VIDEO. Marseille : « Ce samedi, on criera au secours à ce maire », des Marseillais dans la rue contre l’habitat indigne

HABITAT INDIGNE Dix mois après la rue d’Aubagne, des Marseillais qui vivaient dans des logements indignes dorment à l’hôtel après un incendie. Une marche pour les délogés est organisée samedi

Mathilde Ceilles

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Un poster de Jean-Claude Gaudin rue de la Palud, où des immeubles délabrés ont été détruits
Un poster de Jean-Claude Gaudin rue de la Palud, où des immeubles délabrés ont été détruits — GERARD JULIEN / AFP
  • Ce samedi est organisée à Marseille une marche des délogés.
  • Elle partira de Maison Blanche, une copropriété dégradée touchée par un violent incendie.
  • Les habitants de Maison Blanche viennent gonfler le nombre de Marseillais qui dorment à l’hôtel, faute de vivre dans un logement décent.

« Ce samedi, on criera au secours à ce maire. On marche vers toi, Gaudin, mais on ne vient pas te frapper. Ne nous accueille pas avec des CRS, mais accueille-nous avec des solutions. » Ce samedi, Naer Abdallah fera partie des Marseillais qui investiront le centre-ville. Plusieurs collectifs appellent en effet à une grande marche pour tous les délogés et contre l'habitat indigne.

Et ce, près de dix mois jour pour jour après l’effondrement de plusieurs immeubles rue d’Aubagne, qui a entraîné la mort de huit Marseillais. Il faut dire que, malgré le temps écoulé, la crise du logement indigne semble toujours d’actualité. Pour cette nouvelle mobilisation, la marche partira du quartier d’où Naer Abdallah est originaire, lui qui a cofondé le collectif des habitants de Maison Blanche.

Une copropriété dégradée

Maison Blanche. Rien à voir avec le célèbre bâtiment américain. Cette cité des quartiers Nord de Marseille est une copropriété privée, fortement dégradée, au point qu’elle a intégré la liste des copropriétés privées prioritaires du gouvernement. « Il y a des balcons totalement fissurés, des logements avec des pièces dans le noir, ou d’autres dans lesquels, quand vous faites le ménage, l’eau passe par le plafond et rentre chez le voisin », énumère Naer Abdallah.

En 1981, le quartier avait été endeuillé après une explosion de gaz qui avait fait plusieurs morts. Récemment, un nouveau drame a secoué le quartier. Le 23 août, une barre de douze étages a été le théâtre d’un violent incendie, parti d’un balcon du quatrième étage et qui n’a pas fait de victime.

« Comme si aucun cadre n’avait été mis en place »

Depuis l’incendie, la mairie a pris en charge le relogement d’urgence des familles. Mais non sans difficulté : une partie a dû loger à l’hôtel, d’autres dont les appartements sont « réintégrables » sont aidés par le collectif des habitants de Maison-Blanche.

Dans une lettre ouverte à l’adjoint au maire en charge de la prévention et la gestion des risques urbains, Julien Ruas, et au ministre du Logement, Julien Denormandie, et publiée dans La Marseillaise, plusieurs collectifs, associations, syndicats et partis politiques déplorent la situation. « À la veille de la rentrée scolaire, les familles évacuées de Maison Blanche viennent gonfler les rangs des 3.500 Marseillais délogés depuis novembre, et se retrouvent à leur tour à errer d’hôtel en hôtel, d’une démarche administrative à l’autre, dans une situation aussi chaotique que les premiers délogés de la rue d’Aubagne, comme si aucun cadre n’avait été mis en place ces derniers mois pour améliorer la prise en charge des délogés » peut-on ainsi lire.

« #FousLeFeuATonBalconPourAvoirUnLogementSocial », lance un élu

Une charte pour la prise en charge des délogés a en effet été récemment adoptée par le conseil municipal de Marseille après des semaines de négociation entre mairie et collectifs. Et d’appeler notamment à ce que Julien Ruas, « visage de l’indignité municipale » soit « immédiatement suspendu de sa délégation ». « Les élus se disent garants des citoyens, justifie Naer Abdallah. On leur demande de prendre cette responsabilité et de nous prendre en charge. » « L’habitat indigne a toujours été là, dans la deuxième ville de France, et l’on a pas réussi à mettre en place une politique, accuse Badra Delhoum, du collectif du 5 Novembre : Noailles en Colère. Il y a une volonté de laisser certains quartiers à l’abandon ! La crise est toujours d’actualité ! »

« La charte ne peut être appliquée ici, car ces gens ont été victimes d’un incendie, et dans ce cadre-là, comme pour tout incendie, il en relève des assureurs, s’agace Julien Ruas. Nous avons pris en charge ces gens car les propriétaires étaient absents. » « Cela n’a rien à voir avec la rue d’Aubagne, abonde Patrick Padovani, adjoint à la santé. Ici, cela relève du domaine privé. Partant de ce principe-là, ça ouvre la porte au #FousLeFeuATonBalconPourAvoirUnLogementSocial que j'ai pu lire sur les réseaux sociaux! » Selon la mairie, onze familles de Maison Blanche sont toujours à l’hôtel, hébergées par la municipalité.