Toulouse : Malvoyant, David Labarre s’attaque à l’ascension du Mont-Blanc

ALPINISME Après avoir escaladé le pic d’Aneto, toit des Pyrénées, en 2018, l’ancien médaillé paralympique de cécifoot David Labarre franchit un cap, avec l’ascension du Mont-Blanc à partir de samedi

Nicolas Stival
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Après le pic d'Aneto dans les Pyrénées, David Labarre, malvoyant de 31 ans, va escalader le Mont-Blanc.
Après le pic d'Aneto dans les Pyrénées, David Labarre, malvoyant de 31 ans, va escalader le Mont-Blanc. — David Labarre
  • Fort de son expérience pyrénéenne du pic d’Aneto, David Labarre (31 ans) va escalader le Mont-Blanc.
  • Malvoyant, le médaillé d’argent paralympique de cécifoot aux Jeux de Londres, en 2012, enchaînera tout de suite par un autre sommet alpin, en attendant de voir encore plus haut.

Si vous avez récemment croisé dans votre immeuble toulousain un jeune homme grimpant à toute vitesse les escaliers jusqu’au quatrième étage, équipé d’un gros sac à dos, David Labarre est sans doute votre voisin. Lesté de six kilos, l’aventurier de 31 ans enchaîne régulièrement 20 fois cette prouesse, dans un but bien précis : préparer l’ascension du Mont-Blanc, à partir de samedi.

Même si les amateurs se bousculent pour gravir le plus haut sommet d’Europe occidentale, atteindre ses 4.809 m reste une performance de haut vol. Surtout comme, lorsque le Haut-Garonnais, on est malvoyant de naissance. « Je ne suis pas un porte-parole, je le fais d’abord pour moi, prévient David Labarre, accompagné pour l’occasion de cinq personnes, guides, vidéaste et journaliste. Je prends beaucoup de plaisir. Après, si ça peut servir à des gens, tant mieux… »

Lors d'un entraînement d'escalade.
Lors d'un entraînement d'escalade. - David Labarre

Le vice-champion paralympique de cécifoot en 2012, soutenu notamment par le TFC, son ancien club, est du genre hyperactif. L’an dernier, il avait grimpé le pic d’Aneto (3.404 m), le point culminant des Pyrénées. « Cette expérience va me servir, indique le trentenaire, également chef d’entreprise. C’était déjà un sommet important, mais plus accessible que le Mont-Blanc, même si rien n’est facile en montagne. Cette fois, on commence à être dans une belle course d’alpinisme. »

Un message pour les climatosceptiques

L’aventure doit durer une semaine, avec un temps d’adaptation, « quelques petits sommets pour s’entraîner » avant l’escalade à proprement parler du géant franco-italien prévue le 5 septembre, deux jours avant le retour. Si le temps le permet. « Tu ne peux pas aller contre la nature, ni la montagne », observe l’ancien candidat aux législatives, sensible aux questions environnementales. « S’il y a des gens qui ne croient pas au réchauffement climatique, je peux les amener avec moi là-haut. Ils verront bien que les glaciers fondent. »

Bon, il est un peu tard pour espérer accompagner le Commingeois dans sa prochaine aventure, qu’il a non seulement préparée en snobant l’ascenseur, mais aussi en salle d’escalade et via des sorties dans ses chères Pyrénées. Mais les climatosceptiques en quête de grand air pourront vite se rattraper. A peine descendu du Mont-Blanc, le trentenaire enchaînera avec une autre équipe avec la montée de l’Albaron, en Haute-Maurienne. Une opération qui fera l’objet d’un documentaire en vue du prochain Téléthon, dont les organisateurs ont noté le point commun entre l’altitude de ce pic (3.637 m) et leur numéro de téléphone fétiche.

Nouveaux projets et mise au point d’un GPS spécialisé

Ensuite ? David Labarre fourmille de projets en haute altitude : la Haute route pyrénéenne (HRP), soit la traversée du massif d’est en ouest (ou vice-versa, ce n’est pas encore tranché) au plus près de la ligne de crêtes, prévue sur deux mois à l’été 2020, puis, si les financements suivent, l’ascension d’un sommet népalais de plus de 7.000 mètres l’année suivante.

Des épopées collectives, loin de l’aventure en solo vécue fin février - début mars. Pendant 15 jours, entre Carcassonne et Aspet (Haute-Garonne), le jeune homme avait parcouru 213 km, avec pour seule boussole ses notes en braille. Cette randonnée lui a permis de développer un GPS vibrant pour aveugles et malvoyants, en collaboration avec la start-up parisienne N-Vibe. Il testera le dispositif sur un tronçon du chemin emprunté voici six mois au retour de sa double ascension alpine.