Rentrée : Quelles sont les mesures tant attendues de Blanquer contre les violences scolaires ?

EDUCATION Jean-Michel Blanquer a créé la surprise ce mardi, en annonçant les mesures du plan « violences », maintes fois reporté

Delphine Bancaud

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Un collégien agressé par d'autres élèves.
Un collégien agressé par d'autres élèves. — HALEY/SIPA
  • Pour ne pas prendre trop de risque politique sur un sujet si inflammable, le ministre a pris le temps de la réflexion et a fait ses annonces ce mardi.
  • Les mesures les plus polémiques un temps envisagées, comme la suppression des allocations familiales pour les parents d’enfants très perturbateurs, n’ont finalement pas vu le jour.
  • La présence des forces de police sera renforcée aux abords de certains établissements.

Surprise à la conférence de presse de rentrée du ministre de l’Education, ce mardi. Après des mois de report, les mesures pour lutter contre les violences scolaires et sécuriser les établissements ont enfin été dévoilées. Elles étaient réclamées par la communauté éducative depuis près d’un an, après l’affaire de la prof menacée par un élève à l’aide d’un pistolet factice à Créteil. Ce fait divers avait bouleversé les enseignants, qui avaient lancé dans la foulée le hashtag #PasDeVague.

Un retard à l’allumage qui s’explique par le pilotage de ces mesures par quatre ministères (Education, Justice, Intérieur et Santé). Mais aussi par une forme de prudence de Jean-Michel Blanquer sur le sujet : « Il valait mieux pour lui éviter un grand plan contre les violences, qui aurait soulevé des questions politiques et engendré des déceptions. Le fait d’annoncer des mesures plutôt modestes lors de sa conférence de presse de rentrée, c’est plus consensuel », analyse Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa. Un avis partagé par Florence Delannoy, secrétaire générale adjointe du syndicat des chefs d’établissement (SNPDEN-Unsa) : « Il y a eu douze plans contre les violences en dix ans. Annoncer un énième plan dans l’émotion du moment n’aurait pas été de bon augure », indique-t-elle.

Exit l’idée d’une suspension des allocations familiales

D’autant que le sujet avait déjà suscité la polémique en janvier dernier, lorsque la piste de la suspension des allocations familiales pour les parents d’élèves violents avait été évoquée dans un rapport remis au ministre. Une suggestion que Jean-Michel Blanquer n’a finalement pas retenue. Pour « responsabiliser les familles » des élèves poly-exclus, le ministre a choisi une mesure moins dure : « un protocole d’accompagnement et de responsabilisation des parents (PAR) sera établi entre les parents et l’inspection d’académie lorsqu’un élève a fait l’objet de deux exclusions définitives au cours de la même année scolaire », a annoncé le ministre.

Ce document fera état des engagements pris par les parents pour améliorer le comportement de leur enfant et les actions d’accompagnement mises en œuvre au sein de l’établissement. « Les chefs d’établissement étaient opposés à l’idée que l’on sanctionne financièrement des parents dépassés par leur enfant. Là, il s’agit de les associer à la réflexion, c’est beaucoup plus positif », estime Florence Delannoy. « C’est une sortie par le haut de la polémique sur les allocations. Et ce PAR est une manière de formaliser l’engagement des parents », approuve aussi Stéphane Crochet.

Les élèves virés de plusieurs établissements orientés vers des structures dédiées

Reste que les parents des élèves très perturbateurs n’auront pas toujours le dernier mot. Car concernant les poly-exclus, qui sont environ 1.500 en France, le ministre a annoncé que « désormais, l’inspecteur d’académie pourra inscrire l’élève dans une classe relais durant six mois, sans avoir besoin de l’autorisation de la famille ». Des structures où ils auront droit à une remise à niveau scolaire et à un accompagnement comportemental. Une mesure qui ne fait pas l’unanimité : « Je ne pense pas qu’un élève ira de bon cœur dans une classe relais si sa famille n’a pas donné son accord pour cela. Cette mesure vise sans doute à afficher une forme d’autorité de l’Education nationale, mais je doute qu’elle soit judicieuse », indique Stéphane Crochet.

Florence Delannoy est plus attentiste : « Actuellement, les établissements s’échangent les élèves poly-exclus, qui perturbent souvent la vie de leur nouveau collège ou lycée. Le fait d’orienter ces élèves dans des structures spécialisées est a priori une bonne chose. A condition que ces classes relais et que les internats tremplin qui seront créés soient de qualité ».

Des patrouilles de police aux abords de certains établissements

Parallèlement, les conseils de disciplines seront simplifiés et les délais pour les convoquer raccourcis. « La composition des conseils de discipline avec 14 membres était trop lourde. S’ils peuvent se tenir avec 6 membres, cela va faciliter la vie des chefs d’établissement », souligne Florence Delannoy. Jean-Michel Blanquer a aussi annoncé que la présence des forces de police serait renforcée aux abords de certains établissements avec des patrouilles. « Cela permettra la reconquête républicaine de certains territoires », a insisté le ministre. « Il avait été évoqué un temps la présence de policier en permanence à l’intérieur de certains établissements. On évite cet écueil, ce qui n’empêchera pas les chefs d’établissements d’appeler la police si besoin est », salue Stéphane Crochet.

Enfin, les enseignants et personnels de l’éducation victimes de violence seront un peu moins seuls. « Un accompagnement personnalisé leur sera proposé », a indiqué Jean-Michel Blanquer. Un référent « violence » en milieu scolaire sera nommé dans chaque département et pourra être sollicité par les chefs d’établissements. Un début de réponse en cas d’urgence.