Polémique sur « caucasiens » et « africains » : Pourquoi une étude sur l'empathie a suscité l'incompréhension sur les réseaux sociaux

FAKE OFF Une diapositive montrant des catégories « caucasiens » et « africains » a créé une vague de réactions. Elle est issue d'une étude qui n'est « en aucun cas une comparaison des performances cognitives en fonction de l'origine ethnique », précise l'université Paris Descartes

M.Co.

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Selon les premiers résultats de l'étude,  qui doivent être confirmés,des « stéréotypes » affectant notre capacité à se mettre à la place de quelqu'un d'autre pourraient apparaître à l'adolescence.
Selon les premiers résultats de l'étude, qui doivent être confirmés,des « stéréotypes » affectant notre capacité à se mettre à la place de quelqu'un d'autre pourraient apparaître à l'adolescence. — POL EMILE/SIPA
  • Une diapositive montrant des catégories « caucasiens » et « africains » a créé une vague de réactions sur les réseaux sociaux.
  • La diapositive est issue d’une étude qui n’est « en aucun cas une comparaison des performances cognitives en fonction de l’origine ethnique », précise l’université Paris Descartes.
  • Les travaux portent sur « les stéréotypes sociaux, souvent implicites, qui peuvent affecter la capacité à se mettre à la place de quelqu’un d’autre », explique Ania Aïte, qui travaille sur l’étude.

L’étude a suscité l’incompréhension sur les réseaux sociaux. Jeudi, les étudiants de l’INSPE (institut national supérieur du professorat et de l’éducation) de Paris, qui forme le corps enseignant, faisaient leur rentrée. Une rentrée animée par une conférence inaugurale, à laquelle assistait une amie de Morgane Merteuil, une militante féministe, comme elle l’expliquait dans un tweet publié jeudi midi : « Une copine a sa journée d’accueil à l’INSPE (..) de Paris 4 ce matin. Au programme, les différences de capacités cognitives/empathiques entre “caucasiens” et “africains” ».

Le tweet est accompagné d’une photographie d’une diapositive. La diapositive est tirée d’une étude portant sur « le contrôle de soi et la métacognition (penser ses pensées) au service des apprentissages ».

Sur cette diapositive, une question : « Comment le groupe d’appartenance influe-t-il sur notre capacité à prendre la perspective d’autrui au cours du développement ? ». Un graphique visualise des résultats, répartis en trois catégories : « enfants », « adolescents » et « adultes ». Dans chacune de ces catégories, les résultats sont séparés entre « caucasiens » et « africains ». Il est précisé que l’étude est « en préparation ».

La photographie a fait réagir, des internautes dénonçant « un retour au XIXe siècle ».

FAKE OFF

L’étude, tirée de travaux du laboratoire LaPsydÉ, un laboratoire « de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant », n’est « en aucun cas une comparaison des performances cognitives en fonction de l’origine ethnique, comme cela a pu être interprété », précise l’université Paris Descartes, dont dépend le laboratoire. Ces travaux portent sur « la difficulté des élèves à “se mettre à la place de l’autre” », détaille l’université.

L’étude a été « sortie de son contexte », ajoute l’université sur son compte Twitter. La diapositive « présente une étude qui montre que les stéréotypes sociaux implicites ont la vie dure et insiste au contraire sur l’importance de l’éducation à la tolérance, un sujet majeur pour de futurs enseignants (…) », développe l’université.

Il fallait lire que des enfants auraient légèrement plus de difficulté à se placer dans la perspective d’un avatar perçu implicitement comme « caucasien » que d’un avatar perçu implicitement comme « africain », même si cette différence n’est pas significative. Pour le deuxième bloc, il fallait lire que les adolescents pourraient cette fois avoir une difficulté plus grande à se mettre dans la perspective d’un avatar perçu implicitement comme « africain » que dans celle d’un avatar perçu implicitement comme « caucasien ».

Comprendre comment peut être affectée notre capacité à se mettre à la place de l’autre

La présentation devant les étudiants de l'INSPE a été animée par Ania Aïte, maître de conférences en psychologie du développement. « J’ai choisi de parler de travaux autour du contrôle de soi, explique-t-elle. Nos travaux en laboratoire montrent qu’on a parfois des réponses automatiques. Ces réponses peuvent gêner notre capacité à se mettre à la place de quelqu’un d’autre pour mieux comprendre ses comportements et ses décisions. »

Avec cette étude, la chercheuse s’attache à étudier « les stéréotypes sociaux, souvent implicites, qui peuvent affecter la capacité à se mettre à la place de quelqu’un d’autre ». La recherche porte sur trois biais : le « genre », « l’âge » et « l’ethnie ». L’objectif : évaluer et mieux comprendre ces « stéréotypes implicites » afin de « mieux les combattre » à l’école et dans la société.

Des expériences avec des avatars

Pour les mesurer, l’équipe de la PsyDÉ a utilisé des expériences « où des images d’avatars varient selon le genre, l’âge ou l’origine ethnique perçue implicitement. » Les participants sont invités à se mettre à la place de chacun de ces avatars pour déterminer dans quelle main ils tiennent une balle. Sur la diapositive, les catégories « caucasiens » et « africains », perçues implicitement par les participants, renvoient à ces avatars et non aux participants.

L’équipe n’a pas encore pu traiter toutes les données de l’étude. Les premiers résultats montrent que « l’ensemble de ces stéréotypes qui peuvent affecter des capacités aussi simples que notre capacité à se mettre à la place de quelqu’un d’autre pourrait apparaître à l’adolescence. Mais cela reste à confirmer ». Une connaissance qui permettrait d’être vigilant pendant l’enfance pour éviter la formation de ces stéréotypes.

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