Congé paternité: L'Autriche allonge la durée à un mois… Une réelle avancée ?

ÉGALITÉ HOMME-FEMME A compter de ce dimanche, l’Autriche permet à tous ses jeunes papas de partir en congé paternité pour une durée d’un mois, suivant ainsi l’exemple d’autres pays européens. Et si tout n’est pas qu’une question de durée ?

F.P.

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En France, la loi ne prévoit qu'un congé paternité facultatif de onze jours contre seize semaines, dont huit obligatoires pour la mère.
En France, la loi ne prévoit qu'un congé paternité facultatif de onze jours contre seize semaines, dont huit obligatoires pour la mère. — Pixabay
  • Depuis ce dimanche, l’Autriche permet à tous les hommes de partir en congé paternité pour une durée d’un mois. Vienne suit ainsi les évolutions d’autres pays occidentaux, comme l’Espagne qui a porté le congé paternité à huit semaines, ce printemps dernier.
  • Cependant, ce congé de paternité ne sera indemnisé que 700 euros. « Or, c’est un argument de poids dans la prise ou non d’un congé paternité », souligne Patrice Bonfy, fondateur de Paternel, site d’informations sur les questions de parentalité.
  • Inciter les pères à prendre leurs congés paternités, notamment pour réduire les inégalités hommes/femmes, est un enjeu plus complexe qu’il n’en paraît, poursuit Patrice Bonfy. La preuve en France.

Un mois pour pouponner. L’Autriche vient d’élargir le cercle des hommes pouvant profiter de 30 jours de congé paternité. Jusque-là, la mesure, instaurée en 2017, bénéficiait aux seuls fonctionnaires. A compter de ce dimanche, les employeurs du privé ne pourront plus refuser cette mise en disponibilité de leurs salariés.

L’Autriche suit ainsi les évolutions d’autres pays occidentaux, comme l’Espagne qui, au printemps dernier, a fait passer le congé paternité à huit semaines. Patrice Bonfy, fondateur du Paternel, site d’informations en ligne sur les questions de la parentalité, évoque une évolution « qui va dans le bon sens », mais invite à se pencher sur les détails. « La durée du congé paternité n’est pas le seul critère à prendre en compte, précise-t-il. La rémunération de ce congé joue aussi énormément dans le fait qu’il soit pris ou pas. »

Pas qu’une question de durée

Or, c’est sans doute l’une des faiblesses du système autrichien : tout employé faisant valoir son droit à un mois de congé paternité sera indemnisé à hauteur de 700 euros par la sécurité sociale. « Cela reste pour beaucoup de personnes un sacrifice financier important », reprend Patrice Bonfy.

En France, depuis 2002, les hommes ont droit, en plus d’un congé de naissance de trois jours, plus  un congé paternité de onze jours, pleinement rémunéré. « C’est-à-dire qu’il est rémunéré sous forme d’indemnités journalières de l’assurance-maladie sur la base du salaire du père concerné avec un plafond de 86 euros », précise Patrice Bonfy.

Ce congé paternité, facultatif, trouve son public puisqu’il est pris par sept pères sur dix, évaluait une étude du ministère des Affaires sociales en mars 2016.

Des appels répétés à améliorer le congé paternité français

Malgré tout, de nombreuses voix appellent à une amélioration du congé paternité français. Dans un rapport publié en février dernier, le Haut conseil de la famille, de l'enfance et de l’âge préconisait notamment d’allonger le congé paternité pour le porter à un mois. En novembre 2017, dans le magazine Causette, quarante personnalités masculines (dont le rappeur Oxmo Puccino, l’économiste Thomas Picketty ou l’humoriste Guillaume Meurice) demandaient, de leur côté, un allongement du congé paternité « à six semaines indemnisées obligatoire ». Le 16 juin dernier, une nouvelle tribune, cette fois-ci publiée dans Le Monde, et signée entre-autre par Patrice Bonfy, soulignait « l’absolue nécessité de la réforme du congé du deuxième parent » et demandait qu’il soit aligné sur la durée du congé maternité. Soit, pour une salariée française, seize semaines dont huit obligatoires.

