VIDEO. Face aux menaces de Donald Trump, les viticulteurs de Provence gardent le cap et regardent à l'est

TAXES ET EXPORTATION Les producteurs de rosé de Provence ne veulent plus dépendre des Etats-Unis, qui représentent la moitié des exportations

Caroline Delabroy

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Face aux menaces américaines, les viticulteurs lorgnent sur de nouveaux marchés. (Photo d'illustration)
Face aux menaces américaines, les viticulteurs lorgnent sur de nouveaux marchés. (Photo d'illustration) — GERARD JULIEN / AFP
  • L'heure est aux vendanges dans le vignoble provençal, où la récolte s'annonce de grande qualité.
  • Pour le moment rassurés sur les menaces américaines de taxer le fin français, après le G7 de Biarritz, les producteurs de rosé n'en prennent pas moins l'affaire au sérieux.
  • Une stratégie se met en place pour conquérir de nouveaux marchés de l'Asie et du Pacifique.

Les récentes menaces de Donald Trump de taxer le vin français en représailles de la taxe Gafa sur les géants du Web ? Du pied de la montagne Sainte-Victoire en Provence, où il vit et veille au début des vendanges dans les trois domaines viticoles familiaux, Olivier Sumeire reste serein. Après le G7 de Biarritz, il perçoit « plus d’apaisement que d’énervement » côté diplomatique, et l’heure est au plaisir de la récolte très qualitative qui s’annonce, avec « un raisin d’une qualité exceptionnelle ».

L’enjeu est pourtant de taille pour ce producteur de rosé (2,5 millions de bouteilles l’an passé) dont 20 % des ventes se font aux Etats-Unis, où il est présent depuis une dizaine d’années. Aussi l’escarmouche américaine a joué les piqûres de rappel : « Il ne faut pas être dépendant d’un client, c’est la leçon de tout ça, poursuit Olivier Sumeire. Nous allons continuer à défendre nos vins aux Etats-Unis et nous développer ailleurs dans le monde, même si on a des difficultés sur les marchés asiatiques où l’idée que le vin est rouge reste encore fortement ancrée. »

« L’exportation, c’est très long et coûteux »

Président du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP), par ailleurs négociant et récent propriétaire du château L’Arnaude à Lorgues, Jean-Jacques Bréban ne dit pas autre chose : « Cela nous a permis d’ouvrir les yeux sur la nécessité d’aller sur de nouveaux marchés, comme nous le faisons déjà depuis deux ans avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande ». Singapour, la Thaïlande, Taïwan, Hong Kong ou la Corée sont ainsi dans la ligne de mire du CIVP, qui a prévu des actions de communication en ce sens (conférences de presse, salons, etc.).

Le cas de la Chine semble plus difficile, même s’il n’est pas désinvesti par les promoteurs du rosé de Provence. « Nous avons invité cet été une jeune égérie, artiste de clip vidéo, à découvrir notre vignoble, relate Jean-Jacques Bréban. Là-bas, nous avons accès à la télévision et une carte à jouer sur le côté romantique de la Provence. » Reste que « l’exportation, c’est très long et coûteux », rappelle le président du CIVP. « Nous avons pris le marché américain à zéro, le début a été difficile, l’intérêt était faible », se souvient ainsi Olivier Sumeire.

Un vin gourmand mais sans sucre, qui plaît au consommateur américain

Aujourd’hui, selon la filière, les rosés de Provence tirent un chiffre d’affaires de 134 millions d’euros, porté par une progression annuelle de 30 % des ventes Outre-Atlantique (les Etats-Unis représentent 41 % de l’ensemble des exportations). Il faut dire qu’une bouteille de rosé se vend entre 20 et 25 dollars. Comment expliquer cet immense succès sur le marché américain ? « D’années en années, le vignoble provençal a mis au point un produit qui est redoutable, des vins fins, frais, fruités et qui correspondent à l’air du temps et aux codes de consommation aujourd’hui, analyse Gilles Masson, directeur du Centre du Rosé, lieu dédié à la recherche. Nous avons créé un vin gourmand mais sans sucre, en utilisant les parfums naturels du raisin, ce qui pour les consommateurs américains était nouveau. »

Le rosé de Provence gagnera-t-il le cœur des nouveaux marchés ciblés ? Gilles Masson rappelle qu’il « n’y a pas de recette marketing » en la matière. Les viticulteurs ne semblent en tout cas pas perdre le sourire. « On n’a jamais autant parlé de notre vin, c’est la première fois que j’entends un président de la République parler du rosé à la télévision », pointe Jean-Jacques Bréban. Et avant de repartir arpenter son vignoble de la Sainte-Victoire, Olivier Sumeire glisse, presque amusé : « Je ne peux que sourire qu’on soit devenu un enjeu de commerce extérieur, c’est flatteur ! »