«Gilets jaunes» à Lyon : Un enseignant viré de l’école de police après avoir critiqué les violences pendant la crise ?

GILETS JAUNES Le sociologue, chercheur au CNRS, avait notamment dénoncé l'usage du lanceur de balle de défense

20 Minutes avec AFP

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Sebastian Roché, enseignant à l'Ecole nationale supérieure de la police, a été écarté après avoir critiqué l'action de la police pendant la crise des « gilets jaunes » en France.
Sebastian Roché, enseignant à l'Ecole nationale supérieure de la police, a été écarté après avoir critiqué l'action de la police pendant la crise des « gilets jaunes » en France. — SIPA

Un sociologue, qui a critiqué la gestion du maintien de l’ordre pendant la crise des « gilets jaunes », s’est vu retirer son enseignement à l’Ecole nationale supérieure de la police (ENSP), l’école des commissaires, située près de Lyon, où il intervenait depuis 1993, a-t-on appris mercredi.

Sebastian Roché, chercheur au CNRS et spécialiste des rapports police-population, a été informé par la direction de l’école qu’il n’y enseignerait plus en raison d'« une refonte des orientations et de certains contenus pédagogiques », selon un courrier daté du 20 août, consulté par l’AFP et révélé par Le Parisien et Libération.

Son cours dédié à « l’analyse de l’insécurité » a été confié « à un autre intervenant qualifié, en l’occurrence à un docteur de la police nationale », selon cette lettre, ponctuée de « vifs remerciements ».

Une « décision politique » ?

Ce nouvel intervenant n’a « pas encore été recruté » et « M. Roché peut très bien faire de nouvelles demandes d’intervention à partir de novembre », a indiqué le service communication de la police nationale (Sicop), selon qui, « dans une formation de haut niveau, les enseignements sont amenés à évoluer régulièrement ».

Sebastian Roché évoque, lui, « une décision politique ». « Cela montre la difficulté de la police à s’ouvrir à la société à un moment où elle se recroqueville de plus en plus sur elle-même, à son détriment », a-t-il affirmé.

Depuis plusieurs mois, le sociologue a remis en cause dans les médias et sur les réseaux sociaux la stratégie du maintien de l’ordre pendant la crise des « gilets jaunes », responsable selon lui des nombreux blessés parmi les manifestants.

Des critiques sur l’usage du LBD

Le chercheur, auteur notamment de De la police en démocratie (Grasset), a également appelé à cesser l’usage du lanceur de balle de défense (LBD), accusé d’avoir provoqué une vingtaine d’éborgnements et a dénoncé des «  violences policières », un terme récusé par le gouvernement.

La semaine dernière, le chef de l’Etat Emmanuel Macron a toutefois appelé à « repenser certaines méthodes d’intervention », au vu des « blessures inacceptables » chez les policiers et les manifestants.

Le sociologue avait aussi pointé du doigt le manque d’indépendance de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée de contrôler l’action des policiers et dont la direction est nommée par le ministère de l’Intérieur.

Fondée en 1941, l’ENSP, située à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, assure la formation initiale et continue des commissaires de la police nationale, qui alternent cours théoriques et stages dans différents services.