marchand de sommeil

Adrien Max

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Un technicien de Marseille Habitat a dégradé les sanitaires des appartements de l'immeuble.
Un technicien de Marseille Habitat a dégradé les sanitaires des appartements de l'immeuble. — Collectif du 5 novembre
  • Une vingtaine de personnes ont été expulsées de leurs logements lundi, sans raison apparente.
  • Le propriétaire de l’immeuble, Marseille Habitat, aurait ensuite dégradé les appartements, selon le collectif du 5 novembre, pour que les familles n’y retournent pas.

Une scène violente, démunie d’humanité. 23 personnes ont été expulsées violemment de leurs logements, situés 36 rue Curiol à Marseille, lundi après-midi. Une expulsion à l’initiative du bailleur social de la ville, Marseille Habitat, propriétaire de l’ immeuble depuis 2016. Le bailleur, déjà propriétaire d’un immeuble effondré de la rue d’Aubagne, l’avait racheté à la ville qui l’avait elle-même rachetée en 2011 à une société soupçonnée de couvrir des marchands de sommeil, afin d’y éradiquer l’habitat indigne.

« Une personne est venue dans l’immeuble lundi après-midi pour nous demander de quitter les lieux en dix minutes, sans raison. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait partir aussi vite. Ils m’ont expliqué qu’ils avaient gagné contre l’ancien propriétaire et qu’il fallait descendre tous les sacs », raconte Loren, 34 ans, originaire d’Albanie, comme la majorité des résidents.

Dégradations des logements

Loren vit pourtant depuis un an dans un appartement qu’il paye « 250 euros, chaque mois, en liquide ». Il reçoit parfois en échange une quittance de loyer. En réalité, il s’agit toujours d’un marchand de sommeil qui continue de percevoir des loyers, bien que la ville, puis Marseille Habitat étaient propriétaires. Mais selon nos informations, Marseille Habitat a récemment engagé une action en justice contre ce marchand de sommeil, qu’elle a gagné. Ce à quoi faisait référence, lundi, la personne chargée d’évacuer les occupants.

Marseille Habitat, qui a refusé de répondre à nos questions, serait allé encore plus loin. « Au moment où nous étions en train de descendre nos affaires, une autre équipe est arrivée avec des marteaux. Ils ont commencé à casser les sanitaires de tous les appartements », décrit Loren. Dans un premier temps, des témoins ont pensé à une opération de police. Mais Évelyne Deldon, directrice d’exploitation de Marseille Habitat a admis, face à nos confrères de Marsactu, qu' « un technicien est venu rendre les lieux impropres pour ne pas qu’il y ait de retour ». Le bailleur craignait le retour de « squatteurs », en étant pourtant informé depuis un moment que les familles logées dans le bâtiment étaient en règle. Et non dans les lieux pour squatter.

Problème du relogement

C’est seulement à la suite de ces dégradations et bien après l'expulsion des occupants qu’un agent de la mairie aurait annoncé avoir ouvert une procédure de péril imminent de l’immeuble. Impossible dès lors pour les huit familles de réintégrer leurs logements, pour lesquels la plupart avaient des quittances. Lundi, mairie et Marseille Habitat se renvoyaient la balle pour la prise en charge des habitants.

Mais face à la médiatisation de la situation et à la mobilisation du collectif du 5 novembre et des habitants, Marseille Habitat n’a eu d’autres choix que de trouver une solution : « 7 familles sont prises en charge dès ce mercredi soir et relogées en résidence sociale. Trois hommes seuls sont maintenus à l’hôtel et une solution adaptée va être trouvée dès ces prochains jours », annonce le collectif. Une âpre bataille qui ne sera pas restée vaine.