« Thérapies de conversion sexuelle » : « Ces pratiques indignes ne reposent sur aucun fondement médical ou thérapeutique »

INTERVIEW La députée LREM de l’Allier Laurence Vanceunebrock-Mialon a lancé en juillet mission parlementaire « sur les pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne »

Propos recueillis par Manon Aublanc

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Un couple de femmes s'embrasse sur le Pont de Bir-Hakeim à Paris, le 14 février 2018.
Un couple de femmes s'embrasse sur le Pont de Bir-Hakeim à Paris, le 14 février 2018. — ALAIN JOCARD / AFP
  • Les « thérapies de conversion » sont censées faire changer un individu d’orientation sexuelle ou d’identité de genre. « Stages », « soins » et « séminaires », en France, la pratique est beaucoup plus officieuse qu’aux Etats-Unis.
  • Une mission parlementaire « sur les pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne » a été lancée en juillet.
  • Laurence Vanceunebrock-Mialon, députée La République En Marche (LREM) de l’Allier, prépare une proposition de loi visant à mettre fin à ces pratiques.

Relativement connues aux Etats-Unis sous le nom de «thérapies de conversion sexuelle», en France, ces « stages », «soins» ou « séminaires » sont beaucoup plus « officieux ». Mais le but reste le même : amener une personne homosexuelle ou transgenre à changer d’orientation sexuelle ou à choisir la chasteté.

Si le Parlement européen a adopté, en mars 2018, un texte non contraignant appelant les États à interdire ces pratiques, rien dans la loi française n’empêche pourtant ces « thérapies ». Une mission parlementaire « sur les pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne » a été lancée cet été en France. Depuis plus d’un an, Laurence Vanceunebrock-Mialon, députée La République En Marche (LREM) de l’Allier, prépare une proposition de loi visant à mettre fin à ces pratiques qu’elle juge « indignes ». 20 Minutes l’a interrogée.

En quoi consistent ces « thérapies de conversion sexuelle » ?

Les thérapies de conversion désignent un ensemble de pratiques physiques et psychologiques qui visent à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Elles peuvent être menées discrètement par des « thérapeutes », qui s’autoproclament experts sur la question, ou par des représentants ou fidèles de cultes ou de croyances, qui se proposent de « guérir » les homosexuels et les transgenres.

Ces « thérapies » prennent la forme d’entretiens, de stages ou, pire encore, de traitements par électrochocs et d’injection d’hormones. Elles peuvent altérer le jugement de la victime en lui faisant croire qu’une modification de son orientation sexuelle ou de son identité de genre est possible. Il faut quand même savoir que la France a officiellement retiré l’homosexualité et les troubles de l’identité de genre de la liste des affections psychiatriques respectivement en 1981 et en 2010. Ces « thérapies » indignes ne reposent donc sur aucun fondement médical ou thérapeutique.

Ces pratiques sont-elles courantes en France ?

Ces « thérapies de conversion » existent en France, mais tant que les auditions ne sont pas terminées, on ne peut pas donner plus de précisions. Ce que l’on peut dire, c’est que, selon les chiffres de SOS homophobie sur les comportements homophobes en France, en 2017, il y a une augmentation de 15 % du nombre d’agressions physiques LGBTphobes par rapport à 2016. Ce climat facilite entre autres l’émergence de telles « thérapies », qui, en plus, ne sont pas officiellement interdites dans notre pays.

Pourquoi avez-vous lancé une mission d’information parlementaire ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que le Parlement européen a adopté, le 1er mars 2018, une motion condamnant les « thérapies de conversion » et a appelé les États membres de l’Union européenne à légiférer pour les interdire. Certains pays ont prévu d’interdire ces pratiques, voire ont déjà légiféré. C’est le cas de Malte qui a fait passer une loi en 2016. En France, ces pratiques existent et ne sont pas légalement interdites. La création de cette mission d’information va permettre de récolter les témoignages, qui serviront de complément et de matière à la proposition de la loi sur l’interdiction des « thérapies de conversion ».

Que contient votre proposition de loi ?

Elle va permettre, par la création d’une nouvelle infraction, de qualifier juridiquement toutes les pratiques fondées sur la croyance erronée que l’orientation sexuelle et l’identité de genre peuvent être « modifiées ». La proposition de loi, dans son état actuel, vise à ajouter une série d’articles au code pénal, pour couvrir le champ large auquel les « thérapies de conversion » peuvent renvoyer. Le texte introduit également des facteurs aggravants, comme la situation des mineurs ou des personnes en situation de vulnérabilité.