C'est quoi cette histoire de poulets gorgés d'eau distribués à des associations caritatives ?

CONSOMMATION Des morceaux de poulet, contenant une teneur en eau supérieure à la norme européenne, ont été distribués à des associations caritatives

Manon Aublanc

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Illustration de poulets.
Illustration de poulets. — Pixabay
  • Près de 360 tonnes d’escalopes de poulet gorgées d’eau, qui rétrécissent à la cuisson, ont été distribuées à des associations caritatives.
  • Si les morceaux contiennent une teneur en eau supérieure à la norme européenne, ils ne représentent pas de danger pour la consommation.
  • En juin déjà, des steaks hachés, qui contenaient des excès de gras et des tissus de mauvaise qualité, avaient été envoyés à des associations d’aide aux plus démunis.

S’agit-il d’une erreur ou d’une fraude ? Près de 360 tonnes d’escalopes de poulet, gorgées d’eau, ont été distribuées à des associations caritatives, alors qu’elles avaient été vendues au prix de la viande par un fournisseur danois, a annoncé le réseau des banques alimentaires à 20 Minutes, ce lundi, confirmant des informations de RTL et Franceinfo.

En juin dernier déjà, 1.500 tonnes de « faux steaks », qui contenaient un mélange de gras, de tissus de mauvaise qualité, d’amidon et de soja, mais vendus comme de la viande, avaient déjà été distribuées à des associations caritatives. Les denrées, fournies par une entreprise française s’approvisionnant auprès d’un industriel polonais, ne présentaient aucun danger pour la santé des consommateurs. 20 Minutes fait le point sur ce nouveau scandale alimentaire.

Que s’est-il passé ?

Près de 360 tonnes de poulet, gorgé d’eau, ont été distribuées à plusieurs associations caritatives, dont Les Restos du cœur, le Secours populaire, La Croix-Rouge ou encore des banques alimentaires, alors qu’elles avaient payé ces denrées au prix de la viande. Ces morceaux congelés, sous forme d’escalopes, « rétrécissaient comme une peau de chagrin au cours de la cuisson », explique RTL. Ces barquettes de volaille surgelée sont distribuées, depuis 2018, dans le cadre du Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD), un programme censé aider les plus modestes à consommer des protéines.

Comment l’anomalie a-t-elle été découverte ?

Les contrôles ont été réalisés par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et FranceAgriMer. « Après l’affaire des steaks surgelés, l’administration a décidé de faire des contrôles sur d’autres denrées et a découvert que, sur ces escalopes de poulet, il y avait une teneur en eau supérieure à la norme européenne », précise Jacques Bailet, président du réseau des Banques Alimentaires.

Le produit est-il dangereux pour les consommateurs ?

Suspendue provisoirement le temps d’effectuer les analyses nécessaires, la distribution des escalopes de poulet a repris il y a quelques jours. « L’administration nous a donné son feu vert ces derniers jours pour reprendre la distribution », explique Jacques Bailet.

Selon les analyses des services de l’Etat, si la teneur en eau est supérieure aux normes européennes, la consommation du produit ne présente aucun danger pour la santé. « Les analyses ont montré que le produit était consommable, distribuable, mais qu’il ne correspondait pas aux normes. C’est plus un problème de déloyauté ou de fraude économique que de danger en matière de consommation », explique-t-il, avant d’ajouter : « Le produit ne présente aucun danger, mais procure simplement moins de protéines que prévu. »

Pourquoi une enquête a-t-elle été lancée ?

Pour comprendre comment et pourquoi ces morceaux de poulet ne respectent pas la norme, en matière de teneur en eau, l’Etat a lancé une enquête. L’enquête, qui se concentre en premier lieu sur le fournisseur danois, doit déterminer si ce dernier a délibérément ajouté de l’eau à ses produits pour les vendre au prix de la viande et gonfler ses marges.

« Les services de l’Etat doivent maintenant découvrir à quel niveau la fraude a été commise. Est-ce que le producteur était au courant ? Est-ce qu’il l’a fait sciemment ? Mêmes questions pour l’importateur », explique le président du réseau des banques alimentaires.

Y a-t-il une défaillance dans le contrôle de la qualité de ces denrées ?

Pour le président du réseau des Banques Alimentaires, la réponse ne fait aucun doute : « Le processus actuel de contrôle de la qualité doit être très sérieusement amélioré. » Fin juillet, le Sénat avait rendu un rapport sévère sur le sujet, réclamant notamment l’amélioration du cahier des charges des appels d’offres. « Les banques alimentaires n’ont aucun moyen de faire des contrôles fiables sur un nombre de denrées aussi élevé. Pour les steaks hachés, par exemple, nous en avions reçu 480 tonnes, soit 4.800.000 steaks », s’alarme Jacques Bailet, ajoutant : « C’est à l’Etat, à l’administration, à FranceAgriMer de mettre en place le process de contrôle. »

En réponse, les services de l’Etat ont annoncé, ce lundi, un renforcement des contrôles des denrées destinées à l’aide alimentaire. « Dans le cadre d’un plan d’actions, il a été décidé d’intensifier les contrôles réalisés par les services de l’État dès la fin de cette année », annoncent les ministères de la Santé, de l’Economie et de l’Agriculture, dans un communiqué conjoint. Contacté par 20 Minutes, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ( DGCCRF) n’a pas souhaité s’exprimer.