Cette liste de symboles de reconnaissance est-elle vraiment utilisée par les cambrioleurs ?

FAKE OFF Une prétendue liste des « signes de reconnaissance utilisés par les nomades et les cambrioleurs » circule sur le Web depuis des années

Alexis Orsini

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La liste des signes prétendument utilisés par des cambrioleurs.
La liste des signes prétendument utilisés par des cambrioleurs. — capture d'écran/Facebook
  • A la faveur de l'été, une liste de symboles prétendument utilisés devant les domiciles ciblés par des cambrioleurs connaît un regain de visibilité.
  • Si ce document circule depuis des années et avait notamment été partagé par la gendarmerie nationale en 2014, son authenticité est souvent remise en question.
  • 20 Minutes fait le point sur cette liste controversée.

Quel sens donner à une croix tracée près de l’entrée de votre domicile ? Et à un losange ? Ou encore à un triangle ? Selon une liste des « signes de reconnaissance utilisés par les nomades et les cambrioleurs », ils évoqueraient respectivement un « projet de vol », « une maison inoccupée » et une « femme seule ». Entre autres significations.

Depuis plusieurs années, ce document comportant une quinzaine de symboles réapparaît régulièrement sur les réseaux sociaux, à la faveur d’une reprise par différents internautes. Comme le montre par exemple sa récente publication sur un groupe Facebook.

Mais des doutes subsistent sur son authenticité.

FAKE OFF

Si ce document est censé émaner, d’après son en-tête, de la « Direction départementale des polices urbaines des Hauts-de-Seine », la préfecture de police de Paris nous indique que cette « appellation n’existe pas ».

Contactée par 20 Minutes, la gendarmerie nationale – dont le partage d’une liste similaire sur son compte Twitter en 2014 avait provoqué un tollé, nombre d’internautes l’accusant de relayer une intox mise à mal par le site de fact-checking Hoaxbuster.com –, évoque pour sa part « un phénomène qui n’existe plus aujourd’hui. »

Mais ces signes ont bien été utilisés à une époque, comme nous l’explique Aurore Van de Winkel, docteure en information et communication à l’université catholique de Louvain (Belgique), spécialiste des rumeurs et des légendes urbaines : « Les symboles présents sur ce type de liste étaient utilisés du XVe siècle au début du XXe siècle, par des vagabonds connus sous le nom de « cheminaux », qui recherchaient souvent de la nourriture. Mais leur usage était déjà beaucoup moins répandu à partir de 1900. »

« En France, ce type de liste a connu une grande visibilité à la fin des années 1970, quand des gendarmes de Bordeaux en avaient diffusé des copies à des collègues. Et le public en a eu connaissance, de son côté, grâce à sa publication dans la presse à cette époque », ajoute-t-elle.

« L’impression de maîtriser un langage secret »

Depuis, ces signes ont traversé les décennies, malgré leur désuétude – visible notamment à travers certains symboles signifiant par exemple « ici, on donne du travail » ou encore « bonne maison où habitent des femmes au cœur sensible ». Ils sont notamment mis en avant en période estivale, propice aux cambriolages, ou encore dans les brochures de certaines entreprises de sécurité, pour mieux vanter leurs services.

« D’une gendarmerie à une autre, certains membres des forces de l’ordre croient à l’existence de ces signes, d’autres non, ça dépend vraiment des régions. Même s’il n’y a pas de preuve de leur existence actuelle, c’est souvent l’occasion de rappeler les gestes de prudence contre les cambriolages », souligne Aurore van de Winkel.

« Cette longévité s’explique autant par la surmédiatisation de cette liste que par son côté rassurant, puisqu’elle donne l’impression aux personnes qui la découvrent de maîtriser un langage secret, dont ils peuvent tirer un usage concret », poursuit la spécialiste. La gendarmerie nationale, elle, incite toute personne « ayant un doute sur de potentiels signes à appeler le 17 ».