Lyon : Les chauffeurs de bus inquiets pour leur sécurité réclament davantage

SECURITE Après la récente agression mortelle à Villeurbanne et l’attaque d’un conducteur à coups de marteau, les chauffeurs de bus font part de leur inquiétude pour leur sécurité

Elisa Frisullo

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Illustration de la ligne de bus C3.
Illustration de la ligne de bus C3. —
  • L’agression mortelle à Villeurbanne a ravivé le sentiment d’insécurité des conducteurs de bus qui font part de leurs craintes au quotidien.
  • Ils réclament davantage de moyens pour les protéger, à commencer par une plus grande présence sur le terrain.
  • Keolis assure que la sécurité est une priorité et détaille les moyens mis en œuvre sur le réseau.

La récente actualité est venue raviver à Lyon le sentiment d’insécurité dans les rangs des conducteurs de bus. Depuis l’agression mortelle survenue le 31 août à Villeurbanne près de Lyon, au cours de laquelle un jeune homme a été tué et huit personnes blessées, les langues se délient aux TCL au sujet des incivilités quasi quotidiennes et agressions de personnels.

L’attaque survenue à Laurent-Bonnevay, au cours de laquelle trois chauffeurs de bus sont intervenus pour convaincre le principal suspect de lâcher ses armes, a beaucoup choqué les employés de Keolis, exploitant du réseau TCL. D’autant que quelques jours avant ce drame, un conducteur de la ligne 37 a été agressé à coups de marteau.

« Tout l’été, on a crié au loup en expliquant que c’était très tendu à Laurent-Bonnevay, et on n’a pas été écoutés. Je n’imaginais pas une chose pareille, mais on s’attendait tous à ce qu’il se passe quelque chose », souligne Olivier, conducteur de nuit depuis six ans aux TCL.

« Laurent-Bonnevay, plaque tournante de la drogue »

« Laurenat-Bonnevay, c’est une plaque tournante de la drogue, énormément de stupéfiants circulent. Et il y a des rodéos en permanence, des voitures qui traversent à une allure folle », ajoute ce chauffeur, agressé à trois reprises par le passé. « La dernière fois, je me suis pris une droite d’une dame parce que je ne l’avais pas vue à un arrêt ». Au-delà des agressions physiques, les conducteurs font état d’incivilités devenues presque quotidiennes.

« Depuis mon arrivée aux TCL il y a treize ans, les rapports ont bien changé avec la clientèle. L’agressivité des clients est omniprésente mais ne dépasse pas l’insulte le plus souvent », renchérit un autre chauffeur contacté par 20 Minutes. « Après je ne viens pas travailler la peur au ventre, ce serait mentir. Je ne pense pas à ça et je gère les situations le moment venu. Sinon je ne pourrais pas m’en sortir », ajoute ce conducteur d’une ligne de banlieue, critique vis-à-vis de sa direction.

Critiques envers la direction

« L’entreprise selon moi ne fait rien pour sécuriser notre travail. Nous faisons souvent remonter les problèmes que nous avons rencontrés durant nos services via une fiche de déclaration d’incident. Mais celles-ci sont constamment sans suite. On ne nous demande même pas comment on va après un incident », déplore-t-il.

Un sentiment partagé par cet autre chauffeur circulant à Lyon et dans le Val de Saône et souhaitant lui aussi témoigner anonymement. « Les chefs évitent de nous dire quand il y a eu une agression pour ne pas qu’on fasse grève. Parfois, ça finit par se savoir, parfois non, lâche ce quadragénaire, arrivé il y a peu chez Keolis. Il y a des secteurs plus sensibles. Mais globalement je me sens bien et j’évite de penser aux agressions. Après, forcément avec l’actualité récente, on y pense un peu », confie-t-il.

Pour améliorer leur sécurité et celle de leurs passagers, les chauffeurs ne manquent pas d’idées. Après l’agression d’un des leurs à coups de marteau, une pétition demandant la mise en place de vitres de protection pour les conducteurs de bus a été mise en ligne. « Cela nous protégerait mais cela nous mettrait aussi dans une cage, je ne sais pas si c’est la solution, ajoute Olivier, convaincu que le meilleur moyen pour renforcer la sécurité est la présence humaine. Avant il y avait des contrôleurs la nuit et des agents de sécurité dans les bus, mais ils ont été enlevés. Depuis janvier, il n’y avait plus personne le soir à Bonnevay. La présence humaine, ça rassure les chauffeurs et les passagers ».

La sécurité, une priorité selon Keolis

Contactée sur ce sujet, la direction de Keolis Lyon ne « nie pas la situation ». « La sécurité, c’est clairement une priorité chez Keolis. C’est dans l’ADN de la boîte, indique Audrey Hippert, direction d’exploitation des bus, contrôles et interventions. Cela représente un budget de 27 millions d’euros par le Sytral ». Pour assurer la sécurité des agents et des usagers, 7.500 caméras ont été déployées sur le réseau, où selon l’exploitant, les agressions sont en baisse de 7 % depuis le début de l’année.

Tous les bus sont équipés. Sur les 500 agents assermentés, 50 sont dédiés à des équipes mobiles qui sillonnent les dix zones du réseau. « Une sur chaque zone le matin, puis deux de 11 heures à la fermeture du réseau », assure la responsable de Keolis, qui fait aussi appel à des agents de sécurité du privé. « Ils sont affectés, en fonction des tensions ou remontées du terrain, en statique sur certains secteurs », précise l’entreprise, qui a rencontré les chauffeurs de bus la semaine passée.

La question des vitres (pérennes ou amovibles) de protection dans les bus, évoquée en 2018, puis abandonnée, devrait faire l’objet de nouvelles études et échanges chez Keolis entre les personnels et la direction. « Ce n’est pas un sujet clos. Il faudrait trouver le système le plus adapté. Car sur les agressions, cela n’aurait pas d’effets. Ce ne sont pas de vitres blindées et la plupart au temps les conducteurs n’ont pas le temps de la remonter », ajoute Audrey Hippert. « Aujourd’hui, beaucoup de choses se passent dans la société. Nous faisons le maximum mais nous ne pouvons pas tout maîtriser », conclut-elle.