L’enjeu n’est pas seulement de donner plus de temps aux pères – ou au deuxième parent du couple- pour nouer des liens avec leur enfant. « Il est aussi de combattre les inégalités homme-femme à la maison et au travail, avance Patrice Bonfy. Cet alignement du congé du père sur celui de la mère permettrait déjà une plus juste répartition des tâches domestiques. Mais ce congé maternité pénalise aussi la carrière des mères car elles sont obligées de s’arrêter huit semaines dans le cas de la naissance d’un enfant. Puisque les pères n’ont pas cette même obligation, cela crée un biais dans les recrutements et les promotions. »

Un congé parental trop peu indemnisé ?

Pour Patrice Bonfy, les équilibres à trouver sont plus complexes qu’il ne paraît. Tout ne se résume d’ailleurs pas aux congés paternité et maternité. En France, par exemple, s’ajoute aussi le congé parental qui peut durer jusqu’à six mois jusqu’au premier anniversaire de l’enfant. Cette fois-ci, les deux parents sont sur un pied d’égalité. Le hic ? Il y a très peu de pères mais aussi très peu de mères à prendre aujourd’hui ce congé parental. « Il est en train de mourir », alertait Yvon Serieyx, spécialiste « conciliation vie familiale et professionnelle » à l ’Union nationale des associations familiales (UNAF), au micro d’ Europe 1, le 10 avril dernier : « Il y a dix ans, il y avait environ un quart des enfants qui étaient concernés par un congé parental, aujourd’hui, il n’y en a plus que 14 % et seulement 7 % à temps plein. »

« Trop peu de Français connaissent ce dispositif », pointe Tristan Champion, papa expatrié en Norvège, où il tient le blog barbapapa et prépare un livre sur le congé parentalité. S’ajoute surtout à cela une faible rémunération plafonnée à 396 euros par mois. « C’est pour bon nombre de familles rédhibitoire, la perte d’argent étant trop importante, regrette Patrice Bonfy. Non seulement donc, ces congés parentaux sont peu pris mais ils le sont encore moins par les pères puisque les inégalités de salaires qui persistent aujourd’hui font que ce sont souvent eux qui gagnent le plus au sein du couple. Une nouvelle fois, la carrière de la mère se retrouve souvent mise entre parenthèses. »

Un modèle norvégien qui fait rêver

Alors que faire ? S’expatrier en Norvège comme Tristan Champion ? « Le modèle a ses avantages, raconte celui qui en a pu profiter pour son deuxième enfant. Les deux parents ont jusqu’à 46 semaines de congé parentales, indemnisé à 100 % du salaire (avec un plafond à 5.800 euros brut par mois), à se partager. Dans ces 46 semaines, trois semaines sont réservées à la mère, avant l’accouchement, et quinze autres à prendre automatiquement à la naissance. De son côté, le père a aussi un quota de 15 semaines qui sont perdues si elles ne sont pas prises. »

Ce système norvégien n’est pas parvenu à ce jour à l’égalité parfaite homme-femme face à la parentalité. « 30 % des pères ne prennent pas de congés parentaux et 33 % prennent ce minimum de 12 semaines », précise Tristan Champion. Mais c’est beaucoup moins qu’il y a dix ans et il est aujourd’hui très bien accepté, dans la société norvégienne, que les pères s’arrêtent de travailler un temps pour s’occuper de travailler. »

« Des améliorations à apporter au système français »

Si ce modèle norvégien semble difficilement transposable à la France, du moins dans son intégralité, Patrice Bonfy cite plusieurs points d’améliorations à apporter au congé parental français. « Il s’agirait déjà de mieux informer les parents de la possibilité de ces congés parentaux et valoriser les pères qui le prennent, avance-t-il. Un exemple : depuis mars, les entreprises ont pour obligation d’établir leur index de l'égalité Femmes-Hommes pour réussir l'égalité professionnelle. Plusieurs indicateurs sont pris en compte : les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, les écarts des augmentations entre les femmes et les hommes, les écarts de répartition des promotions… On pourrait ajouter à la liste la prise de congé parental par les hommes. »

Il reste tout de même à régler l’épineuse question des 396 euros, le montant de l’indemnisation allouée par mois pour un congé parental. Sur ce point, Patrice Bonfy n’attend pas tout de l’État : « C’est aussi aux entreprises de jouer via, notamment, les conventions collectives. »

*Cet été, la France a prolongé.