Mis à l’honneur dans le film « La vie scolaire », comment les CPE vivent-ils leur métier ?

EDUCATION Au centre de la vie d’un établissement, le CPE (Conseiller principal d’éducation) est le garant du bon climat scolaire et veille sur les élèves en difficultés

Delphine Bancaud

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Au lycée Edouard Branly de Lyon en mars 2019.
Au lycée Edouard Branly de Lyon en mars 2019. — KONRAD K./SIPA
  • En deux semaines d’exploitation, le film La vie scolaire comptabilise 776.000 entrées. Un succès qui met en lumière le métier de conseiller principal d’éducation.
  • Si aux yeux de beaucoup d’élèves et de parents, l’image du CPE se borne à un garant de l’autorité qui distribue des heures de colle, ses missions sont beaucoup plus étendues et complexes.
  • Bien souvent, les CPE parviennent à influencer le destin de certains élèves, comme ils l’ont confié à 20 Minutes

C’est l’histoire de Samia, CPE dans un collège de Seine-Saint-Denis, qui ne ménage pas ses efforts pour éviter à Yanis, un élève en difficulté, de décrocher. La vie scolaire, film de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, sorti le 28 août, cartonne dans les salles et comptabilise 776.000 entrées en deux semaines d’exploitation. Ce long-métrage met en lumière le métier de Conseiller principal d’éducation (CPE), qui demeure assez mal connu du grand public. « L’identité professionnelle du CPE est assez fragile, car on nous prend généralement pour des " super-pions ". On pâtit de l’héritage du " surgé " (surveillant général), alors que notre métier ne se borne pas à faire appliquer le règlement intérieur de notre établissement », explique à 20 Minutes Christine, CPE dans un lycée technologique du Nord.

Car les CPE sont sur tous les fronts : ils organisent tous les moments où les élèves ne sont pas en classe, encadrent l’équipe des assistants d’éducation, font appliquer le règlement intérieur, gèrent les absences et les retards des élèves, pilotent des projets culturels, accompagnent les élèves qui ont des difficultés sociales ou familiales… « On demande au CPE d’être à la fois pompier, magicien, administratif… Impossible de s’ennuyer dans ce métier », résume Christine. « Et les problématiques auxquels nous sommes confrontés diffèrent selon le type d’établissements dans lequel nous sommes affectés (lycée général, professionnel, collège de Rep, établissement rural ou de centre-ville…). En REP, j’ai été amenée à faire beaucoup plus de discipline, par exemple, mais dans d’autres types d’établissements, j’ai pu davantage me concentrer sur le montage de projets caritatifs ou culturels », souligne celle qui se fait appeler « Mme La CPE » sur Twitter. « Le CPE a une réelle influence sur le climat scolaire », estime de son côté Etienne, qui exerce dans un lycée profession des Hauts-de-France. « S’il ne tient pas son équipe de surveillants, s’il n’assoit pas son autorité, les élèves vont le ressentir et faire n’importe quoi », abonde Mme La CPE.

« On remet un cadre aux élèves qui sont borderline »

Une profession que certains ont épousée un peu par hasard au départ. « Ce n’est pas le métier dont on rêve quand on est petit. Mais j’avais envie de m’occuper de jeunes et je ne regrette pas mon choix », confie Etienne. Pour Mme La CPE, c’est une première expérience de terrain qui lui a donné la vocation : « J’ai découvert le métier quand j’ai été surveillante. Comme j’appréciais le contact avec les élèves, ce métier m’a tout de suite attirée ». « Ce qui m’a séduit, c’est la position nodale du CPE dans l’établissement. Et il accompagne collectivement et personnellement les élèves pour qu’ils réussissent leur scolarité », explique de son côté Christine.

La plupart des CPE ont d’ailleurs conscience d’avoir influé sur le destin de certains élèves. A l’instar d’Etienne : « Souvent, les élèves qui vivent mal leur scolarité sont confrontés à une conjonction de problèmes : une orientation mal choisie, des difficultés scolaires déjà anciennes, des problèmes sociaux et familiaux. Le CPE n’est pas un sauveur, mais le fait qu’il suive individuellement un élève peut lui permettre de raccrocher », estime-t-il. Un avis partagé par Christine : « On remet un cadre aux élèves qui sont borderline. Mais pour y parvenir, il faut être en empathie avec eux », insiste-t-elle. Et chacun d’eux garde en mémoire des histoires très fortes, à l’instar de Pénélope. « Je me souviens d’une élève à qui son père avait rasé la tête car elle avait fait le mur. Il a fallu gérer sa détresse et prévenir les services sociaux », raconte-t-elle, encore émue. Et d’ajouter : « On a tous un Yanis [l’élève du film] dans notre carrière. »

« Les chefs d’établissement ne reconnaissent pas toujours notre efficacité »

Parfois, le CPE se mue en confident : « Lors de ma première année d’exercice, j’ai été confrontée à une jeune fille qui sortait avec beaucoup de garçons et souffrait de l’image que certains élèves lui collaient. Nous avons beaucoup parlé de la notion de consentement, du rapport au corps… Et elle m’a assuré que nos discussions l’avaient aidée à se sentir mieux », relate Mme La CPE. « Certains élèves viennent me confier leurs chagrins d’amour, me demandent des conseils pour leur orientation… Ils me perçoivent comme quelqu’un qui a de l’autorité et qu’il ne faut pas décevoir », confie de son côté Pénélope.

Mais le quotidien des CPE est loin d’être idyllique tout le temps. Les rapports avec les parents d’élèves peuvent être conflictuels, comme l’atteste Pénélope : « Certains parents abondent dans notre sens. D’autres contestent les sanctions que l’on a données à leurs enfants. On récupère leurs frustrations vis-à-vis de l’Education nationale ». Et leurs fonctions ne sont pas toujours valorisées comme elles le devraient : « Les chefs d’établissement ne reconnaissent pas toujours notre efficacité, alors qu’on se donne à 200 % », estime ainsi Pénélope. « Et les élèves sont souvent plus attachés aux profs qu’aux CPE. Ils sont parfois un peu ingrats vis-à-vis de nous. Quant aux ministres de l’Education successifs, ils n’évoquent jamais les CPE dans leur discours », constate de son côté Mme La CPE.

Des frustrations qui ne gomment pas leurs satisfactions professionnelles : « Quand la majorité d’une classe obtient le bac, on se dit que l’équipe pédagogique dont on fait partie a réussi sa mission. C’est très gratifiant. Au fond, notre objectif c’est que tous nos élèves s’insèrent et s’épanouissent dans la vie de la cité », résume Etienne.

* Pour plus d'informations sur le métier, contactez l’ANCPE (Association nationale des CPE) : https://ancpe.com